La « Résistance » Selon Saint Robert Bellarmin : Un Autre Mythe Traditionaliste

Publié le par Études Antimodernistes

Par M. l'Abbé Anthony Cekada

 

St. Gertrude the Great Newsletter, Octobre 2004.

EtudesAntimodernistes.fr, Septembre 2016.

 

 

Depuis les années 1970, d’innombrables auteurs traditionalistes, qui ont rejeté les enseignements de Vatican II et la Nouvelle Messe mais qui s’opposent au sédévacantisme, ont justifié leur propre position en recyclant sans y réfléchir la citation suivante de saint Robert Bellarmin :

 

« Tout comme il est licite de résister à un Pontife qui attaque le corps, il est tout aussi licite de résister au Pontife qui attaque les âmes ou détruit l’ordre civil ou, à plus forte raison, essaie de détruire l’Église. Je dis qu’il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu’il ordonne de faire et en empêchant l’exécution de sa volonté. Il n’est pas licite, cependant, de le juger, de le punir, ou de le déposer, parce que ce sont là des actes relevant d’un supérieur. » (De Romano Pontifice, II.29.)

 

Ce passage, nous a-t-on répété à de multiples reprises, soutient l’idée que le mouvement traditionaliste peut « résister » aux fausses doctrines, mauvaises lois et liturgie sacrilège que Paul VI et ses successeurs ont promulguées, tout en continuant à les « reconnaître » comme vrais Vicaires du Christ. (Cette idée étrange est aussi attribuée à d’autres théologiens comme Cajetan).

 

La même citation de Bellarmin – nous a-t-on dit aussi – détruit le principe qui soutient le « sédévacantisme » (à savoir qu'un pape hérétique perd automatiquement sa charge) parce que les sédévacantistes « jugent » et « déposent » le pape.

 

Ces conclusions sont en fait un nouvel exemple de comment le peu de rigueur intellectuelle dans les polémiques traditionalistes donne naissance à des mythes qui passent bientôt pour des vérités quasi-révélées.

 

Quiconque consulte réellement les sources originales et connaît un peu les distinctions fondamentales du droit canon en vient à un ensemble de conclusions complètement différentes quant au sens de ce fameux passage sur la « résistance », à savoir :

  1. Saint Robert Bellarmin parle ici d’un pape moralement mauvais qui donne des ordres moralement mauvais – et non pas d’un pape qui, comme les papes de Vatican II, enseigne l’erreur doctrinale ou impose des lois nuisibles.

  2. Le contexte de cette citation est un débat au sujet des erreurs du gallicanisme, et non pas du cas d’un pape hérétique.

  3. Bellarmin justifie ici la « résistance » de la part de rois et de prélats, non pas des Catholiques individuels.

  4. Bellarmin enseigne au chapitre suivant de son ouvrage (30) qu’un pape hérétique perd automatiquement son autorité.

Autrement dit, ce passage ne peut ni être appliqué à la crise actuelle ni être invoqué contre le sédévacantisme. Ici s’impose un bref commentaire sur chacun de ces quatre points.

 

 

I. De Mauvais Ordres, et non pas de Mauvaises Lois

 

Oui, les traditionalistes résistent aux fausses doctrines (par exemple, sur l’œcuménisme) et aux mauvaises lois (par exemple, la nouvelle messe) promulguées par les papes post-conciliaires.

Mais dans sa fameuse citation, Bellarmin parle d’un cas complètement différent : il a été interrogé au sujet d’un pape qui attaque injustement quelqu’un, trouble l’ordre public, ou « essaie de tuer les âmes par son mauvais exemple » (animas malo suo exemplo nitatur occidere). Dans sa réponse, il dit qu’« il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu’il ordonne » (…licet, inquam, ei resistere, non faciendo quod jubet).

Ces mots décrivent un pape qui donne un mauvais exemple ou de mauvais ordres, plutôt que – comme dans le cas de Paul VI et de ses successeurs – un pape qui enseigne l’erreur doctrinale ou impose de mauvaises lois. Ceci ressort clairement du chapitre 27 du De Comparatione Auctoritatis Papæ et Concilii de Cajetan, que Bellarmin cite aussitôt après pour appuyer sa position.

 

Tout d’abord, dans le titre du chapitre 27, Cajetan dit qu’il va discuter d’un genre de faute papale « autre que l’hérésie » (ex alio crimine quam hæresis). L’hérésie, dit-il, modifie complètement le statut de chrétien d’un pape (mutavit christianitatis statum). C’est le « plus grand crime » (majus crimen). Les autres sont des « crimes moindres » (criminibus minoribus) qui « ne l’égalent pas » (cetera non sunt paria, [ed. Rome : Angelicum 1936] 409).

Ni Bellarmin, ni Cajetan ne parlent donc de « résister » aux erreurs doctrinales d’un pape tout en continuant à le considérer comme un vrai pape.

 

Deuxièmement, tout au long du De Comparatione, Cajetan fournit des exemples précis de méfaits papaux qui justifient réellement l’opposition de la part de ses sujets : « soutenant les méchants, opprimant les bons, se conduisant en tyran, encourageant les vices, les blasphèmes, l’avarice, etc. » (356), « s’il opprime l’Église, s’il tue les âmes [par le mauvais exemple] » (357), « en dissipant les biens de l’Église » (359), « s’il agit manifestement contre le bien commun dicté par la charité envers l’Église militante » (360), la tyrannie, l’oppression, l’agression injuste (411), « en détruisant publiquement l’Église, » en vendant les bénéfices ecclésiastiques, et en troquant les offices (412).

 

Tout cela s’applique à de mauvais ordres (præcepta) – mais de mauvais ordres ne sont pas la même chose que de mauvaises lois (leges). Un ordre est particulier et transitoire ; une loi est générale et stable. (Pour plus de précisions, cf. R. Naz, “Précepte”, Dictionnaire de Droit Canonique, [Paris : Letouzey 1935-65] 7:116-17).

L’argument de Bellarmin et de Cajetan justifie seulement la résistance à de mauvais ordres d’un pape (vendre, par exemple, la charge pastorale d’une paroisse au plus offrant). Il ne défend pas l’idée qu’un pape, tout en conservant l’autorité qu’il reçoit de Jésus-Christ, puisse (par exemple) imposer une Messe sacrilège, protestantisée, à l’Église universelle, dont les membres pourraient alors lui « résister », tout en continuant à le reconnaître comme vrai pape.

 

 

II. Anti-Gallicanisme

Les auteurs traditionalistes ont encore déformé le passage en le sortant de son contexte. Il apparaît dans une discussion de saint Robert Bellarmin sur un problème sans absolument aucun rapport avec ceux auxquels sont confrontés les traditionalistes d’aujourd’hui : les arguments Protestants et Gallicans soutenant que l’Église ou le pape doivent être soumis à un roi ou à un concile général. Le passage en question ne fait qu’une seule phrase, dans un chapitre qui compte deux pages et demie de deux colonnes in quarto en petits caractères consacrées à ce sujet (cf. De Controversiis [Naples : Giuliano 1854] 1:413-18).

 

Plus précisément, le passage est tiré de la réponse de Bellarmin à l’argument suivant :

« Argument 7. Toute personne a le droit de tuer le pape s’il est injustement attaqué par lui. Donc, il est à plus forte raison permis aux rois ou à un concile de déposer le pape s’il met le trouble dans l’État, ou s’il essaie de tuer les âmes par son mauvais exemple. » (op. Cit. 1:417)

 

C'était la position des gallicans, qui plaçaient l’autorité d’un concile général au-dessus de celle d’un pape. Il est absurde d’affirmer qu’une phrase dans la réponse de Bellarmin à cet argument précis puisse justifier une « résistance » généralisée aux erreurs qui ont suivi Vatican II.

L’absurdité devient d’autant plus évidente quand vous remarquez que Bellarmin, aussitôt après cette unique phrase, cite le De Comparatione de Cajetan – dont les 184 pages in octavo furent écrites pour réfuter les erreurs du Gallicanisme et du Conciliarisme.

 

 

III. Une « Résistance » qui n'est pas Individuelle.

 

Replacée dans son contexte, qui plus est, la citation de Bellarmin ne justifie pas la « résistance » aux papes de la part d'individus – comme certains traditionalistes semblent le penser – mais la résistance de la part de rois ou de conciles généraux.

