Courte Défense de Mgr Thuc

Publié le par Études Antimodernistes

Par Monseigneur Daniel L. Dolan

 

TraditionalMass.org, Novembre 2000.

EtudesAntimodernistes.fr, Janvier 2017.


 

Note : les commentaires qui suivent sont des extraits d'une conférence que Mgr Daniel Dolan a faite à l'origine à l’École Saint-Joseph de Serre-Nerpol, en Isère (France), le 17 octobre 1999.

Mgr Dolan a dû faire face à plusieurs accusations fausses provenant de la Fraternité Saint-Pie X qui avaient été répandues contre lui en France, entre autres l'accusation selon laquelle sa consécration épiscopale était « invalide » car elle provenait de Mgr P.M. Ngo-din-Thuc, ancien Archevêque de Hué, au Vietnam.

 

 

Second point :

l'Accusation selon laquelle mes Ordres ne sont pas Valides.

 

 

Mgr DolanCette accusation vient de ceux qui n'ont jamais connu Mgr Thuc, mais qui, de leur propre chef, jugent sa santé mentale. Ils ont imaginé que, parce qu'il avait agi imprudemment, il ne pouvait pas être sain d'esprit. Mais cela n'est pas vrai.

La réponse adéquate à cette accusation est de prouver par témoignage oculaire que Mgr Thuc était sain d'esprit à l'époque de la consécration de Mgr Guérard des Lauriers, et un peu plus tard lors des consécrations de Mgr Zamora et de Mgr Carmona, de qui je dérive ma consécration épiscopale.

Il y des preuves abondantes, que ce soit par les témoins oculaires qui le connurent à l'époque, ou par les actes même de l’archevêque, que Mgr Thuc était parfaitement lucide quand il consacra Mgr Guérard des Lauriers en mai 1981, puis Mgr Zamora et Mgr Carmona en octobre 1981.

Il est vrai que Mgr Thuc a ordonné et consacré des personnes indignes. Il est vrai qu'il a fait montre d'un pauvre jugement concernant le choix des candidats au sacerdoce et à l'épiscopat. Ce fait, cependant, ne prouve pas et ne suggère pas un manque de lucidité ; ils montrent simplement un pauvre jugement.

Nous pourrions aussi souligner que Mgr Lefebvre a fait de très pauvres jugements concernant certaines personnes qu'il a ordonnées.

En outre, ce n'est pas parce que quelqu'un agit avec incohérence et de manière erratique, qu'il est sénile et incapable de conférer validement les sacrements.

Mgr Lefebvre a agi de manière particulièrement erratique en 1987 et en 1988. En août 1987, il considérait Jean Paul II comme un antichrist, mais en mai 1988 il signa un protocole par lequel il se soumettait à lui en tant que Vicaire du Christ. Le jour suivant, il revint sur le protocole qu'il avait signé la veille. Une des raisons qu'il allégua auprès du Vatican pour procéder aux consécrations sans permission était que « les tentes avaient été louées. » Le 15 juin 1988, Mgr Lefebvre donna une conférence de presse au cours de laquelle il déclara que Jean Paul II n'était pas catholique, qu'il était excommunié, hors de l’Église, mais qu'il était la tête de l’Église. Le 16 juin, il dit à un journaliste qu'il changerait d'avis si Jean Paul II — qui la veille encore n'était même pas catholique — approuvait ses quatre évêques. Malgré tout ceci, Mgr Lefebvre restait sain d'esprit.

Revendiquer que l'incohérence ou un comportement erratique invalide un sacrement, c'est manifester une profonde ignorance des principes fondamentaux de la théologie sacramentelle.

Le seul état mental qui invalide un sacrement est celui dans lequel un ministre n'est pas conscient de ce qu'il fait. Par exemple si, pour cause de sénilité, un prêtre ne savait pas où il est, ou quel sacrement il était en train d'administrer, alors ce sacrement serait invalide.

Tel n'est pas le cas de Mgr Thuc, puisque des témoins oculaires et des faits montrent indubitablement sa parfaite lucidité.

 

 

I. Témoignages Probants.

 

Quelles sont les preuves des témoins oculaires qui le connurent ?

A. Le Dr Hiller et le Dr Heller. Ce sont les deux témoins oculaires allemands des deux consécrations. Ils étaient amis intimes de Mgr Thuc, l'ayant vu régulièrement lorsqu'il résida durant plusieurs mois à Munich. Ils ont tous les deux témoigné sous serment, l'un par écrit, l'autre oralement, ayant Dieu pour témoin, que Mgr Thuc était pleinement maître de ses facultés lorsqu'il fit les consécrations mentionnées ci-dessus. Ces laïcs sont des personnes diplômées, intelligentes, à l'esprit vif ; il n'y a absolument aucune raison de douter de leur véracité ou de leur capacité à juger l'état d'esprit de Mgr Thuc.

R.P. BarbaraB. Le Père Noël Barbara. Le père Barbara a rencontré Mgr Thuc durant le printemps 1981, puis à nouveau en janvier 1982. Il l'a donc vu avant et après les consécrations. Le Père Barbara a prêté serment, par écrit, ayant Dieu pour témoin, qu'à ces deux occasions Mgr Thuc disposait du plein usage de ses facultés mentales et qu'il répondit de manière claire aux questions qui lui étaient posées concernant les consécrations. En outre, immédiatement après sa visite du mois de janvier, le Père Barbara rédigea des notes concernant sa conversation avec Mgr Thuc. Ces notes reflètent la clarté d'esprit de l'archevêque, qui répondit aux questions clairement et avec bonne mémoire.

C. Monsieur l'abbé Gustave Delmasure. Ce prêtre, qui était un prêtre traditionaliste très respecté en France, ancien curé de paroisse de Théoule-sur-mer (Alp. mar), rencontra Mgr Thuc en mars 1982. Il a fait un témoignage sous serment, ayant Dieu pour témoin, disant qu'il avait trouvé Mgr Thuc sain d'esprit et qu'il avait répondu à ses questions avec promptitude et clarté.

Mgr Guérard des LauriersD. Mgr Guérard des Lauriers. Lors d'une rencontre privée avec M. l'abbé Joseph Collins, Mgr Guérard des Lauriers, qui lui-même avait été consacré en mai 1981 par Mgr Thuc, attesta le fait que celui-ci était sain d'esprit. Il déclara que le rite de consécration fut suivi intégralement par l'Archevêque, et que celui-ci (Mgr Thuc) était pleinement conscient de ce qu'il faisait tout au long de la cérémonie. ( Mgr Guérard des Lauriers était un théologien dominicain très connu, qui enseigna à l'université du Latran à Rome, et qui conseilla le pape Pie XII sur la définition du dogme de l'Assomption en 1950).

E. Monsieur l'abbé Philippe Guépin. M. l'abbé Guépin est un prêtre traditionaliste qui célèbre la Messe pour de nombreux fidèles à Nantes. Il fut ordonné par Mgr Lefebvre en 1977, et fut prié de quitter la Fraternité saint Pie X en 1980 parce qu'il refusait de reconnaître Jean Paul II comme pape. Il connut Mgr Thuc a Ecône et eut l'occasion de converser longuement avec lui. Il a attesté que Mgr Thuc était sain d'esprit.

F. Monsieur l'abbé Bruno Schaeffer, ordonné par Mgr Thuc le 19 décembre 1981 (donc après les consécrations), déclara à M. l'abbé Guépin que Mgr Thuc était sain d'esprit et qu'il avait parfaitement observé le rite d'ordination.

G. Les témoins oculaires qui l'ont connu à Rochester, dans l'État de New York, où Mgr Thuc résida de 1983 à 1984, attestèrent eux aussi que, même à cette époque, juste avant sa mort en 1984, Mgr Thuc était sain d'esprit, et célébrait quotidiennement la Messe.


 

Nous devons maintenant nous poser cette question : tous ces gens sont-ils des menteurs ? Tous ces témoins oculaires ont déclaré la même chose, bien qu'ils aient connu Mgr Thuc à différentes époques et dans des circonstances diverses. Mentent-ils tous ? Il serait ridicule de soutenir une telle chose.

Ceux qui voudraient nous faire croire, pour une raison ou pour une autre, que Mgr Thuc n'était pas lucide nous disent de conclure que tous les témoins oculaires cités au-dessus sont de FIEFFES MENTEURS.

Cela voudrait dire que des prêtres catholiques romains fidèles, dont certains ont ordonnés il y a 50 ans ou plus, et qui ont travaillé au salut des âmes toute leur vie, sont des MENTEURS, appelant l'autorité de Dieu pour être témoin de leurs malicieux mensonges. Et ils feraient cela juste avant de comparaître devant Dieu, et pour une affaire aussi importante qu'une consécration épiscopale.