La position Gallicane, que Bellarmin réfute, affirmait qu’il est permis « à des rois ou à un concile » (licebit regibus vel concilio) de déposer un pape. Il n'est pas ici question de prêtres ou laïcs individuels.

 

Une fois encore, le sens de ce passage ressort clairement du chapitre 27 de Cajetan : « Les princes séculiers et les prélats de l’Église [principes mundi et prælati Ecclæsiæ], » dit-il, disposent de nombreuses moyens pour arranger une « résistance ou un obstacle à un abus de pouvoir [resistentiam, impedimentumque abusus potestatis] » (412).

Il est donc impossible de soutenir que Bellarmin et Cajetan traitaient de la question d’une résistance au pape de la part d'un catholique individuel.

 

 

IV. Saint Robert Bellarmin et le Pape Hérétique

 

Enfin, dans le chapitre suivant la fameuse citation (30), Bellarmin traite explicitement de la question : « Un pape hérétique peut-il être déposé ? » (An papa hæreticus deponi possit).

Bellarmin réfute les réponses données par différents théologiens, dont Cajetan, qui affirmait qu'un pape hérétique devait être déposé. Il fonde sa propre réponse sur le principe suivant : « Les hérétiques sont hors de l’Église avant même leur excommunication, et, dépourvus de toute juridiction, ils sont condamnés par leur propre jugement, comme saint Paul l’enseigne dans Tite 3 » (op. cit. 1:419).

Le saint conclut :

« La cinquième opinion est donc la bonne. Un pape qui est manifestement hérétique cesse automatiquement (per se) d’être pape et tête, tout comme il cesse automatiquement d’être Chrétien et membre de l’Église. C’est pourquoi, il peut être jugé et puni par l’Église. C’est l’enseignement de tous les anciens Pères qui enseignent que les hérétiques manifestes perdent immédiatement toute juridiction. »

Les écrits de Bellarmin, donc, soutiennent plutôt qu’ils ne réfutent le principe derrière la position sédévacantiste : un pape hérétique est déposé par le fait même.

 

V. Pour Résumer

 

L’idée que le célèbre passage de Bellarmin justifie la « résistance » à un vrai pape et en même temps « réfute le sédévacantisme » est fondée sur une ignorance du sens du texte et de son contexte. Il est temps que les traditionalistes cessent de diffuser des mythes aussi idiots.

Un vrai pape ne peut pas enseigner l’erreur doctrinale pendant des dizaines d’années ni promulguer une Messe sacrilège – il n'y a pas besoin de lui résister.

Prêtres Traditionnels, Sacrements Légitimes

Publié le par Études Antimodernistes

Par M. l'Abbé Anthony Cekada

 

Pamphlet, Juillet 2003.

EtudesAntimodernistes.fr, Septembre 2016.

 

Plutôt que de nous l'interdire,

la Loi Divine nous oblige d'administrer les Sacrements.

 

De temps à autre, le catholique traditionnel va entendre quelqu'un prétendre que les sacrements qu'il reçoit sont « illicites. »

 

Parfois, les membres de la hiérarchie Novus Ordo, l'évêque diocésain ou le curé local, par exemple, renouvelleront cette accusation, citant l'une ou l'autre des dispositions du droit canon.

Ou bien le catholique traditionnel recevra un tract d'un traditionaliste populairement appelé un « home-aloner » [ndt : en français, littéralement, cela signifie : quelqu'un qui reste seul à la maison]. C'est quelqu'un qui rejette Vatican II et la nouvelle messe, mais qui, en même temps, dénonce l'administration des sacrements de tous les (ou la plupart des) prêtres catholiques traditionnels comme illégale, peccamineuse, passible d'excommunication, contre le droit canon ou, dans le cas de la confession, invalide. Donc, au lieu de recevoir les sacrements, il vous recommande de rester « seul à la maison. »

 

Au début des années 1990, j'ai écrit deux articles traitant de ces questions, "Droit Canon et Bons Sens » et « Seul à la Maison, » qui tous deux jouirent d'une assez large diffusion dans les milieux traditionalistes.

J'ai décidé de revenir sur le sujet parce que de nouveaux tracts incitant à se couper des sacrements sont apparus au cours des dernières années, dont les plus récents prétendent que le clergé traditionaliste enfreint non seulement le droit canon, mais encore le droit divin.

Cependant, des arguments crédibles fondées sur de tels concepts exigent un degré assez élevé de connaissances spécialisées en théologie morale, en droit canonique, en droit sacramentel, et en théologie dogmatique. Normalement cela ne peut être acquis qu'en suivant des cours formels de ces disciplines dans un séminaire ou une université catholique, puis en augmentant cette connaissance de base par l'étude comparative des grandes œuvres canoniques et théologiques, qui sont toutes en latin. (Certaines sont énumérées dans la bibliographie ci-dessous.)

Aucun des home-aloners que je connais n'a ce bagage, ni même ne soupçonne vraiment l'étendue de leur ignorance de ces disciplines. Il n'est donc pas surprenant de trouver dans leurs plus récents écrits deux erreurs sous-jacentes.

 

Premièrement, ces auteurs supposent que la question la plus importante qu'un prêtre catholique doit toujours se poser concernant un sacrement est de savoir s'il est « permis » ou « interdit » de le conférer.

Cela inverse tout. Le sacerdoce est non seulement un privilège qui permet simplement quelque chose ; c'est un munus ou officium (devoir) de faire quelque chose : offrir le sacrifice et distribuer les sacrements. Donc, pour un prêtre, la vraie question est toujours : « Quel sacrements suis-je maintenant obligé de conférer ? »

 

Deuxièmement, probablement parce que des travaux moins spécialisés utilisent parfois les termes indifféremment, les auteurs confondent deux concepts distincts en droit canonique qui ont trait à l'administration des sacrements : (1) la députation (la faculté légitime ou la permission par l’Église d'administrer les sacrements) et (2) la juridiction (le pouvoir de gouverner les autres dans les choses spirituelles.)

Un prêtre ou un évêque doit avoir une députation légitime pour tous les sacrements qu'il confère parce que leur « confection et administration est divinement attachée au ministère de l'Église. » (Cappello, de Sacramentis 1:49) La juridiction, d'autre part, est nécessaire seulement pour la confession.

 

Les prétendus canonistes laïcs, cependant, semblent penser que la loi exige qu'un prêtre ait une juridiction à chaque fois qu'il confère un sacrement, et ils fondent la plupart de leurs critiques sur ce principe gratuit. Mais puisque la députation suffit, de tels arguments sont sans fondement.

 

Je vais brièvement développer ces deux questions ci-dessous. La plupart de ce qui suit sert pour répondre aussi bien aux home-aloners qu'aux membres de la hiérarchie de Vatican II.

 

 

I. Loi Divine

 

L'ordre de Notre Seigneur de baptiser (Mt 28,19), de pardonner les péchés (Jn 20:22), d'offrir la Messe (Lc 22,19), etc. constitue une loi divine qui oblige tous les évêques et les prêtres catholiques jusqu'à la fin des temps.

 

Certains prêtres sont tenus en justice d'administrer les sacrements ; les autres le sont pour d'autres motifs, expliqués comme étant par charité ou en vertu de l'ordination. Voici les principes :

 

A. Obligation en justice (ex justitia).

Cette catégorie comprend tous les prêtres qui ont la cura animarum (charge des âmes).

Ce terme technique en droit canon se réfère aux prêtres qui, en raison de leur office ou d'un titre spécial de juridiction, que celle-ci soit ordinaire (un évêque diocésain, un supérieur général, un curé ou leurs équivalents) ou déléguée (coadjuteur ou vicaires), sont obligés de « paître une partie particulière du troupeau du Christ. » (Merkelbach, Summa Theologiae Moralis 3:86)

Leur obligation d'administrer les sacrements découle de « la loi divine [citations de l’Écriture Sainte] qui commande aux bergers de nourrir leurs moutons ainsi que de procurer leur bien spirituel et leur salut. » (Hervé, Manuale Theologiae Dogmaticae 4: 491)

 

Les prêtres avec la cura animarum sont gravement obligés par la loi divine de donner les sacrements aux fidèles catholiques qualifiés pour les recevoir.

 

B. Obligation de charité (ex caritate).

Les autres prêtres, qui n'ont pas de juridiction ordinaire ou déléguée (par exemple, les professeurs de séminaire, les administrateurs, les enseignants, les non affectés, les retraités, etc.), sont néanmoins également tenus d'administrer les sacrements aux fidèles, en fonction de la gravité de la nécessité d'un individu ou d'une communauté.

 

Certains auteurs affirment que leur obligation est basée sur la vertu de charité : « Quand les prêtres qui ont la cura animarum font défaut, les autres prêtres sont obligés par charité d'administrer les sacrements. [...] ...en cas d'un sérieux besoin d'une communauté, [ces prêtres] sont tenus d'administrer les sacrements, même au risque de leur vie, tant qu'il y a un espoir raisonnable d'aider et qu'il n'y a personne d'autre pour le faire. » Cela oblige sous peine de péché mortel. (Merkelbach 3:87. Emphase ajoutée.)

 

C. Obligation en Vertu de l'Ordination.

D'autres auteurs disent que ces prêtres sont tenus d'administrer les sacrements non pas simplement par charité, mais aussi en vertu de leur ordination sacramentelle même. Voici une explication :

« Ils sont tenus par une certaine obligation générale découlant de l'ordre sacré qu'ils ont reçu. En effet le Christ Seigneur les fit prêtres pour se consacrer à sauver des âmes. En raison de ce but, leur devoir spécial est d'administrer les Sacrements. Cela est évident dans le rite d'ordination, qui leur donne le pouvoir d'offrir le sacrifice et d'absoudre des péchés, et qui spécifie l'administration des autres sacrements parmi leurs autres devoirs. [...] Cette obligation est plus sérieuse en fonction de la gravité de la nécessité spirituelle des fidèles dans le diocèse où [un tel] prêtre est censé servir ou dans le lieu où il vit. Quand une telle communauté est évidemment sérieusement en besoin - quand, par exemple, en raison du petit nombre de prêtres ou de confesseurs, les gens ne peuvent pas convenablement assister à la messe le Dimanche et les jours de fête, ni recevoir l'Eucharistie, ou là où il est difficile pour les gens de fréquenter le Sacrement de Pénitence, de sorte que beaucoup restent dans le péché - un prêtre a une obligation grave d'administrer ces sacrements et de se préparer correctement à la charge de confesseur. » (Aertnys-Damen, Theologia Moralis 2:26 « .. Generali quadam obligatione tenentur ex ordine suscepto ... in necessitate simpliciter gravi talis communitatis... gravis est obligatio. »)

 

D. Application des Principes.

Ces principes sont applicables comme suit : Après Vatican II presque tous les évêques et les prêtres ayant la cura animarum ont fait défection et ont embrassé la nouvelle religion. Les quelques prêtres qui ont résisté, de leur côté, étaient des professeurs, des exclus de leur ordre religieux ou diocèse, des retraités, etc.

Ces prêtres étaient ainsi tenus par la loi divine d'administrer les sacrements aux Catholiques, qui, puisque leurs pasteurs avaient apostasié, étaient désormais « de toute évidence sérieusement dans le besoin. » Les prêtres n'avaient pas à « demander la permission. » Au contraire, ils étaient obligés, par charité et en vertu de leur ordination, de baptiser, d'absoudre, d'offrir la Messe, etc.

 

Non seulement cela, mais les évêques parmi eux (Mgr Lefebvre et Mgr Thuc) étaient obligés de conférer les ordres sacrés sur des candidats dignes qui continueraient ensuite à administrer les sacrements aux catholiques fidèles à travers le monde.

Leur obligation trouve son origine dans l'ordre sacré de l'épiscopat qu'ils avaient tous deux reçu. L'exhortation au candidat dans le rite de consécration épiscopale exprime en une seule phrase cette obligation : « Il est du devoir d'un évêque de juger, d'interpréter, de consacrer, d'ordonner, d'offrir le sacrifice, de baptiser et de confirmer. »

 

En outre, ceux d'entre nous qui ont reçu les saints ordres de Mgr Lefebvre ou Mgr Thuc n'ont évidemment aucune nomination à la cura animarum. Mais comme tous les autres prêtres, nous sommes également obligés par la loi divine, par charité et en vertu de l'ordination, d'administrer les sacrements aux fidèles qui restent dans une grave nécessité commune.

 

 

II. Députation et Mission Légitimes

 

De plus, « en ce qui concerne la légitimité... toute autorité pour administrer les sacrements provient de la mission confiée aux apôtres » par les commandements divins cités ci-dessus (baptiser, absoudre, offrir la Messe, etc.). (Billot, De Ecclesiae Sacramentis 1:179.) En effet :

« Personne ne dispose légitimement de la propriété d'une autre personne à moins qu'il ne le fasse sur sa demande. Or, les sacrements sont la propriété de Christ. Seuls ceux, donc, qui ont une mission du Christ, à savoir, ceux à qui revient la mission apostolique, les administre légitimement. » (Billot, ibid.).

 

Ceux que Notre Seigneur a obligés par la loi divine de conférer les sacrements, donc, reçoivent simultanément de Lui la députation légitime et la mission apostolique de les conférer.

 

 

III. Loi Humaine Ecclésiastique

 

Bien que certains canons du Code rappellent expressément les principes de la loi divine positive (pour avoir des exemples, voir Michels, Normae Generales Juris Canonici 1:210ff), les canons qui prescrivent comment la députation légitime de baptiser, d'absoudre, d'offrir la Messe, etc. est conférée ou obtenue ne sont pas eux-mêmes une loi divine, mais seulement une loi humaine.

 

Selon les principes généraux du droit, une loi humaine :

  1. Cesse automatiquement et positivement quand son observation devient nuisible (nociva). Pour cela, voir les œuvres des théologiens moraux et canonistes Abbo-Hannon, Aertnys-Damen, Badii, Beste, Cappello, Cicognani, Cocchi, Coronata, Maroto, McHugh-Callan, Merkelbach, Michels, Noldin, Regatillo-Zalba, Vermeersch, Wernz-Vidal, etc. dans la bibliographie ci-dessous.

  2. Cesse dans un « besoin commun, » même si la loi rendrait autrement un sacrement invalide. Ainsi, par exemple, un empêchement dirimant au mariage nécessitant normalement une dispense d'un supérieur ecclésiastique avec juridiction ordinaire cesserait d'obliger « à cause d'un besoin commun, » lorsque l'accès à une personne ayant l'autorité requise est impossible. (Merkelbach 1:353)

    Un tel besoin commun se produirait également, par exemple, « en temps de persécution ou de bouleversement dans un pays particulier. » Dans ce cas, « si le but de la loi cesserait d'une manière contraire à la communauté (c'est-à-dire, si un préjudice commun en résulterait), la loi n'obligerait pas, parce qu'elle serait à juste titre considérée comme suspendue, en raison de l'interprétation bénigne de l'esprit du législateur. » (Cappello 5:199)

  3. N'oblige pas quand elle est en conflit avec la loi divine. « Dans un conflit d'obligations, la plus haute prime. ... Le droit positif divin l'emporte sur la législation humaine. » (Jone, Moral Theology 70). « La règle suprême en la matière est la suivante : L'obligation qui prévaut est celle découlant de la loi qui, compte tenu de sa nature et de son but, est d'une plus grande importance... Les préceptes de la loi divine positive doivent prévaloir sur les préceptes du droit positif humain. » (Noldin, Summa Theologiae Moralis 1:207)

 

 

IV. Application

 

En ce qui concerne les lois ecclésiastiques humaines citées comme interdisant les prêtres catholiques traditionnels d'administrer les sacrements dans la situation actuelle :

 

A. Le Bien commun. L'application de ces lois priverait les Catholiques des sacrements et donc entraverait directement le bien commun (bonum commune) recherché par l’Église dans toutes ses lois. Ce bien commun, dit le théologien Merkelbach, est « le culte de Dieu et la sanctification surnaturelle des hommes. » (Summa Theol. Mor. 1:325 : « Dei cultus et sanctificatio supernaturalis hominum. »)

 

B. Cessation. Ces lois ecclésiastiques humaines seraient donc devenues nuisibles (nocivae), et par conséquent, selon les principes généraux du droit expliqués par les théologiens moraux et les canonistes, elles cesseraient automatiquement. (Voir III.1)

 

Cela inclut les Canons 953 et 2370, qui, autrement , interdiraient la consécration d'un évêque sans mandat apostolique (le document papal autorisant la consécration), parce que leur observation finirait par priver les fidèles des sacrements dont l'administration exige un ministre dans les Saints Ordres.