Cette supposition est absurde et très incharitable. Il n'y a pas de meilleur témoignage que celui de témoins oculaires ayant prêté serment. Personne ne peut raisonnablement reprocher à quelqu'un d'accepter la parole de témoins oculaires dignes de confiance et ayant prêté serment.

Je vous rappelle que la procédure classique, éprouvée par le temps et universelle, par laquelle un fait est établi est le témoignage de témoins oculaires dignes de foi ayant prêté serment. C'est la procédure par laquelle toute cour de justice détermine le crime ou l'innocence. Jugés sur de tels témoignages, les hommes sont soit acquittés, soit condamnés, et parfois à la peine capitale.

Les tribunaux de l’Église catholique rendent leur jugement grâce aux témoignages de témoins dignes de foi et ayant prêté serment.

Mais surtout, Notre Seigneur a sanctionné cette pratique de sa divine approbation : « S'il ne t'écoute point, prends encore avec toi une ou deux personnes, afin que sur la parole de deux ou trois témoins tout soit avéré » (Matthieu XVIII, 16). Et dans l'Évangile de Saint Marc, Notre Seigneur reproche aux apôtres de n'avoir pas cru les témoins de sa résurrection (Marc XVI, 14).

 

 

 

II. Faits Probants.

 

Quelles sont les preuves et les faits qui attestent la lucidité de Mgr Thuc ?

A. Le fait que Mgr Thuc agisse publiquement, étant sain d'esprit, à l'époque des consécrations. Les témoins allemands, le Dr Hiller et le Dr Heller, attestent ce fait. Mgr Thuc a passé quelques mois à Munich où il célébrait la Messe dominicale et où chacun pouvait l'observer. Ces témoins ont remarqué qu'il célébrait la Messe traditionnelle avec grande attention et observance précise des rubriques. Il a aussi donné des conférences publiques au Mexique après la consécration des évêques Mexicains.

B. Le fait que Mgr Thuc ait écrit de sa propre main, d'une écriture forte et assurée, le certificat de consécration, des lettres et d'autres déclarations en latin et en français. Quelqu'un qui ne serait pas sain d'esprit ne pourrait pas s'asseoir et écrire de manière cohérente, surtout en latin.

Certificat

C. Le fait que Mgr Thuc ait un souvenir clair et vivant des consécrations lors de ses conversations avec le Père Barbara. Une de ces conversations fut rapportée par des notes que le Père Barbara rédigea juste après l'entrevue. Lors de celle-ci, Mgr Thuc se souvint non seulement avoir consacré les deux prêtres mexicains, les abbés Zamora et Carmona, mais commenta même que M. l'abbé Carmona parlait un bien meilleur latin que M. l'abbé Zamora. Il attesta aussi le fait d'avoir consacré le Père Guérard des Lauriers, et ajouta quelques détails le concernant. Des souvenirs aussi détaillés concernant des événements et des noms spécifiques sont une preuve que Mgr Thuc était sain d'esprit à l'époque des consécrations, et au moment où il parlait avec le père Barbara.

D. Le fait que le Vatican ait excommunié Mgr Thuc. Tout le monde sait que quelqu'un qui n'est pas sain d'esprit n'est pas capable de commettre un crime, et que donc il ne peut pas être censuré. Le fait que le Vatican, après une enquête approfondie, ait excommuniée Mgr Thuc pour avoir réalisé ces consécrations, est un signe qu'ils le considérèrent tout à fait sain d'esprit. S'ils l'avaient trouvé dans un état mental diminué, ils auraient rendu le fait public et auraient répudié ces consécrations comme invalides. Au contraire, le fait même qu'il ait été excommunié est une admission, légalement, de la validité des consécrations. C'est en effet un principe de la loi que les censures ne sont pas prononcées si l'acte est invalide. « D'ailleurs, ajoute le canoniste Augustine, il est généralement admis que l'ordre doit avoir été reçu validement, et par conséquent la sanction ne s'ensuivrait pas si, par exemple, un évêque protestant conférait un ordre ».[A Commentary on the New Code of Canon Law, volume VIII, p. 449].Mgr Thuc

Le Vatican concède clairement la validité des consécrations dans le document même de l'excommunication. En statuant que cela ne donnerait pas le statut légal d'évêque aux évêques consacrés par Mgr Thuc, il ajoute « quidquid est de ordinum validitate ». L'expression concède la validité, car le mode indicatif est utilisé en latin, ce mode indiquant toujours un fait établi sans doute possible. [Note du traducteur : en français, cette expression se rendrait à peu près par « quel que soit ce qui regarde la validité (qui est présumée) »].

De plus cette reconnaissance de la validité est attestée par le fait que deux Délégués Apostoliques, l'un au Mexique en 1983 et l'autre aux États-Unis en 1988, appelèrent les consécrations de Mgr Thuc « valides mais illicites ». Ils n'auraient jamais déclaré une telle chose si ceci n'avait pas été la position du Vatican.

Même Mgr Williamson, le Recteur du séminaire de la Fraternité Saint Pie X aux États-Unis, a déclaré que ma consécration était valide. (Lettre du 21 octobre 1993.)

 

 

III. Quelques objections

 

A. Scandale. Certains ont objecté que même si ces consécrations sont valides, nous aurions dû les éviter à cause du scandale de Mgr Thuc. Mais ce n'est pas vrai.

Tout d'abord, Mgr Thuc est mort et ses péchés sont morts avec lui. Ces péché, quels qu'ils eussent été, n'ont pas été transférés à ceux qu'il a consacrés. Chaque évêque doit être jugé selon ses propres mérites et non sur les vertus de celui qui l'a consacré. Le Cardinal Merry del Val, saint homme, secrétaire d'État de Saint Pie X, fut consacré par le cardinal Rampolla, accusé d'être Franc-Maçon.Cela veut-il dire que le cardinal Merry del Val était scandaleux ? Bien sûr que non.

De toute façon le droit canon permet aux fidèles d'approcher même le clergé excommunié, en cas de nécessité, pour les sacrements (canon 2261, §2).Ce qui nous intéresse donc à propos de Mgr Thuc, ce ne sont pas ses péchés ou son pauvre jugement, mais (1) le fait qu'il ait procédé à ces consécrations, (2) le fait est qu'il ait utilisé le rite traditionnel, (3) le fait qu'il ait été sain d'esprit. Or toutes ces choses sont attestées par des documents et même des témoins oculaires dignes de confiance ayant prêté serment.

B. Mauvais évêques. Mais certains objectent encore que les fruits de Mgr Thuc sont mauvais, alléguant qu'il donna naissance à un certain nombre de mauvais évêques.

Je réponds que le simple fait de dériver ses ordres Mgr Thuc ne veut pas dire pour autant que l'on participe à ses péchés ou à ses défauts. Ce n'est pas comme appartenir à une sorte d'organisation « évêques Thuc ». Si la lignée de quelqu'un remonte à Mgr Thuc, il n'est pas pour autant automatiquement associé à tous ceux que Mgr Thuc a ordonnés ou consacrés - pas plus qu'un évêque consacré par Mgr Lefebvre aurait part aux péchés du cardinal Liénart, qui a sacré Mgr Lefebvre, mais qui fut l'un des pires modernistes à Vatican II.

Il n'y a qu'une chose qui compte ici, c'est que Mgr Thuc ait procédé aux consécrations épiscopales, qui sont valides. À partir de ces consécrations valides, des évêques valides et responsables sont disponibles afin de nous donner des prêtres.

 

 

IV. Pourquoi se tourner vers Monseigneur Thuc ?

 

Mgr ThucJe voudrais ajouter que Mgr Thuc possédait de nombreuses vertus qui ne doivent pas être négligées. Il fut le seul évêque qui eut le courage de dénoncer publiquement Jean-Paul II en tant que faux pape. Il disait aussi la Messe avec dévotion, et il était connu pour entendre les confessions durant plusieurs heures de suite, même à un âge avancé.

Mais la seule raison pour laquelle nous avons dû nous tourner vers Mgr Thuc, quoi qu'il en soit, c'est qu'il consentait à consacrer des évêques qui veuillent préserver la vraie position catholique à l'égard de Vatican II et des « papes » modernistes. Si la Fraternité Saint Pie X avait pris le droit chemin, ma consécration n'aurait pas été nécessaire, et nous travaillerions côte à côte avec eux.