 

Cela inclut également le Canon 879.1, qui régit la juridiction pour l'absolution : « Pour entendre validement les confessions une juridiction doit être accordée expressément, soit par voie orale ou par écrit. » Le théologien moral et canoniste Prümmer caractérise spécifiquement ce canon comme « loi ecclésiastique. » (Manuale Theologiae Moralis 3:407 : « A jure ecclesiastico statuitur, ut jurisdictionis concessio a) sit expressa sive verbis sive scripto... » Italique dans l'original).

Étant donné que le canon est une loi ecclésiastique humaine et non une loi divine, l'exigence d'une attribution expresse de juridiction pourrait donc cesser en raison du « besoin commun » (voir III.2), parce que les catholiques en état de péché mortel ont besoin de l'absolution et parce que nous autres prêtres sommes obligés de la donner.

 

Notre obligation découlerait, comme l'explique St. Alphonse, « de la nature même de la fonction sacerdotale, à laquelle l'institution du Christ a lié cette obligation, et que le prêtre est tenu de remplir quand la nécessité du peuple l'exige. » (Aertnys-Damen 2:26n. « ...ex proprio Sacerdotis officio... quod Sacerdos exercere tenetur... » Italique dans l'original.)

 

C. Obligation Supérieure. De toute façon, l'obligation grave de dispenser les sacrements que la loi divine impose aux prêtres catholiques traditionnels par charité et en vertu de leur ordination a préséance sur les lois ecclésiastiques humaines citées contre eux (Voir III.3).

 

D. Députation et Mission Légitimes. En parallèle, cette même loi divine dote nécessairement les évêques et les prêtres catholiques traditionnels d'une députation légitime ou d'une mission apostolique pour distribuer les sacrements (Voir II). De plus, s'il en était autrement, Dieu imposerait une obligation grave tout en retenant tout moyen moralement licite pour l'accomplir - quod impossibile.

 

V. La Juridiction pour l'Absolution

 

Dans le cas de la députation légitime pour la confession, la loi divine exige pour l'absolution valide des pécheurs, que le prêtre possède également le pouvoir de juridiction, en plus du pouvoir des Saints Ordres. Aucun des prêtres catholiques traditionnels que je connais ne conteste ceci.

 

La juridiction est « un pouvoir moral de gouverner des sujets dans les choses qui se rapportent à leur fin surnaturelle. » (Merkelbach 3:569) Comme indiqué ci-dessus, la juridiction est soit ordinaire (attachée à un office) ou déléguée (confiée à une personne par une loi ou par un supérieur). Elle opère au for externe (l’Église en tant que société) ou au for interne (l'individu devant Dieu, ce qui signifie habituellement : dans la confession).

 

La compétence que nous prêtres catholiques traditionnels possédons nous a été déléguée par le Christ lui-même en vertu de la loi divine et opère au for interne, parce que :

 

A. Le Canon 879 cesse. La loi ecclésiastique humaine (canon 879) exigeant que la juridiction pour les confessions soit expressément accordée par écrit ou oral a cessé. (Voir IV. B)

 

B. La Loi Divine donne la Juridiction. La loi divine par laquelle le Christ accorde la juridiction à ceux à qui il ordonne de pardonner les péchés (de façon distincte du pouvoir sacramentel de le faire) se trouve dans Jean 20:21 : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Merkelbach 3:574).

Cette loi divine dure toujours, en même temps que la juridiction du Christ nécessaire pour la remplir. Il est évident, dit le théologien Herrmann, « que ce pouvoir des clefs durera éternellement dans l’Église. En effet, puisque le Christ a voulu que l'Église dure jusqu'à la fin du monde, Il lui a également prodigué les moyens sans lesquels elle ne pouvait pas atteindre son but, le salut des âmes. » (Institutiones Theologiae Dogmaticae 2:1743. Emphase ajoutée.)

En effet, l'Église du Christ doit donner la juridiction pour l'absolution dans des circonstances extraordinaires : « L’Église doit, à cause de son but particulier, assurer le salut des âmes, et ainsi elle est donc tenue de donner tout ce qui dépend de son pouvoir. » (Cappello 2: 349. Emphase ajoutée.)

Car, bien que, comme le dit le Cardinal Billot, le droit ecclésiastique est plus orienté à lier qu'à délier, et la loi divine est plus orientée à délier qu'à lier, en fin de compte, la « juridiction instrumentale de l’Église est orientée à délier - en effet, à délier les liens qui ne dépendent pas du droit ecclésiastique, mais du droit divin. » (Tractatus de Ecclesia Christi 1:476. Emphase ajoutée.)

 

C. Dieu exerce l'Autorité. Notre juridiction déléguée au for interne n'est « pas un pouvoir ecclésiastique, mais un pouvoir divin accordé par l'autorité propre à Dieu lui-même (qui seul est en mesure de toucher directement la conscience et le lien du péché). Il opère à travers le pape mais en tant que ministre et instrument de la divinité, et donc non pas par l'autorité propre de l’Église, mais plutôt par Dieu exerçant sa propre autorité » (Merkelbach 3:569. Emphase ajoutée.)

 

 

VI. Résumé

 

Pour résumer ce qui précède :

  • La loi divine oblige les prêtres et les évêques catholiques traditionnels d'administrer les sacrements aux fidèles. (Voir I)

  • Cette même loi divine fournit également la députation légitime et la mission apostolique pour leur apostolat. (Voir II)

  • Les lois humaines ecclésiastiques (canons) dont l'application entrave l'accomplissement de cette loi divine ont cessé parce qu'elles sont maintenant nuisibles (nocivae). (Voir III & IV)

  • Cela comprend le canon 879, qui demande une attribution expresse de juridiction pour la validité de l'absolution. (Voir III.B & IV.B)

  • Au lieu de cela, la loi divine délègue directement la juridiction au for interne aux prêtres catholiques traditionnels pour l'absolution qu'ils donnent. (Voir V)

     
  • Rien de tout cela, je m'empresse de l'ajouter, ne justifie le mépris des nombreuses autres dispositions de la loi ecclésiastique réglementant l'octroi et la réception des sacrements, en particulier celles qui interdisent l'Ordination des ignorants et des inaptes.

  • Le Christ Lui-même ordonne à Ses prêtres d'administrer Ses sacrements à Son troupeau. Puisque les pasteurs dotés de juridiction pour la cura animarum ont tous fait défection et ont tous embrassé la religion moderniste, leur obligation incombe maintenant à nous, les quelques prêtres fidèles restants.

  • Nous conférons les sacrements du Christ parce qu'Il en a fait notre devoir.

 

 

Bibliographie

 

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Les Changements Liturgiques Antérieurs à Vatican II : La Route vers la Nouvelle Messe

Publié le par Études Antimodernistes

Par Monseigneur Daniel L. Dolan

 

The Roman Catholic, Juin 1983.

EtudesAntimodernistes.fr, Août 2016.

 

 

Était-ce Pie XII et Jean XXIII ? Ou bien était-ce plutôt Bugnini ?

 

La tentative récente [ndt : pour 1983] de Mgr Lefebvre d'imposer la liturgie réformée de Jean XXIII au clergé et aux laïcs fidèles à la tradition catholique n'est rien de moins qu'une tragédie, comme les événements récents l'ont démontré. Mais en cela il y a une part d'ironie - mais une ironie qui pique plutôt que d'amuser.

La Fraternité dédiée à Saint Pie X, le grand ennemi du modernisme, a tenté de contraindre ses membres d'abandonner les livres liturgiques portant le nom de leur saint Patron, une garantie de l'orthodoxie, en faveur des réformes provisoires de Jean XXIII, un homme longtemps soupçonné de modernisme, comme il l'a dit lui-même personnellement à Mgr Lefebvre. Les réformes de Jean XXIII ne visaient qu'à « dépanner l'Église » jusqu'à ce que Vatican II puisse tout réviser, et sont maintenant utilisées pour diviser ceux qui ont tenté de sauver ce qui restait d'âmes après la destruction massive de ce Concile.