Malheureusement, il a fallu rompre avec la Fraternité Saint Pie X, parce que ses positions sont incohérentes et donc erronées. De plus, elle a adhéré à des doctrines et des attitudes envers l'autorité de l’Église et le magistère, qui ne sont pas compatibles avec la foi catholique.

Paul VI a-t-il promulgué illégalement le Novus Ordo ?

Publié le par Études Antimodernistes

Par M. l'Abbé Anthony Cekada

 

SGG Newsletter 49, Février 2000.

EtudesAntimodernistes.fr, Janvier 2017.

 

 

La Fraternité Saint Pie X et un mythe populaire traditionaliste.

 

Abbé CekadaLa plupart des catholiques qui abandonnent la Nouvelle Messe le font parce qu'ils la trouvent mauvaise, irrévérente ou non-catholique.

Instinctivement, cependant, le catholique sait que l’Église du Christ ne peut pas nous donner quelque chose de mal, puisque l'Église nous conduirait alors en enfer, plutôt qu'au ciel.

Les théologiens catholiques, en effet, enseignent que les lois disciplinaires universelles de l’Église, y compris les lois régissant la liturgie sacrée, sont infaillibles. En voici une explication classique, donnée par le théologien Herrmann :

« L'Église est infaillible dans sa discipline générale. Par le terme discipline générale, on entend les lois et les pratiques qui appartiennent à l'ordre externe de toute l’Église. Telles sont les choses qui concernent soit le culte externe, comme la liturgie et les rubriques, ou l'administration des sacrements…

« Si elle [l'Église] pouvait prescrire, commander ou tolérer dans sa discipline quelque chose contre la foi et les mœurs, ou quelque chose qui tendrait au détriment de l’Église ou au préjudice des fidèles, elle se détournerait de sa mission divine, ce qui est impossible. »1

Tôt ou tard, donc, les catholiques font face à un dilemme : La Nouvelle Messe est mauvaise, mais ceux qui nous l'ont prescrite (Paul VI, et al.) possédaient apparemment l'autorité même du Christ. Que doit-on faire ? Accepter le mal à cause de l'autorité, ou rejeter l'autorité à cause du mal ? Choisir le sacrilège, ou choisir le schisme ?

Comment un catholique peut-il résoudre ce dilemme apparent de l'autorité ecclésiastique prescrivant le mal ?

Au cours du temps, seulement deux explications furent essentiellement proposées :

  1. Paul VI, qui a promulgué la Nouvelle Messe, avait perdu l'autorité papale.

L'argument est le suivant : Une fois que nous reconnaissons que la Nouvelle Messe est mauvaise, ou nuit aux âmes, ou détruit la foi, nous reconnaissons aussi implicitement quelque chose d'autre : Paul VI, qui a promulgué (imposé) ce mauvais rite en 1969, ne pouvait pas posséder l'autorité véritable dans l’Église à ce moment donné. Il avait perdu l'autorité papale d'une manière ou d'une autre, ou bien il ne l'avait jamais possédée.

Comment cela aurait-il pu se produire ? La défection de la foi, selon l'enseignement d'au moins deux papes (Innocent III et Paul IV) et de presque tous les canonistes et théologiens catholiques, entraîne la perte automatique de l'autorité pontificale.

Le mal de la Nouvelle Messe, selon cet argument, est comme une flèche lumineuse géante pointant vers les papes post-Vatican II et clignotant les mots : « Pas d'autorité papale. Ayant perdu la foi catholique. »

  1. Paul VI possédait l'autorité papale, mais n'a pas licitement promulgué la Nouvelle Messe.

Cette position prétend que Paul VI n'a pas suivi les formes juridiques correctes quand il a promulgué la Nouvelle Messe. La Nouvelle Messe n'est donc pas vraiment une loi universelle, et par conséquent nous ne sommes pas obligés d'obéir à la loi qui l'imposait prétendument ; l'infaillibilité de l’Église est ainsi « sauvée. »

Cette théorie a été extrêmement populaire dans le mouvement traditionaliste dès ses débuts dans les années 1960.

C'est vouloir le beurre et l'argent du beurre. Cet argument vous permet de « reconnaître » le pape, mais d'ignorer ses lois, de dénoncer sa Nouvelle Messe, et de garder l'ancienne Messe. Il rassure les âmes simples effrayées du schisme, qu'elles sont, malgré les apparences, toujours « loyales envers le Saint-Père. »

J'ai traité la première position dans mon étude Traditionalists, Infallibility and the Pope. Je vais discuter ici de la deuxième position, et décrire les difficultés considérables qu'elle présente en ce qui concerne la logique, l'autorité de l’Église et le droit canon.

 

 

I. La FSSPX et la « Promulgation Illégale. »

 

Bien que nombreux sont les catholiques traditionnels adhérant à la position selon laquelle la Nouvelle Messe a été illégalement promulguée, les défenseurs de cette théorie se retrouvent particulièrement parmi les membres et sympathisants de la Fraternité Saint Pie X (FSSPX) de Monseigneur Marcel Lefebvre.

Cette théorie s'inscrit parfaitement dans ce que l'on ne peut appeler le concept janséniste / gallican qu'a la Fraternité concernant la papauté : Le pape est « reconnu », mais ses lois et ses enseignements doivent être « triés ». Vous obtenez tous les bienfaits sentimentaux d'avoir théoriquement un pape, mais aucun des inconvénients pratiques de lui obéir réellement.

(Au cours du temps, l'attrait émotionnel de cette position pour les laïcs s'est révélée une aubaine financière pour la FSSPX. Comme la poule aux œufs d'or.)

 

 

II. Les Arguments Standards.

 

Pour une explication de la deuxième position, par conséquent, nous ferons référence à deux articles écrits par l'ancien Supérieur du District de la FSSPX aux États-Unis, l'abbé François Laisney.

Abbé LaisneyL'abbé Laisney caractérise la Nouvelle Messe comme « mauvaise en soi »2, et un danger pour la foi catholique3. Il reconnaît dans un sens général le principe sur lequel repose la première position : l'Église ne peut pas donner une loi universelle qui soit mauvaise ou nuisible aux âmes.

Mais, soutient-il, « la force complète de l'autorité papale n'a pas été engagée dans la promulgation de la Nouvelle Messe »4, et « le Pape Paul VI n'a pas obligé l'utilisation de sa [Nouvelle] Messe, mais l'a seulement permise… Il n'y a pas d'ordre, de commandement, ou de précepte clair l'imposant à tout prêtre ! »5

Il présente les arguments suivants, qui sont classiques chez ceux qui tiennent cette position, contre la légalité de la promulgation de la Nouvelle Messe par Paul VI :

  • « Le Novus Ordo Missae n'a pas été promulgué selon la forme canonique appropriée par la Sacrée Congrégation des Rites. »

  • « Un décret de la Sacrée Congrégation des Rites imposant la Nouvelle Messe ne se trouve pas dans les Acta Apostolicae Sedis (l'organe officiel de l’Église catholique annonçant de nouvelles ordonnances pour l’Église). »

  • « Dans les éditions ultérieures de la Nouvelle Messe [ce décret de 1969] est remplacé par un second décret (26 mars 1970) permettant seulement l'utilisation de la Nouvelle Messe. Ce second décret, qui autorise uniquement – et ne commande pas - son utilisation, est dans les Acta Apostolicae Sedis. »

  • Concernant une notification de 1971 de la Congrégation pour le Culte Divin sur la Nouvelle Messe, « on ne peut pas trouver dans ce texte une interdiction claire pour tout prêtre d'utiliser la Messe traditionnelle, ni une obligation de célébrer seulement la Nouvelle Messe. »

  • Une autre notification en 1974, dit l'abbé Laisney, impose vraiment une obligation, mais elle ne se trouve pas dans les Acta, et ne dit pas que Paul VI l'ait approuvée, si bien qu'elle n'a aucune force de loi.

  • « Une législation confuse » caractérise ces réformes. « En cela l'on voit précisément l'assistance du Saint-Esprit à l'Église, parce qu'Il n'a pas permis aux modernistes de promulguer correctement leurs réformes avec une force légale parfaite. »

  • L'abbé Laisney présente ensuite sa conclusion : « Le Novus Ordo Missae fut promulgué par le pape Paul VI avec tant de lacunes, et surtout manquant même le langage juridique propre pour obliger tous les prêtres et les fidèles, qu'il ne peut pas prétendre être couvert par l'infaillibilité du Pape dans les lois universelles. »6

Pour évaluer les allégations de l'abbé Laisney, nous supposerons, comme l'abbé Laisney le fait, que Paul VI était en effet un vrai pape qui, en tant que tel, possédait la plénitude du pouvoir législatif sur l'Église. Cela nous permettra de soumettre l'abbé aux critères objectifs, établis par le droit canon, qui découleraient de cette hypothèse.