La Fraternité a résisté avec raison aux abus de pouvoir de l'Église Conciliaire. Mais elle cherche maintenant à légiférer en matière liturgique – un droit qu'elle n'a pas, car un tel pouvoir appartient au Saint-Siège seul (Canon 1257). Au lieu de suivre sa pratique prudente de garder la coutume de chaque pays (sanctionnée par le Chapitre général de 1976 et jamais révoquée), elle exige désormais une obéissance aveugle au nom de « l'unité liturgique. » Les prêtres qui refusent d'obéir inconditionnellement à leurs prétentions de « réformer » la façon dont ils disent la messe sont d'abord soumis à des menaces et enfin, si cela échoue, ils deviennent l'objet de dénonciations amères. C'est comme si l'histoire se répétait sous nos yeux.

Une autre ironie est que la liturgie de Jean XXIII n'est pas vraiment la sienne du tout, pas plus que la nouvelle Semaine Sainte peut être attribuée au pape Pie XII. Ces modifications provisoires qui ont préparé la voie au Novus Ordo Missae ont été préparées sous la direction de deux hommes : le Père (plus tard Cardinal) Ferdinando Antonelli, O.F.M., et le Père (plus tard archevêque) Annibale Bugnini, C.M.

En 1969 Antonelli a signé le décret promulguant le Novus Ordo.

Et Bugnini, qui a supervisé la réforme liturgique depuis sa création en 1948 jusqu'à son point culminant en 1969 avec le Nouvel Ordre de la Messe, est le célèbre prélat du Vatican poursuivi d'accusations à répétition de complicité avec la Maçonnerie. En fait, Mgr Lefebvre lui-même, sur la base de son expérience personnelle, pensait que très probablement le Père Bugnini était Maçon.

Et maintenant, voici qu'on nous demande d'accepter toute l'espièglerie liturgique faite au cours des années cinquante et soixante par le Père Bugnini, tout en rejetant ce qu'il a produit à peine huit ans plus tard ! Peut-être que les catholiques ont raison de sentir qu'ils se font avoir par un compromis ! Ce n'est pas ironique, mais tragique !

Combien de fois avez-vous entendu quelqu'un demander : « Comment cela a-t-il pu se faire ? » La réponse est que cela ne s'est pas mis en place en une seule nuit. Les responsables du remplacement de notre Sainte Messe par une Célébration Communautaire se sont contentés pendant des années de travailler lentement, très lentement. Un détective qui examine ce qui semble être le cadavre du Catholicisme (comme le juge le monde : car en vérité l’Église vit encore !) trouverait des preuves irréfutables du modus operandi des meurtriers : leur méthode est le gradualisme, celui-là même qui est employé par Satan pour terrasser les âmes. Cela fut d'ailleurs admis par le Cardinal Heenan de Westminster, qui a déclaré que les changements ont dû être faits progressivement, sans quoi le peuple ne les aurait jamais acceptés.

Penchons-nous sur l'histoire « des premières étapes de la destruction de la liturgie romaine » - l'expression est tirée d'un livre sur les réformes pré-conciliaires pour lequel Mgr Lefebvre lui-même a écrit la préface. Nous verrons comment par volonté expresse les changements liturgiques - ceux qu'on nous demande maintenant d'accepter – se succédèrent par intervalle de quelques années, jusqu'à ce que les membres du clergé fussent habitués à vivre dans une atmosphère de changement constant, de sorte que la plupart d'entre eux furent inévitablement dans la confusion. Ils ne se considéraient plus obligés de connaître et d'appliquer correctement l'ensemble des rubriques, et ils ne se sentaient plus « à l'aise » dans le sanctuaire. Au nom de la « simplification, » les règles et les principes qui ont présidé à la liturgie pendant des siècles ont été peu à peu remplacés par un état constant de flux tel qu'il existe actuellement dans l'Église Conciliaire.

Après avoir étudié cette chronologie des changements savamment conçue, vous ne trouverez pas étonnant que la plupart des prêtres sont devenus perplexes et confus, sans pouvoir s'accrocher à aucun principe plus sûr ou plus immuable que l'obéissance aveugle, exprimée par une acceptation immédiate de n'importe quelles nouvelles rubriques trouvées dans le courrier du matin.

 

 

I. La Veillée Pascale « Expérimentale » (1950)

 

Ce travail de changement progressif commença le 28 mai 1948 par la nomination d'une Commission pour la Réforme Liturgique avec le Père Antonelli comme Directeur Général, et le Père Bugnini en tant que secrétaire, les hommes qui ont respectivement imposé et composé le Novus Ordo Missae.

 

Deux ans plus tard, le 22 Novembre 1950, le Cardinal Liénart, en sa qualité de chef de l'assemblée des évêques français, demanda formellement au Saint-Siège la permission de célébrer la Veillée Pascale le soir dans la nuit plutôt que le matin pour « des raisons pastorales. » Il obtint plus qu'il n'avait demandé. Sous le couvert d'un simple changement d'heure, un rite essentiellement réécrit fut introduit, de même que plus tard, la « messe en anglais » [ou en français, ndt] fut imposée au nom de la langue vernaculaire, en parlant peu du fait que seulement trente pour cent du texte de la Messe traditionnelle était connservé.

Les premières tendances dissonantes et discordantes de la « Symphonie du Nouvel Ordre » se faisaient déjà entendre dans cette nouvelle veillée pascale :

  1. Le principe des rites facultatifs utilisés expérimentalement fut introduit.

  2. Pour la première fois, le vernaculaire fut introduit dans la liturgie même. (Ce fut également la première étape de Cranmer, en 1548)

  3. La rubrique demandant au célébrant à « s'asseoir et écouter » (sedentes auscultant) les leçons plutôt que de les lire à l'autel est introduite pour la première fois et est immédiatement interprétée comme justifiant l'usage exclusif de la langue vernaculaire dans cette partie de la liturgie.

En 1953, le jeune eucharistique de minuit fut réduit à trois heures sous certaines conditions comme une concession à la faiblesse moderne. Les liturgistes modernistes, cependant, y ont vu le début de la destruction progressive de la discipline sacramentelle de l’Église, qui aboutirait aux « 15 minutes » de Paul VI.

Déjà en 1954, les premiers grondements de l'anarchie liturgique se faisaient entendre, et le Pape Pie XII avertit les prêtres dans une allocution de ne rien changer dans la liturgie de leur propre autorité. Mais les changements continuèrent.

 

 

II. La Nouvelle Semaine Sainte (1955)

 

L'ensemble de la vénérable Semaine Sainte de l’Église fut retranché en 1955 avec la publication de Maxima Redemptionis. Le mensonge est répété et prolongé : il ne s'agit que d'un changement d'heure. La refonte drastique de la plupart des cérémonies de la semaine la plus sacrée de l’Église ne reçoit aucune justification. Comment le pourrait-elle ?

 

A. Principales Caractéristiques : La nouvelle Semaine Sainte fut une sorte de ballon d'essai pour le Novus Ordo. Quelles en furent les principales caractéristiques ?

  1. Tout doit être court et simple.

  2. Des rites clés doivent être effectuées par le prêtre tournant le dos à l'autel, face au peuple : la bénédiction des Rameaux, la prière finale de la procession du Dimanche des Rameaux, la bénédiction de l'eau baptismale le Samedi Saint, etc.

  3. Les Prières au Pied de l'Autel et le Dernier Évangile sont supprimées pour la première fois.

  4. Tout le monde, prêtre et laïcs, doit réciter ensemble le Notre Père le Vendredi Saint.

 

B. Dimanche des Rameaux : En particulier, la cérémonie du Dimanche des Rameaux perdit son ancien rite de bénédiction qui intègre de nombreuses prières de la Messe, associant ainsi le rameau sacramental avec le Saint Sacrement. Les sept collectes furent réduites à une, l'avant-Messe de la bénédiction disparut entièrement, ainsi que la cérémonie du Gloria Laus à la porte de l’Église. Le récit de la Passion fut raccourci, en omettant l'Onction à Béthanie et la Dernière Cène.

 

C. Le Triduum : L'ensemble de l'équilibre du Triduum Sacrum, les trois derniers jours de la Semaine Sainte, fut bouleversé. Le magnifique Office des Ténèbres disparut pratiquement, de même que la dévotion populaire des Tre Ore.

  1. L'ancienne Messe des Présanctifiés le Vendredi fut abolie et remplacée par une cérémonie simple de Communion des fidèles. Contrairement à la coutume immémoriale, la génuflexion fut prescrite à la prière pour les Juifs.

  2. La Vigile du Samedi Saint fut entièrement modifiée, avec ses leçons réduites de douze à quatre, et une modification drastique du rite traditionnel de la Bénédiction du Feu Nouveau et du Cierge Pascal. (En 1955 également, la cérémonie toute aussi ancienne de la Vigile de la Pentecôte fut entièrement supprimée.)

Même cet aperçu nécessairement superficiel du rite de la nouvelle Semaine Sainte va nous permettre de comprendre comment il se fait qu'un moderniste liturgique noté, le Père Duployé, ait pu dire : « Si nous parvenons à restaurer la Veillée Pascale dans sa valeur d'origine, le Mouvement Liturgique aura triomphé ; je me donne dix ans pour faire cela. » Le théologien moderniste Chenu commente : « Dix ans plus tard, c'était fait. »

 

 

III. La « Réforme » des Rubriques (1955).

 

L'année 1955 fut mauvaise pour la liturgie romaine ; elle vit également une réforme avec orientation moderniste des rubriques du Missel et du Bréviaire, par le décret Cum Nostra Hac Aetate.

Des soi-disant « accrétions indésirables » furent retirées de la Sainte Liturgie « à la lumière de l'érudition moderne, » à savoir :

  1. Les anciens rangs de fêtes semi-doubles et simples furent supprimées.

  2. La plupart des Vigiles de jours de fête furent supprimées, faisant de la célébration des vigiles « l'ombre d'elle-même. » (Vigiles de la Toussaint, des apôtres, de Notre-Dame, etc.)

  3. Le nombre des octaves fut réduite de quinze à trois. Certaines octaves supprimées remontaient au VIIe siècle!

  4. Pour la première fois, une distinction entre récitation « publique » et « privée » de l'Office Divin fut introduite, même si la tradition nous enseigne que l'Office est par sa nature même une prière publique. Ceci préfigure la distinction faite par le Novus Ordo entre les Messes avec et sans fidèles.

  5. Les Pater Noster récités à l'Office furent réduits de seize à cinq, les dix Ave Maria et les trois Credo furent entièrement supprimés, de même que certaines autres prières avant et après l'Office.

  6. Les prières fériales pénitentielles furent abolies avec deux exceptions mineures.

  7. Le Suffrage des Saints et la Mémoire de la Croix furent supprimés, et le magnifique Symbole de Saint Athanase (datant du VIIIe siècle) ne devait être dit qu'une fois par an.

  8. Les Mémoires supplémentaires dites à la messe au cours des différentes saisons de l'année (telles que celle de Notre-Dame et contre les Persécuteurs de l'Église) furent supprimées.

  9. L'usage d'un Dernier Évangile Propre fut aboli.

Là encore, nous sommes obligés de nous contenter d'un bref aperçu de ces changements annoncés comme « provisoires » - mais qui ont modifié la sainte liturgie au point de décourager tous les prêtres de les apprendre, les plus spécialistes exceptés. Pourquoi s'embêter, de toute façon ? D'ici cinq ans, les rubriques auront à nouveau changer.

Enfin, en 1955, la Solennité de saint Joseph, Patron de l’Église universelle, fut supprimée. Elle fut remplacée par une sorte de fête du Travail, St. Joseph artisan, le premier mai, jour férié socialiste international.

En 1957, d'autres changements dans la Semaine Sainte furent introduits, avec notamment des indications pour une Messe Solennelle sans sous-diacre.

 

 

IV. Consultation pour d'Autres Changements (1957)

 

En 1957 également, les évêques du monde entier furent consultés à propos d'autres changements liturgiques. La majorité demanda à ce que la structure traditionnelle de l'Office Divin soit préservée. Le Père Thomas Richstatter, dans son livre Liturgical Law. New Style, New Spirit, donne le compte-rendu suivant :

"Un évêque cite Saint Thomas (Summa, I-II, q. 97, art. 2) où il déclare que la modification de toute loi positive amène naturellement avec elle une certaine diminution de la discipline. Par conséquent, si l'on veut effectuer un changement, cela ne doit pas être juste pour quelque chose « d'un peu mieux, » mais pour quelque chose de « beaucoup mieux » afin de compenser cette chute de la discipline qui accompagne nécessairement tout changement dans la législation. Par conséquent, affirme l'évêque, nous devons être très prudents en ce domaine. Il est difficile de dire « non » aux demandes de changement, mais c'est ici l'action appropriée. L'évêque conclut en déclarant qu'il est du grand nombre de ceux qui sont non seulement satisfaits de la liturgie telle qu'elle est, mais qui considèrent de plus tout changement indésirable, et même dangereux pour l’Église. »

 

 

V. Messes Dialoguées et Commentateurs (1958)

 

Le 3 Septembre 1958, un mois avant la mort du pauvre Pie XII, l'Instruction sur la Musique Sacrée fut rendue publique. L'utilisation de la « Messe Dialoguée, » d'abord concédée en 1922, fut étendue et encouragée, de sorte que la congrégation récitait une grande partie de la Messe avec le prêtre : l'Introït, le Kyrie, le Gloria, etc., ainsi que toutes les réponses . Il convient de noter ici que la forme traditionnelle de la participation de l'assemblée est le chant grégorien. La récitation par le peuple des prières de la Messe est une nouveauté introduite par la « Messe dialoguée. »

Sous prétexte de participation, les commentateurs laïcs firent leur apparition pour la première fois. Leur rôle consistait à lire en vernaculaire pendant que le prêtre lisait en latin.

Le 28 octobre de la même année Jean XXIII fut élu. Il ne perdit pas un instant pour convoquer un Concile général qui « consacrerait l’Œcuménisme. » L'année suivante, en juin 1960, Jean XXIII nomma le Père Bugnini secrétaire de la Commission Liturgique Préparatoire du Concile.

En attendant, le Père Bugnini poursuivit son travail avec la commission pour la réforme de la liturgie, produisant encore une autre série de modifications provisoires, qui devaient durer jusqu'aux réformes conciliaires. Le Missel et le Bréviaire furent à nouveau modifiés, ainsi que le calendrier, et, pour la première fois, le Pontifical et le Rituel.

 

 

VI. Les Changements de Jean XXIII (1960-1962)

 

Nous arrivons enfin à la « liturgie de Jean XXIII, » plus proprement appelée « liturgie Bugnini intermédiaire. » Les modifications suivantes furent introduites à la Messe, à l'Office Divin et dans le calendrier :

  1. Les vies de saints des Matines furent réduites à de brefs résumés.

  2. Les leçons des Pères de l'Église furent réduites à des passages aussi brefs que possible, avec le désir un peu naïf que le clergé continue à se nourrir l'âme avec des écrits patristiques de façon autonome.

  3. La récitation solitaire de l'Office Divin ne fut plus considérée comme une prière publique, et par conséquent la sainte salutation Dominus Vobiscum fut supprimée.

  4. Le Dernier Évangile était plus souvent supprimé.

  5. La Conclusion Propre des hymnes de l'Office fut supprimée.

  6. De nombreux jours de fête sont abolis, comme étant redondants ou non « historiques », par exemple : (a) L'Invention de la Sainte-Croix. (b) St. Jean devant la Porte Latine. (c) L'Apparition de Saint-Michel. (d) La chaire de Saint-Pierre à Antioche. (e) Saint Pierre aux Liens, etc.

  7. Pendant le Concile, le principe du Canon immuable de la Messe avait été détruit par l'ajout du nom de saint Joseph.

  8. Le Confiteor avant la Communion fut supprimé.

Il est à noter que la « liturgie de Jean XXIII » ne fut en vigueur que trois ans, jusqu'à la promulgation du Décret Conciliaire sur la Liturgie - également le travail de Bugnini.

 

 

VII. La Liturgie dans la Fraternité Saint-Pie X

 

[Note du traducteur : ce paragraphe, tout comme l'ensemble du document, a été écrit en 1983. Par conséquent on y décrit ici la liturgie de la FSSPX à ses débuts.]

Ecône

 

Question : « La liturgie de Jean XXIII n'est-elle pas celle dans laquelle vous autres prêtres avez été formés et ordonnés à Ecône ? »

 

La réponse est non. Nous n'avons reçu aucune formation liturgique digne de ce nom à Ecône, et jusqu'en septembre 1976, la Messe était celle des premières années de Paul VI. (D'ailleurs, la concélébration était autorisée dans nos premiers statuts.) Le célébrant s'asseyait sur le côté et écoutait les lectures, ou bien il les faisait lui-même sur un pupitre face au peuple. La seule raison pour laquelle les lectures étaient faites en latin et non français, nous-a-t-on dit, est que le séminaire était international ! (Il est intéressant de noter que les Ordonnances de la Fraternité, signées par Mgr Lefebvre et actuellement en vigueur, permettent la lecture de l'Épître et de l'Évangile en langue vernaculaire sans les lire d'abord en latin).