Nous allons ensuite démontrer, en examinant les principes généraux du droit canon et les textes législatifs spécifiques en cause, que les arguments et les conclusions de l'abbé Laisney sont faux en tous points.

 

 

1P. Herrmann, Institutiones Theol. Dogm., Rome: 1904, 1:258. Emphase ajoutée. D'autres théologiens, tels que Van Noort, Dorsch, Schultes, Zubizarreta, Irragui et Salaveri expliquent cet enseignement de la même façon. Pour retrouver les citations complètes, voir mon étude Traditionalists, Infallibility and the Pope.

2Where Is the True Catholic Faith ? Is the Novus Ordo Missae Evil ? Angelus 20 (mars 1997) 38. [Où est la Vraie Foi Catholique ? Le Novus Ordo Missae est-il Mauvais ?]. Bien sûr, il n'est pas nécessaire de lire l'article pour découvrir comment la FSSPX répond à la première question.

3Was the Perpetual Indult Accorded by St. Pius V Abrogated ? Angelus 22 (décembre 1999) 30-31. [L'Indult Perpétuel Accordé par St Pie V a-t-il été Abrogé ?]

4Where is… ? … 34. Emphase originale.

5Where is… ? … 35.

6Where is… ? … 35-36.

 

 

 

III. Qu'est-ce que la « Promulgation » ?

 

« Promulguer » une loi ne signifie rien de plus que l'annoncer publiquement.

L'essence de la promulgation est la proposition publique d'une loi à la communauté par le législateur lui-me, ou sur son autorité, de sorte que la volonté du législateur d'imposer une obligation puisse devenir connue de ses sujets.1

AASLe Code de droit canonique dit simplement : « Les lois promulguées par le Saint-Siège sont promulguées par leur publication dans le commentaire officiel des Acta Apostolicae Sedis, à moins que dans des cas particuliers un autre mode de promulgation soit prescrit. »2

Voilà tout ce que le Code exige, et cela suffit à faire connaître la volonté du législateur, le pape.

A moins qu'une autre disposition n'ait été prise dans une loi particulière me, une loi devient efficace (oblige) trois mois après sa date officielle de publication dans les Acta.3 La période intermédiaire avant la date d'effet est appelée la vacatio legis.

 

 

IV. Un Décret Manquant ?

 

La Nouvelle Messe (Novus Ordo Missae) est apparue par étapes. Le Vatican a d'abord publié le nouvel Ordinaire dans un petit livret en 1969, avec l'Instruction Générale du Missel romain (une préface concernant la doctrine et les rubriques).4

Sur le devant de ce livret apparaît la longue Constitution Apostolique de Paul VI sur la Nouvelle Messe, Missale Romanum, et le Décret du 6 avril 1969 Ordine Missae de la Sacrée Congrégation des Rites (Consilium).

Le décret, signé par le cardinal Benno Gut, affirmait que Paul VI avait approuvé l'Ordre de la Messe qui suit, et que la Congrégation le promulguait par son mandat spécial. Il fixait le 30 Novembre 1969 comme la date effective de la législation.

Pour des raisons inconnues, cependant, ce décret ne fut jamais publié dans les Acta. Et ainsi l'abbé Laisney et beaucoup d'autres soutiennent que cette omission signifie que la Nouvelle Messe ne fut, par conséquent, jamais « dûment promulguée, » et n'oblige donc personne.

Mais argumenter sur cet oubli bureaucratique est une fausse piste. La question clé dans le droit canon concernant la promulgation d'une loi est la volonté du législateur. Dans ce cas, Paul VI a-t-il manifesté sa volonté d'imposer à ses sujets une obligation (à savoir la Nouvelle Messe) ? Et d'ailleurs, l'a-t-il fait dans les Acta ?

 

 

V. La Constitution Apostolique de Paul VI.

 

Missale RomanumLa question est facile à répondre. Dans les Acta Apostolicae Sedis du 30 avril 1969, nous trouvons la Constitution Apostolique Missale Romanum, portant la signature de Paul VI. Elle a pour titre : « Constitution apostolique. Le Missel romain, restauré par décret du Concile œcuménique Vatican II, est promulgué. Paul Évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, en Perpétuelle Mémoire de cet acte. »5

La législation, de toute évidence, répond ainsi à la simple norme canonique pour la promulgation. Le Législateur Suprême n'a pas besoin d'un Décret par un cardinal pour que sa loi prenne effet. La Nouvelle Messe est promulguée, et la loi est obligatoire.

Dans le texte de la Constitution, d'ailleurs, Paul VI est très clair sur sa volonté d'imposer l'obligation d'une loi sur ses sujets. Notez en particulier le langage utilisé dans les passages suivants :

  • L'Instruction Générale précédant le Nouvel Ordre de la Messe « impose de nouvelles règles pour célébrer le Sacrifice Eucharistique. »6

  • « Nous avons décrété que trois nouveaux Canons soient ajoutés à cette prière [le Canon Romain] ».7

  • « Nous avons ordonné que les paroles du Seigneur soient la même et unique formule dans chaque Canon. »8

  • « Et donc, nous voulons que ces paroles soient dites dans chaque prière eucharistique. »9

  • « Tout ce que nous avons prescrit par notre présente Constitution, doit commencer à prendre effet au 30 novembre de cette année. »10

  • « Nous voulons que ces lois et prescriptions soient fermes et efficaces, maintenant et à l'avenir. »11

Les termes canoniques latins standards qu'un pape emploie habituellement pour faire une loi sont tous présents ici : normae, praescripta, statuta, proponimus, statuimus, jussimus, volumus, praescripsimus, etc.

 

 

VI. Le Même Vocabulaire que Quo Primum.

 

Quo PrimumCe vocabulaire est important pour une autre raison : Il se retrouve en partie également dans Quo Primum, la bulle de 1570 par laquelle le pape saint Pie V promulgua le Missel Tridentin.

L'abbé Laisney, comme beaucoup d'autres, affirme que la législation de Paul VI n'a pas imposé d'obligation. Au contraire, Paul VI aurait simplement « présenté » ou « autorisé » la Nouvelle Messe.12

C'est faux. Quo Primum et Paul VI utilisent des termes « législatifs » identiques dans les passages clés : norma, statuimus et volumus.

Le canoniste Bénédictin Oppenheim dit que ces mots sont des mots « préceptifs » qui « indiquent clairement une obligation stricte. »13

Si de tels mots rendirent Quo Primum de St Pie V obligatoire, il en est de même pour Missale Romanum de Paul VI.

 

 

VII. « Nous Voulons ».

 

Plus tôt, nous avons cité le passage suivant comme preuve que Paul VI avait l'intention de promulguer une loi pour obliger ses sujets :

« Nous voulons [volumus] que ces lois et prescriptions soient fermes et efficaces, maintenant et à l'avenir. »14

Les premières traductions anglaises ont rendu le verbe latin volumus par « We wish that » [Nous souhaitons que]. Certains prêtres et autres écrivains ont ainsi prétendu que Paul VI « souhaitait » seulement avec nostalgie que les catholiques emploient la Nouvelle Messe - un peu comme un vœu au passage d'​​une étoile filante.

Mais dans Quo Primum, St Pie V utilise le même verbe pour imposer le Missel tridentin :

« Nous voulons [volumus], cependant - et Nous décrétons par cette même autorité - que, après la publication du Missel et de notre présente Constitution, les prêtres présents dans la Curie romaine ... soient obligés de chanter ou lire la Messe selon ce Missel. »15

Dans les deux cas, le verbe volumus exprime l'essence de la législation de l'Église : la volonté du législateur d'imposer une obligation à ses sujets.16

 

 

 

1M. Lohmuller, Promulgation of Law (Washington: CUA Press 1947), 4.

2Canon 9. « Leges ab Apostolica Sede latae promulgantur per editionem in Actorum Apostolicae Sedis commentario officiali, nisi in casibus particularibus alius promulgandi modus fuerit praescriptus. »

3Canon 9. « Et vim suam exserunt tantum expletis tribus mensibus a die qui Actorum numero appositus est, nisi ex natura rei illico ligent aut in ipsa lege brevior vel longior vacatio specialiter et expresse fuerit statuta. »

4Ordo Missae: Editio Typica (Typis Polyglottis Vaticanis: 1969). Le nouvel ordre des lectures de l’Écriture sont apparues en mai 1969. Le Missel complet, contenant les nouvelles oraisons pour les dimanches, les saisons et les fêtes, n'est apparu qu'en 1970.