Il serait difficile de dire quelle liturgie était suivie à Ecône, parce que les rubriques étaient un méli-mélo de différents éléments, un prêtre disant la messe un peu différemment du suivant. Aucun ensemble de rubriques n'était systématiquement observé ou enseigné. En fait, on n'y enseignait pas du tout les rubriques.

Le mieux que je peux dire est qu'au fil des ans un certain mélange éclectique de rubriques se développa, basé sur le double principe de (a) ce que Mgr Lefebvre aimait, et (b) ce que chacun avait fait en France. Ces rubriques vont assez librement de la Liturgie de saint Pie X à celle de Paul VI en 1968. C'est tout simplement le « Rite d'Ecône, » une norme indépendante.

Aujourd'hui encore, il serait impossible d'étudier un manuel de rubriques puis de servir, par exemple, dans une messe pontificale à Ecône. Il n'y a pas d'uniformité, parce qu'il n'y a pas de principe d'uniformité, certainement pas la « liturgie de Jean XXIII. » Peut-être qu'un jour quelqu'un codifiera ce rite d'Ecône pour la postérité.

En ce qui regarde notre formation au séminaire, on nous a jamais appris à célébrer la Messe. La préparation à cette part plutôt importante de la vie sacerdotale devait être vue tout seul sur notre temps libre. La plupart des séminaristes là-bas semblent ne s'être jamais appliqués à une étude stricte ou systématique des rubriques, comme on peut le voir à la façon dont ils célèbrent la Messe aujourd'hui.

La Messe traditionnelle est une œuvre de discipline et d'art ; chaque petit mouvement est soigneusement prescrit et prévu. Il est dommage qu'aujourd'hui tant de prêtres formés à Ecône se contentent de dire la messe « plus ou moins » correctement. Mais sans formation et avec le mauvais exemple des prêtres âgés qui avaient été soumis à vingt ans de changements déroutants continus, pouvait-on s'attendre à autre chose ?

Un autre résultat heureux émergea du chaos liturgique à Ecône. Certains séminaristes revinrent tout simplement aux rubriques non réformées de l’Église. Après tout, Mgr Lefebvre lui-même ne leur avait-il pas dit que ce Bugnini était un franc-maçon ? Et n'avait-il pas son doigt dans la tarte liturgique depuis 1948 ?

 

 

Dites « Non » aux Réformateurs

 

À l'époque, on nous apprenait à rejeter le Concile Vatican II entièrement, puisque, toujours selon Monseigneur, tant de ses actions « ont commencé dans l'hérésie et ont fini dans l'hérésie. » Pourquoi alors suivre la liturgie provisoire qui lui a ouvert le chemin ? Pourquoi, en effet ? Mgr Lefebvre n'a pas jugé nécessaire en 1976 de forcer une « réforme » liturgique en Angleterre, en Allemagne et en Amérique où l'on suivait la liturgie non-réformée.

Je ne prétends pas que la « Liturgie de Jean XXIII » est hérétique ou d'une façon ou d'une autre offensante à Dieu, comme l'est le Novus Ordo. Mais je sais que c'est une étape vers le Novus Ordo, concoctée par ceux-là mêmes qui ont produit le Novus Ordo. Et je crois, enfin, qu'accepter ces « réformes » aujourd'hui avec l'avantage de vingt ans de recul serait une erreur. Je sais aussi - je l'ai vu de mes propres yeux - que l'effet cumulatif de ces changements progressifs sur les prêtres est désastreux.

L’Église aujourd'hui doit être reconstruite pratiquement à partir du sol. Allons-nous chercher pour modèle l'homme rayonnant de santé ou celui qui meurt lentement ? Allons-nous prendre comme principe le même adage de saint Vincent de Lérins : « Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus » (Ce qui a été fait toujours, partout, et par tous) ou les « lois » (si tant est qu'on puisse les considérer telles) qui, dans l'intention avérée de leurs créateurs ne servit qu'à ouvrir la voie à la destruction de la « plus belle chose de ce côté du ciel, » le Saint Sacrifice de la messe ?

Une Analyse de la Nouvelle Ecclésiologie : Tableau Comparatif

Publié le par Études Antimodernistes

Nous avons enfin achevé la traduction et la publication complète de l'ensemble de l'analyse effectuée par Monseigneur Donald J. Sanborn.

Cette publication s'est faite partie par partie (une introduction, puis quatre questions-clés). Nous sommes heureux de publier maintenant un tableau de trois colonnes, suivant la forme du document original anglais, permettant d'avoir en vis-à-vis le nouvel enseignement de Vatican II, l'enseignement de l'Eglise Catholique, et en troisième colonne un rapide commentaire de Mgr Sanborn. Ce tableau intègre les quatre questions-clés, mais pas l'introduction.

Les articles précédents sont toujours consultables en ligne : Article 1 Article 2 Article 3 Article 4 Article 5 ou en pdf : pdf1 pdf2 pdf3 pdf4 pdf5.

Une Analyse de la Nouvelle Ecclésiologie (5/5)

Publié le par Études Antimodernistes

Question IV :

Le Saint-Esprit utilise-t-il les sectes schismatiques et/ou hérétiques comme moyen de salut ?


Par Monseigneur Donald J. Sanborn


Catholic Restoration, Septembre-Octobre 2004.

EtudesAntimodernistes.fr, Août 2016.


ENSEIGNEMENT DE VATICAN II

ET DES DÉCLARATIONS ET DOCUMENTS POSTÉRIEURS


  • En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. (Vatican II, Unitatis Redintegratio, 3).


  • N'arrive-t-il pas parfois que la fermeté de la croyance des membres des religions non chrétiennes - effet elle aussi de l'Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique - devrait faire honte aux chrétiens ? (Jean-Paul II, Redemptor Hominis).


  • Il est extrêmement important de faire une présentation correcte et loyale des autres Églises et communautés ecclésiales dont l'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir comme de moyens de salut. (Jean-Paul II, Catechesi Tradendae, 16 octobre 1979).




ENSEIGNEMENT DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

ET COMMENTAIRE

  • Car en effet, vous savez aussi bien que Nous, Vénérables Frères, avec quelle constance nos pères se sont efforcés d'inculquer cet article de foi que ces innovateurs osent nier, à savoir, la nécessité de la foi et l'unité Catholique pour obtenir le salut. C'est ce qui fut enseigné par un des plus célèbres disciples des Apôtres, St Ignace Martyr, dans son Épître aux Philadelphiens : « Ne vous trompez pas, » leur écrivit-il, « celui qui s'attache à l'auteur d'un schisme ne possédera pas le royaume de Dieu. » St Augustin et les autres évêques d'Afrique en 412 dans le Concile de Cirta se sont exprimés sur ce sujet dans les termes suivants : « Celui qui est séparé du corps de l’Église Catholique, combien louable puisse sa conduite par ailleurs paraître, ne jouira jamais de la vie éternelle, et la colère de Dieu reste sur lui en raison du crime dont il est coupable en vivant séparé du Christ. » (Épître 141) Et sans présenter ici le témoignage d'une quantité presque innombrable d'autres anciens Pères, Nous Nous limiterons à citer notre glorieux prédécesseur, St Grégoire le Grand, qui témoigne explicitement que tel est l'enseignement de l’Église Catholique sur ce point. « La sainte Église universelle, » dit-il, « enseigne que Dieu ne peut être vraiment adoré si ce n'est dans son sein : elle affirme que tous ceux qui sont séparés d'elle ne seront pas sauvés. » [Grégoire XVI, Encyclique Summo jugiter, 27 Mai 1832, aux Évêques de Bavière]


Commentaire : D'après le Saint Père, c'est un article de foi que ceux qui ne possèdent pas la Foi Catholique et qui ne sont pas membres de l’Église Catholique iront en enfer, à moins qu'ils ne soient excusés de faute à cause de l'ignorance invincible.

Ainsi, ceux qui adhèrent au schisme de Photius [i.e., les Orthodoxes Orientaux] iront en enfer, à moins qu'ils ne soient excusés par l'ignorance invincible.