5AAS 61 (1969) 217-222.

6« novas normas proponi ». Le verbe employé (« proponi ») a le sens post-classique d'« imposer », comme « imposer une loi ». Cf. Lewis & Short, A New Latin Dictionary 2è éd. (New York: 1907) 1471, col. 2.

7« ut eidem Precationi tres novi Canones adderentur statuimus. » « Statuo » avec « ut » ou « ne » a le sens de « décréter, ordonner, prescrire. » Cf. Lewis & Short, 1753, col. 3.

8« jussimus ».

9« volumus ».

10« Quae Constitutione hac Nostra praescripsimus vigere incipient ».

11« Nostra haec autem statuta et praescripta nunc et in posterum firma et efficacia esse et fore volumus. »

12Perpetual Indult, 30.

13P. Oppenheim, Tractatus de Iure Liturgico (Turin: Marietti 1939) 2:56. « verba autem : « statuit, » « praecepit, » « jussit, » et similia, manifeste strictam obligationem denotat. » Enphase originale.

14Afin que personne ne prétende que ce à quoi réfère ce passage est obscur, remarquez que parmi les « statuta et praescripta » qui le précèdent figurent les « nouvelles règles imposées » par l'Instruction Générales (« novas normas… proponi », voir plus haut) pour la célébration de la Messe.

15« Volumus autem et eadem auctoritate decernimus, ut post hujus Nostrae constitutionis, ac Missalis editionem, qui in Romana adsunt Curia Presbyteri, post mensem… juxta illud Missam decantare, vel legere teneantur. »

16Cf. Lewis & Short, A New Latin Dictionary, 2004, col. 1; 2006, col. 2. « of the wishes of those that have a right to command… it is my will. »

 

 

 

VIII. Paul VI révoque Quo Primum.

 

L'abbé Laisney ressort encore un autre vieux canard : la fable selon laquelle Paul VI n'aurait pas abrogé (révoqué) la bulle Quo Primum de saint Pie V.1

Les partisans de cette position citent parfois un passage dans le Code qui stipule qu'« une loi plus récente donnée par l'autorité compétente, abroge une loi ancienne, si elle commande expressément l'abrogation. »2

Paul VI, selon cet argument, ne mentionne pas nommément Quo Primum, et ainsi il ne l'a pas expressément abrogé. Quo Primum, donc, n'a jamais perdu sa force, et nous sommes tous encore libres de célébrer l'ancienne Messe.3

Mais les partisans de cette idée se livrent à un vœu pieux. Expressément, dans le canon cité ci-dessus, ne signifie pas seulement « nommément. »4 Un législateur peut révoquer « expressément » une loi d'une autre manière - et c'est ce qui s'est passé ici, quand Paul VI, après avoir donné son volumus à la Nouvelle Messe, a ajouté la clause suivante : « Nonobstant, dans la mesure nécessaire, les Constitutions Apostoliques et Ordonnances de Nos Prédécesseurs, et autres prescriptions, même celles dignes de mention spéciale et d'amendement. »5

Cette clause abroge expressément Quo Primum.

Premièrement, la Bulle Quo Primum tombe dans la catégorie du type le plus solennel des actes juridiques pontificaux - une Constitution papale ou apostolique.6 Et dans le passage cité de la Constitution apostolique de Paul VI, ce dernier révoque spécifiquement les « Constitutions Apostoliques » de ses prédécesseurs.

Deuxièmement, afin de révoquer une loi expressément, un pape n'est pas tenu de la mentionner par son nom. Une révocation expresse a également lieu, dit le canoniste Cicognani, si le législateur insère des « clauses abrogatoires ou dérogatoires, comme cela est courant dans les décrets, les rescrits et autres actes pontificaux : nonobstant toute disposition contraire, nonobstant… à tout égard toute disposition contraire, quoique digne de mention spéciale. »7

Paul VI, en d'autres termes, a utilisé le type exact de vocabulaire requis pour révoquer expressément une loi antérieure.

Et ce faisant, Paul VI a de nouveau utilisé certaines phrases mêmes employées par saint Pie V dans Quo Primum pour révoquer les lois liturgiques de ses prédécesseurs :

Nonobstant les Constitutions et Ordonnances Apostoliques antérieures ... et quelles que soient les lois et les coutumes contraires existantes. »8

Encore une fois, si ce vocabulaire était valable en 1570, il était également valable en 1969.9

À la lumière de tout ce qui précède, on ne peut pas continuer à promouvoir le mythe selon lequel la législation de Paul VI n'aurait pas abrogé expressément Quo Primum.

Quant aux autres notions erronées répandues à propos de Quo Primum, elles seront traitées dans un article ultérieur.

 

 

IX. Conclusion Évidente.

 

Cardinal Gut avec Paul VILe vocabulaire technique de la législation, l'énumération de lois spécifiques, la fixation d'une date effective, le vocabulaire révoquant les Constitutions Apostoliques des prédécesseurs, et l'expression explicite du législateur de sa volonté d'imposer ces lois : rien, il semble, ne peut être plus clair. Paul VI y établit une loi.

Tout cela est obscur pour l'abbé Laisney. « Il n'y a pas d'ordre, de commandement, ou de précepte clair l'imposant à tout prêtre » , dit-il, ajoutant que Paul VI « ne dit pas » ce qu'un prêtre doit faire à la date effective.10

Ah, bien ; si le langage de la Constitution de Paul VI n'est pas suffisamment « clair », allons voir la législation ultérieure publiée dans les Acta Apostolicae Sedis.

Encore une fois, Paul VI manifeste clairement sa volonté - non seulement d'imposer sa Nouvelle Messe, mais aussi tout à fait spécifiquement d'interdire l'ancien rite.

 

 

X. L'Instruction d'Octobre 1969.

 

L'Instruction Constitutione Apostolica (20 Octobre 1969) porte le titre : « Sur l'implémentation progressive de la Constitution Apostolique Missale Romanum. »11

Le but général du document était de résoudre certains problèmes pratiques : les conférences des évêques n'étaient pas en mesure d'achever les traductions vernaculaires du nouveau rite à temps pour le 30 Novembre, date prescrite par Paul VI comme la date effective de la Nouvelle Messe.

L'instruction commence par énumérer les trois parties du nouveau Missel déjà approuvées par Paul VI : l'Ordo Missae, l'Instruction Générale et le nouveau Lectionnaire, puis déclare :

« Les documents antérieurs ont décrété qu'à partir du 30 novembre de cette année, le premier dimanche de l'Avent, le nouveau rite et le nouveau missel doivent être utilisés »12.

Afin de résoudre les problèmes que cela posait, la Congrégation des Rites, « avec l'approbation du Suprême Pontife, établit les règles suivantes »13.

Les règles suivantes sont entre autres établies :

« Toutes les conférences épiscopales établiront le jour à partir duquel (excepté les cas mentionnés dans les paragraphes 19‑20) il sera obligatoire d'employer le [nouvel] Ordo de la Messe. Cette date, cependant, ne devra pas être différée au‑delà du 28 novembre 1971. »14

« Toutes les conférences épiscopales décréteront le jour à partir duquel l'usage des textes du nouveau missel (excepté pour les cas mentionnés dans les paragraphes 19‑20) sera prescrit »15

Les exceptions concernent les prêtres âgés qui offraient la Messe en privé et qui éprouvaient des difficultés avec les nouveaux textes et rites. Avec la permission de l'Ordinaire, ils pouvaient continuer à utiliser l'ancien rite.

L'Instruction se termine par la déclaration suivante :

« Le 18 Octobre 1969, le Souverain Pontife, le Pape Paul VI, a approuvé la présente Instruction, a ordonné qu'elle devienne de droit public, de sorte qu'elle soit fidèlement observée par tous ceux qu'elle concerne. »16

Là encore, nous trouvons les mots « préceptifs » de la législation ecclésiastique qui, comme le dit Oppenheim, indiquent clairement une stricte obligation - dans ce cas, d'employer le Nouvel Ordre de la Messe au plus tard le 28 novembre 1971.

 

 

 

1Perpetual Indult, 28-29.

2Canon 22. « Lex posterior, a competenti auctoritate lata, obrogat priori, si id expresse edicat, aut sit illi directe contraria, aut totam de integro ordinet legis prioris materiam; sed firmo praescripto... » Emphase ajoutée.

3La discussion s'est souvent concentrée autour de divers termes canoniques techniques : l'abrogation, l'obrogation, la dérogation et la subrogation. Les participants n'avaient généralement aucune idée de ce dont ils parlaient. Mais ceci est compréhensible d'une certaine manière : même les commentateurs experts du Code ne sont pas toujours d'accord dans l'utilisation de ces termes.

4Si tel avait été l'intention du législateur, il aurait pu utiliser le terme latin pour « nommément » (nominatim) au lieu du terme actuel « expressément » (expresse).

5«  non obstantibus, quatenus opus sit, Constitutionibus et Ordinationibus Apostolicis a Decessoribus Nostris editis, ceterisque praescriptionibus etiam peculiari mentione et derogatione dignis. »

6Cf. A. Cicognani, Canon Law, 2nd ed. (Westminster MD: Newman 1934) 81ff. « Papal Constitutions are Pontifical Acts which have the following characteristics: (1) they come immediately from the Supreme Pontiff, (2) they are presented motu proprio, (3) the solemn form of a Bull is attached to them, (4) they deal with matters of greater importance, namely, the welfare of the Church or the greater part thereof. »

7Canon Law, 629. Emphase originale.

8Non obstantibus praemissis, ac constitutionibus, et ordinationibus Apostolicis... statutis et consuetudinibus contrariis quibuscumque.

9Dans les années 1980, la FSSPX a répandu la rumeur classique selon laquelle un groupe de canonistes convoqués par le Vatican aurait étudié le statut légal de l'ancienne Messe, et aurait conclu que Quo Primum n'avait jamais été abrogé. Même si cela était vrai, l'argument ne vaudrait rien : 1) Le législateur n'a publié aucun décret autoritaire et interprétatif à cet effet ; 2) L'abrogation est la seule conclusion possible après examen des décrets réellement promulgués par le Vatican ; 3) Le législateur (le Vatican moderniste) ne permet la Messe traditionnelle que par indult – une faculté ou faveur accordée temporairement, contraire à la loi ou étrangère à celle-ci. Si l'ancienne loi n'avait pas été abrogée, un indult ne serait pas nécessaire. [Note du traducteur : cet état de choses a perduré dans le monde entier pendant presque 40 ans (où serait donc l'indéfectibilité de l’Église ?), et la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum ne change pas essentiellement les choses. Voir à ce sujet un article plus récent de l'Abbé Anthony Cekada : Le Piège de la Messe du Motu, publié sur EtudesAntimodernistes.fr en novembre 2016].

10Where is… ? … 35.

11AAS 61 (1969) 749-753. « gradatim ad effectum deducenda. »

12« statuitur ut… adhibeantur. »

13« approbante Summo Pontifice, eas quae sequuntur statuit normas. »

14« diem… constituant. » « necesse erit usurpare. »

15« decernant. » « adhiberi jubebuntur. » De peur que quelqu'un ne prétende que ces paragraphes signifient que les conférences des évêques, et non Paul VI, « ont promulgué » la Nouvelle Messe, nous soulignons que ces provisions délèguent simplement le pouvoir d'étendre la vacatio legis, c'est-à-dire la période entre la promulgation d'une loi et sa mise en vigueur.

16« Praesentem Instructionem Summus Pontifex Paulus Pp. VI die 18 mensis octobris 1969 approbavit, et publici juris fieri jussit, ut ab omnibus ad quos spectat accurate servetur. »

 

 

 

XI. Le Décret de Mars 1970.

 

Le décret Celebrationis Eucharistiae (26 mars 1970) est intitulé : « La nouvelle édition du Missel romain est promulguée et est déclarée editio typica. »1

Editio Typica Tertia

Ce décret accompagnait la publication du nouveau Missel de Paul VI, qui contenait le Nouvel Ordre de la Messe précédemment approuvé, une Instruction Générale révisée, et toutes les nouvelles Oraisons pour l'entière année liturgique.

Lui aussi contient le vocabulaire préceptif de la législation du pape :

« Cette Sacrée Congrégation pour le Culte Divin, par le mandat du même Souverain Pontife, promulgue cette nouvelle édition du Missel romain, préparée selon les décrets de Vatican II, et la déclare l'édition typique. »2

Faut-il répéter une évidence ? Le Nouveau Missel est devenu la loi, par le commandement de Paul VI.

 

 

XII. La Notification de Juin 1971.

 

La Notification Instructione de Constitutione (16 juin 1971) est intitulée « Sur l'utilisation et le début de l'obligation du nouveau Missel, [Bréviaire], et Calendrier Romain. »3

Cette notification, comme l'instruction d'octobre 1969, répond à certaines difficultés pratiques qui ont retardé la mise en œuvre de la nouvelle législation liturgique.Liturgie des Heures

« Compte tenu de ces dispositions, la congrégation pour le Culte divin, avec l’approbation du Souverain Pontife, a établi les normes qui suivent, portant sur l’utilisation du Missel romain »4.

Elle ordonne que dans tout pays donné, « à partir du jour où les traductions ainsi définies devront être adoptées dans les célébrations où l'on utilise la langue du peuple, ceux qui continueront à utiliser le latin devront utiliser uniquement les textes rénovés, tant pour la Messe que pour la liturgie des Heures [i.e. le bréviaire] ».5

Le sens évident du texte est que le nouveau rite doit être utilisé, et que le rite traditionnel est interdit ; le pape le veut, et tous doivent obéir.

 

 

XIII. La Notification d'Octobre 1974.

 

Enfin, il y a la Notification Conferentia Episcopalium (28 octobre 1974).6

Celle-ci indique à nouveau que lorsqu'une conférence des évêques décrète qu'une traduction du nouveau rite est obligatoire, « célébrer la Messe, que ce soit en latin ou en langue vernaculaire, est permis uniquement selon le rite du Missel Romain promulgué le 3 Avril 1969 par l'autorité du pape Paul VI. »7 L'accent mis sur le mot « uniquement » (tantummodo) se trouve dans l'original.

Les Ordinaires doivent veiller à ce que tous les prêtres et les gens du rite romain, « nonobstant la prétention de toute coutume, même immémoriale, acceptent dûment l'Ordre de la Messe dans le Missel romain. »8

Encore une fois, il est évident que la Nouvelle Messe a été dûment promulguée et est obligatoire : il n'y a pas d'exception.

L'abbé Laisney admet que cette Notification prévoit une obligation de célébrer la Nouvelle Messe. Cependant, il rejette son effet juridique sous prétexte qu'elle ne figure pas dans les Acta Apostolicae Sedis, et parce qu'elle ne dit pas avoir été ratifiée par le Souverain Pontife.9

L'abbé Laisney, hélas, a mal compris encore un autre principe du Code en ce qui concerne la promulgation.

Premièrement, la Notification ne constitue pas une nouvelle loi. Elle est ce que les canonistes appellent une « interprétation authentique et déclaratoire » d'une loi précédente. Une telle interprétation, selon le Code, « déclare simplement le sens des paroles de la loi qui étaient certains en eux-mêmes. » Dans un tel cas : « L'interprétation n'a pas besoin d'être promulguée, et a un effet rétroactif. »10 Elle entre en force, autrement dit, sans publication dans les Acta.

Et deuxièmement, même si, à proprement parler, une telle déclaration n'aurait pas besoin du consentement exprès du pape, Paul VI a néanmoins approuvé le texte final de la Notification.11

 

 

XIV. Pas de Coutume Immémoriale.

 

La Notification traite d'une question secondaire intéressante : Un certain nombre d'auteurs traditionalistes qui persistent à reconnaître l'autorité de Paul VI ont néanmoins affirmé qu'une « coutume immémoriale » leur permettait de conserver l'ancien rite et de rejeter la Nouvelle Messe de Paul VI.

Regardée en face, cette affirmation n'a aucun sens. Les prêtres célébraient la Messe traditionnelle parce qu'un Pape avait promulgué une loi écrite la prescrivant. Une coutume est un simple usage, une loi non écrite, qui peut être en accord avec, contraire à, ou au-delà de la loi écrite.

La Notification, de toute façon, déclare que la Nouvelle Messe est obligatoire « nonobstant la prétention de toute coutume, même immémoriale ».

Selon le Code, « une loi ne révoque pas les coutumes centenaires ou immémoriales, à moins qu'elle ne fasse d'elles une mention expresse. »12

Mais les canonistes stipulent qu'une clause « nonobstante » (nonobstante) comme celle qui précède révoque en effet expressément une coutume immémoriale.13 Ainsi, même si l'on pouvait faire valoir que l'ancienne Messe constitue une coutume immémoriale, la Notification l'aurait dûment révoquée - rejetant l'idée, d'ailleurs, comme un « prétexte ».