De même, ceux qui sont séparés de l’Église Catholique ont la colère de Dieu sur eux, et iront en enfer, en dépit des autres vertus qu'ils peuvent avoir, à moins qu'ils ne soient excusés par l'ignorance invincible.

Les hérétiques et les schismatiques ne peuvent pas donner une vraie adoration à Dieu, parce qu'ils sont séparés des Siens. Parce qu'ils sont séparés de l’Église, ils iront en enfer, à moins qu'ils ne soient excusés par l'ignorance invincible.


  • L’Église déclare hautement que tout l’espoir de l’homme, que tout son salut est dans la foi chrétienne, dans cette foi qui enseigne la vérité, dissipe par sa lumière divine les ténèbres de l’ignorance humaine, opère par la charité ; et en même temps dans l’Église catholique, car elle conserve le vrai culte, elle est le sanctuaire inébranlable de la foi même, et le temple de Dieu hors duquel, sauf l’excuse d’une ignorance invincible, il n’y a point de salut à attendre. [Pie IX, Lettre Singulari quidem, 17 Mars 1856, à l’épiscopat autrichien]


Commentaire : Les sectes hérétiques et schismatiques ne sont pas un moyen de salut, et ceux qui y adhèrent n'ont aucun espoir d'aller au ciel, à moins d'être excusés par l'ignorance invincible.


  • Et ici, Fils bien-aimés et Frères Vénérables, Nous devons une fois de plus rappeler et condamner la très grave erreur dans laquelle, malheureusement, quelques catholiques sont tombés, croyant que des personnes vivant dans l'erreur et en dehors de la vrai foi et de l'unité catholique peuvent parvenir à la vie éternelle. Ceci est absolument contraire à l'enseignement catholique. Nous savons et vous savez que ceux qui sont invinciblement ignorants de notre très sainte religion, et qui, observant avec attention la loi naturelle et ses préceptes mis par Dieu dans le cœur de tout homme, disposés à obéir Dieu, mènent une vie honnête et droite, peuvent, avec le secours de la lumière et de la grâce divines, mériter la vie éternelle ; … Mais ce dogme catholique est également bien connu : que personne ne peut être sauvé en dehors de l’Église Catholique et que ceux qui se révoltent sciemment contre l'enseignement et l'autorité de l’Église ne peuvent pas obtenir le salut éternel, ni ne le peuvent ceux qui se séparent volontairement de l'union avec l’Église et avec le Pontife Romain, le successeur de Pierre, à qui le Sauveur a confié la garde de sa vigne. [Pie IX, Lettre Quanto conficiamur moerore, 10 août 1863]


Commentaire : Par conséquent l'enseignement de Vatican II, à savoir, que les religions non-catholiques sont moyens de salut, est hérétique, puisqu'il est absolument contraire à l'enseignement catholique.

Les schismatiques qui se révoltent sciemment contre l'autorité de l’Église, ou qui se sont volontairement séparés du Pontife Romain, iront en enfer, à moins d'être excusés par l'ignorance invincible.


  • Certainement, les catholiques ne désirent rien tant que la disparition de tous les schismes et dissensions du milieu des Chrétiens, et que tous travaillent à conserver l'unité d'esprit dans le lien de la paix. C'est pourquoi l’Église Catholique prie et invite les fidèles à prier le Dieu Tout-puissant afin que tous ceux qui ont quitté l’Église Romaine se convertissent à la vraie foi, abjurent leurs erreurs, et retournent en grâce dans son sein, en dehors duquel il n'y a pas de salut. [Pie IX, Lettre du Saint Office, 16 septembre 1864, à l'épiscopat anglais]


Commentaire : Il n'y a pas de salut en dehors de l’Église Romaine. Les hérétiques et les schismatiques doivent abjurer leurs erreurs et retourner à l’Église Romaine pour se sauver.


  • De ceci il s'ensuit aussi qu'ils ne peuvent se promettre aucune des grâces et des fruits du sacrifice perpétuel et des sacrements qui, bien qu'ils soient administrés de façon sacrilège, sont néanmoins valides et alimentent dans une certaine mesure cette forme et apparence de piété que St Paul mentionne (I. Cor XIII:3) et dont St Augustin parle plus longuement : « La forme de la branche , » dit celui-ci avec grande précision, « peut être encore visible, même détachée de la vigne, mais la vie invisible de la racine ne peut être préservée que par l'union au cep. C'est pourquoi les sacrements corporels, que certains conservent et utilisent en dehors de l'unité du Christ, peut préserver l'apparence de la piété. Mais la vertu invisible et spirituelle de la vraie piété ne peut pas y demeurer plus que la sensation dans un membre amputé. » (Serm. LXXI, in Matth., 32) Mais puisqu'ils n'ont plus les sacrements, à l'exception du baptême, qu'ils confèrent, dit-on, sans cérémonies aux enfants ; un baptême fructifiant pour ceux-ci, pourvu qu'en arrivant à l'âge de raison ils n'embrassent pas le schisme, mais mortel pour ceux qui l'administrent, puisqu'en le conférant ils agissent volontairement dans le schisme ;… [Léon XIII, Lettre Eximia Nos laetitia, 19 Juillet 1893, à l'évêque de Poitiers, au sujet du schisme de la « Petite Église. »]


Commentaire : Les schismatiques et les hérétiques, bien qu'ils puissent avoir des sacrements valides, ne peuvent se promettre aucune des grâces et des fruits du sacrifice perpétuel et des sacrements. Les église hérétiques et schismatiques, malgré tous les « éléments de l’Église du Christ » qui peuvent s'y trouver, sont des membres amputés sans sensation. On est loin de la « communion partielle » et des « liens étroits. »

Bien que les sectes hérétiques et schismatiques puissent conférer validement le baptême, elles commettent un péché mortel en le faisant. Ces baptêmes donnent la grâce, mais la grâce est perdue si le baptisé, parvenu à l'âge de raison, embrasse le schisme. La secte schismatique, par conséquent, infecte l'âme des baptisés avec le poison mortel du schisme, et ses adhérents, s'ils sont consentants, perdent la grâce du baptême et vont en enfer. La secte est par conséquent un moyen de damnation.


  • L’Église du Christ est donc unique et, de plus, perpétuelle : quiconque se sépare d'elle, s'éloigne de la volonté et de l'ordre de Jésus-Christ Notre-Seigneur, il quitte le chemin du salut, il va à sa perte. « Quiconque se sépare de l’Église pour une épouse adultère, abdique aussi les promesses faites à l’Église. Quiconque abandonne l’Église du Christ ne parviendra point aux récompenses du Christ. Quiconque ne garde pas cette unité, ne garde pas la loi de Dieu, il ne garde pas la foi du Père et du Fils, il ne garde pas la vie ni le salut. » (S. Cyp. De cath. Eccl. Unitate) [Léon XIII, Encyclique Satis cognitum, 29 Juin 1896]


Commentaire : Les schismatiques et les hérétiques quittent le chemin du salut et entrent celui de la perdition. Au lieu d'être moyen de salut, les sectes non-catholiques sont des églises adultères. Ceux qui y adhèrent vont en enfer, à moins d'être excusés par l'ignorance invincible.


  • Par conséquent, tous ceux qui veulent arriver au salut en dehors de l’Église se trompent de route et font de vains efforts. [Léon XIII, Encyclique Tametsi, 1er Novembre 1900]


Commentaire : Les sectes hérétiques et schismatiques ne sont pas des moyens de salut, et font de vains efforts.


  • Ceci est pour vous notre dernière leçon : recevez-la, gravez-la tous dans vos esprits : par le commandement de Dieu le salut ne se trouve que dans l’Église ; l'instrument fort et effectif du salut n'est pas autre que le Pontificat Romain. [Léon XIII, Allocution pour le 25ème anniversaire de son élection, 20 Février 1903]


Commentaire : Les sectes hérétiques et schismatiques ne sont pas des moyens de salut.


  • Et Dieu, père et ami de la paix, maître des temps et des heures hâtera le jour où les peuples d'Orient doivent revenir triomphants à l'unité catholique et, unis au Siège apostolique, purifiés de toute erreur, entrer au port du salut éternel. [St Pie X, Lettre Ex quo, nono labente, 26 Novembre 1910, aux délégués Apostoliques d'Orient]


Commentaire : Ce que les schismatiques doivent faire pour obtenir le salut, c'est répudier leur schisme et retourner à l’Église Romaine.



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