Mais cela nous amène simplement à ce qui est en fait le véritable problème derrière le différend quant à savoir si Paul VI a « illégalement » promulgué le Novus Ordo :

 

 

XV. Qui Interprète les Lois d'un Pape ?

 

Pour la FSSPX et beaucoup d'autres, hélas, la réponse à cette question est : « tout le monde, sauf le pape. »

L'abbé Laisney nous informe, par exemple, que Paul VI n'a pas engagé « la même plénitude de pouvoir » dans sa Constitution Apostolique que St Pie V dans la sienne. Paul VI n'a pas mentionné la « nature d'une obligation », son « sujet », sa « gravité ».14

L'argumentation de l'abbé Laisney ne présente aucune référence. Ainsi, nous ne sommes pas en mesure d'identifier les canonistes qui proposent ces distinctions et ces critères, auxquels tout catholique, laïc ou clerc, peut évidemment recourir afin de se rendre compte par lui-même s'il est lié par une Constitution Apostolique signée par le Souverain Pontife de l’Église Universelle.

Les myriades de canonistes experts de la Curie Romaine qui composent les décrets du pape n'ont pas réussi (veut-on nous faire croire) à rédiger un texte juridique adéquat pour la simple tâche juridique de rendre obligatoire un nouveau rite de la Messe. Et cela, imaginez-vous, même après cinq tentatives : une Constitution Apostolique et quatre (comptez-les !) documents de la Curie implémentant la Constitution.

Au lieu de cela, les laïcs polémistes et les clerc inférieurs dans le monde entier sont libres de juger le Législateur Suprême comme étant juridiquement incompétent à promulguer ses propres lois, et de lui refuser la soumission pendant des décennies.

 

 

 

1AAS 62 (1970), 554.

2« de mandato ejusdem Summi Pontificis… promulgat. »

3AAS 63 (1971) 712-715.

4« approbante Summo Pontifice, quae sequuntur statuit normas. » En anglais [et en français, ndt], « norme » a un sens faible d'une ligne de conduite idéale. Mais en latin, « norma » signifie une loi, une règle, un précepte. Ainsi, le premier Livre du Code de Droit Canon s'appelle « Normae generales ».

5« assumi debebunt, tum iis etiam qui lingua latina uti pergunt, instaurata tantum Missae et Liturgiae Horarum forma adhibenda erit. »

6Notitiae 10 (1974), 353.

7« tunc sive lingua latina sive lingua vernacula Missam celebrare licet tantummodo juxta ritum Missalis Romani auctoritate Pauli VI promulgati, die 3 mensis Aprilis 1969. » Emphase originale.

8« et nonobstante praetextu cujusvis consuetudinis etiam immemorabilis. »

9Where is… ? … 36

10Canon 17.2. « et si verba legis in se certa declaret tantum, promulgatione non eget et valet retrorsum. »

11A Bugnini, La Riforma Liturgica (1948-1975), (Rome: CLV-Edizioni Liturgiche 1983) 298: « Il testo definitivo fu approvato dal Santo Padre, il 28 ottobre 1974, con le parole 'Sta bene. P.' »

12Canon 30. « … consuetudo contra legem vel praeter legem per contrariam consuetudinem aut legem revocatur ; nisi expressam de iisdem mentionem fecerit, lex non revocat consuetudines centenarias aut immemorabiles. »

13Cf. Cicognani, 662-3.

14Perpetual Indult, 30-31.

 

 

 

XVI. Des Protestants du Droit Canon ?

 

Le Droit CanonL'approche de l'abbé Laisney aux lois d'un pape, et celle des autres adeptes de cette théorie est, en fait, un « Protestantisme du Droit Canon » : interprétez des passages choisis comme bon vous semble, et aucun pape ne vous dira jamais ce qu'il voulait dire. Et si vous ne trouvez pas la formule magique que vous avez décidé être « nécessaire » pour contraindre votre obéissance, eh bien, tant pis pour le Vicaire du Christ sur ​​la terre.

C'est la mentalité des sectes - jansénistes, gallicans, Feeneyistes. Professer par la parole une reconnaissance du Vicaire du Christ, mais lui refuser la soumission par les actes - telle est la définition précise et classique du schisme.

 

 

XVII. Ou le Pape et sa Curie ?

 

L'approche catholique à l'interprétation des lois du pape, au contraire, est succinctement indiquée dans le code :

« Les lois sont authentiquement interprétées par le législateur et son successeur, et par ceux à qui le législateur a confié le pouvoir d'interpréter les lois. »1

Mis à part le pape, qui possède ce pouvoir d'interpréter ses lois authentiquement ? « Les Sacrées Congrégations dans leurs propres domaines », dit le canoniste Coronata. Leurs interprétations sont émises « à la manière d'une loi. »2

Dans le cas de la Nouvelle Messe, Paul VI a confié le pouvoir d'interpréter sa nouvelle législation liturgique à la Congrégation pour le Culte Divin.

La Congrégation a publié trois documents - une Instruction, un Décret, et une Notification - qui énoncent clairement que la loi initiale promulguant la Nouvelle Messe est obligatoire.

De tels documents sont classés parmi les « interprétations générales authentiques » de la loi3, et souvent génériquement appelés « décrets généraux ». La Congrégation a par la suite promulgué ces trois documents, comme il est requis par le Code, dans les Acta Apostolicae Sedis.

L'un de ces documents, l'Instruction d'Octobre 1969, est d'un intérêt particulier ici. Il énumère la Constitution Apostolique de Paul VI, l'Instruction Générale du Missel Romain, le Nouvel Ordre de la Messe, le Décret du 6 Avril 1969, et l'Ordre pour le nouveau Lectionnaire, puis déclare :

« Les documents précédents ont décrété que, à compter du 30 novembre de cette année, le premier dimanche de l'Avent, le nouveau rite et le nouveau texte soient utilisés. »4

Même si la législation initiale avait été en quelque sorte défectueuse ou douteuse, ce passage (et d'autres semblables dans les autres documents) résoudrait le problème. Il répond aux critères du Code pour donner à une loi précédemment douteuse une interprétation faisant autorité. Le représentant du Législateur (la Congrégation pour le Culte Divin) déclare que la législation antérieure a, en fait, « décrété ... que le nouveau rite et le nouveau texte soient utilisés. »

Tout doute possible est ainsi résolu. Cette interprétation faisant autorité , dit le Code, « a la même force que la loi elle-même. »5

Vous vous considérez donc tenus par la loi, parce ceux qui ont la charge de l'interpréter vous l'ont dit. Vous vous soumettez ensuite à la loi du pape.

Cela, au moins, c'est la façon dont un vrai catholique - celui pour lequel un pape est plus qu'une décoration murale en carton, ou une phrase vide dans le Te Igitur - est censé agir.

 

 

XVIII. Pas une Loi Universelle ?

 

Comme nous l'avons noté plus haut, l'abbé Laisney croyait que les « lacunes légales », par lui alléguées contre le Novus Ordo, nous empêchait de soutenir que ce nouveau rite rentrait dans la catégorie des lois universelles, protégées par l'infaillibilité.6

A cet argument, l'abbé Peter Scott, successeur de l'abbé Laisney à la charge de Supérieur du District américain de la FSSPX, a ajouté un autre sophisme.

Dans un débat écrit avec l'écrivain anglais, Michael Davies, l'abbé Scott déclara : « Ce serait une insulte absurde et intolérable aux catholiques de rite oriental (dont beaucoup sont traditionnalistes) de revendiquer [comme M. Davies le fait] que « le rite romain ... est ... équivalent à l'Église universelle », tout simplement à cause de la prépondérance numérique. Un décret pour le Rite Romain, même promulgué correctement, n'est pas pour l’Église universelle ».7

D'autres ont défendu essentiellement le même argument : la législation de Paul VI sur la Nouvelle Messe n'est pas vraiment « universelle », car elle ne concerne pas les catholiques de rite oriental.

L'abbé Scott, hélas, a confondu certains termes techniques communs dans le droit canon.

La loi de l’Église est en effet divisée selon le rite, entre l'Occident et l'Orient, mais cela n'a rien à voir avec ce dont on parle.

Quand un canoniste appelle une loi « universelle », il ne veut pas dire qu'elle s'applique simultanément dans les rites latins et orientaux. Il se réfère plutôt à l'extension d'une loi, c'est-à-dire le territoire où elle a force.

Ainsi, une loi particulière ne lie que dans un certain territoire déterminé. Une loi universelle, par contre, « oblige dans tout le monde chrétien. »8

La législation promulguant la Nouvelle Messe, évidemment, fut publiée avec l'intention de la rendre obligatoire dans le monde entier.

Le principe vaut aussi pour diverses Déclarations, Directoires, Instructions, Notifications, Réponses, etc., de la Sacrée Congrégation des Rites (Culte Divin).

Personne, dit le canoniste Oppenheim, ne doute que tous ces décrets pour l’Église Universelle (parfois appelés collectivement « décrets généraux ») ont le caractère de loi véritable.9 En effet, « les décrets généraux qui sont adressés à l'Église universelle (du rite romain) ont force de loi universelle. »10 Selon un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en outre, ils possèdent la même autorité que si ils émanaient directement du Pontife romain lui-même.11

Il est donc impossible de nier que la législation liturgique de Paul VI constitue canoniquement une loi disciplinaire universelle.

 

 

 

1Canon 17.1. « Leges authentice interpretatur legislator ejusve successor et is cui potestas interpretandi fuerit ab eisdem commissa » [Note du traducteur : « authentice » en latin et « authentiquement » en français doivent ici être entendus dans leur sens étymologique strict, du grec αὐθεντία, autorité ; donc faisant autorité].

2M. Coronata, Institutiones Juris Canonici 4è éd. (Turin: Marietti 1950) 1:24: « Quis interpretari possit. …per modum legis ecclesiasticae leges interpretantur : Romanus Pontifex, Sacrae Congregationes pro sua quaequae provincia. »

3Cf. Abbo & Hannon, The Sacred Canons 2nd ed. (St. Louis: Herder 1960) 1:34.

4« statuitur ut… adhibeantur. »

5Canon 17.2. « Interpretatio authentica, per modum legis exhibita, eandem vim habet ac lex ipsa. »

6Where is… ? … 36

7« Debate over New Order Mass Status Continues, » Remnant, 31 mai 1997, 1.

8Cf. D. Prümmer, Manuale Juris Canonici (Freiburg: Herder 1927) 4. « b) Ratione extensionis jus ecclesiasticum dividitur : a. in jus universale, quod obligat in toto orbe christiano, et jus particulare, quod viget tantum in aliquo territorio determinato… e) Ratione ritus jus distinguitur in jus Ecclesiae occidentalis et jus Ecclesiase orientalis. » Emphase originale. Voir aussi G. Michiels Normae Generales Juris Canonici 2è éd. (Paris: Desclée 1949) 1:14.

9Oppenheim 2:54. « Quae decreta pro universa Ecclesia… rationem verae legis habere, nemo est qui dubitet. » Emphase originale.

10Oppenheim 2:63. « Decreta generalia quae ad universam Ecclesiam (ritus romani) diriguntur, vim legis habent universalis. » Emphase originale.

11SRC Decr. 2916, 23 mai 1846. « An Decreta a Sacra Rituum Congregatione emanata et responsiones quaecumque ab ipsa propositis dubiis scripto formiter editae, eamdem habeant auctoritatem ac si immediate ab ipso Summo Pontifice promanarent, quamvis nulla facta fuerit de iisdem relatio Sanctitati Suae ? … Affirmative. »

 

 

 

XIX. Résumé.

 

Après ce que nous avons présenté au sujet de la législation de Paul VI sur la Nouvelle Messe, nous souhaitons pour conclure résumer ce qui a été dit, et insister ensuite sur un point particulier :1

Nous avons examiné la prétention, mise en avant par l'abbé Laisney et d'innombrables autres écrivains traditionalistes, selon laquelle Paul VI aurait imposé le Novus Ordo « illégalement », et nous avons démontré ce qui suit :

  1. Le but de la promulgation d'une loi est de manifester la volonté du législateur d'imposer une obligation à ses sujets.

  2. Dans sa Constitution Apostolique Missale Romanum Paul VI manifesta sa volonté d'imposer la Nouvelle Messe comme une obligation. Ceci est évident dans le document par :

        1. Au moins six passages particuliers.

        2. Le vocabulaire législatif standard du droit canon.

        3. Les passages parallèles à Quo Primum.

        4. La promulgation dans les Acta Apostolicae Sedis.

  3. La Constitution Apostolique de Paul VI a expressément abrogé (révoqué) Quo Primum en utilisant une clause standard habituellement utilisée à cette fin.

  4. La Congrégation pour le Culte Divin (CCD) a ensuite promulgué trois documents (qui sont, en fait, des « décrets généraux ») implémentant la Constitution de Paul VI. Ces documents :

        1. Imposent la Nouvelle Messe comme obligatoire.

        2. Interdisent (sauf dans certains cas) l'ancienne Messe.

        3. Utilisent le vocabulaire législatif standard.

        4. Affirment expressément avoir été approuvés par Paul VI.

        5. Ont été dûment promulgués dans les Acta.

  5. La CCD a également publié une Notification en 1974, qui rappelait que seule la Nouvelle Messe pouvait être célébrée et que l'ancienne Messe était interdite. Elle rejeta l'appel à une « coutume immémoriale » comme un « prétexte ». Ce document était une interprétation déclaratoire d'une loi, qui en tant que telle, n'avait pas besoin d'être promulguée dans les Acta pour avoir effet.

  6. Les documents publiés par la CCD sont des « interprétations authentiques de la loi » qui, selon le Code, ont « la même force que la loi elle-même, » parce qu'ils furent publiés par une congrégation romaine « à qui le législateur a confié le pouvoir d'interpréter les lois. »

  7. L'objection contre la classification de la législation de Paul VI comme une loi disciplinaire universelle parce qu'elle n'oblige pas les rites orientaux repose sur une mauvaise compréhension du terme « universel ». Le terme ne se réfère pas au rite, mais à l'extension territoriale d'une loi.

 

 

XX. Conséquences Inévitables.

 

Paul VIPour toutes les raisons qui précèdent, par conséquent, si vous persistez à dire que Paul VI était réellement un vrai pape possédant la plénitude du pouvoir législatif en tant que Vicaire du Christ, vous devez également accepter ce qui suit comme les conséquences inévitables de son exercice de l'autorité papale :

  1. La Nouvelle Messe a été légalement promulguée.

  2. La Nouvelle Messe est obligatoire.

  3. La Messe traditionnelle a été interdite.

Ensuite, si vous persistez toujours à dire que la Nouvelle Messe est mauvaise, la logique vous oblige à conclure ce que la foi et les promesses du Christ excluent : l’Église du Christ a fait défection.

Car le Successeur de Pierre, qui possède l'autorité du Christ, a utilisé cette même autorité pour détruire la foi du Christ en imposant une Messe qui est mauvaise. Pour vous, par conséquent, la promesse du Christ à Pierre et à ses successeurs est un mensonge et une tromperie - les portes de l'enfer ont prévalu.

La • La • La • La • La

Ceci, à son tour, nous ramène au point de départ de notre étude : le mal de la Nouvelle Messe et le principe que l’Église ne peut pas donner de mal.

Paul VI a suivi toutes les formes juridiques correctes habituellement utilisées par ceux qui sont investis d'une véritable autorité papale pour imposer des lois disciplinaires universelles. Canoniquement, il a mis les points sur les i et les barres sur les t.

Or ce que Paul VI a imposé était mauvais, sacrilège, détruisant la foi. Voilà pourquoi en tant que catholiques, nous le rejetons.

Puisque nous savons que l'autorité de l’Église est incapable d'imposer des lois universelles mauvaises, nous devons conclure que Paul VI, qui a donné une mauvaise loi, ne possédait pas réellement l'autorité papale.

Car tandis qu'il est impossible pour l'Église elle-même de faire défection, il est possible - comme les papes, les canonistes et les théologiens l'enseignent - pour un pape en tant qu'individu de faire défection dans la foi, et de perdre ainsi automatiquement la fonction et l'autorité papale.

Une fois que nous reconnaissons, en un mot, que la Nouvelle Messe n'est pas catholique, nous reconnaissons également que celui qui l'a promulguée, Paul VI, n'était ni un vrai catholique ni un vrai pape.

 

 

Bibliographie

 

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-------- « Where is the True Catholic Faith ? Is the Novus Ordo Missae Evil ? » Angelus 20 (Mars 1997).

 

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Scott, P. « Debate over New Order Mass Status Continues, » Remnant, 31 mai 1997, 1sq.

 


 

Copyright © 2000. Anthony Cekada.

1« …quiddam nunc cogere et efficere placet. »

La Validité des Consécrations de Mgr Thuc

Publié le par Études Antimodernistes

NB : La lecture de ce long article fastidieux et rempli de références est beaucoup plus aisée et agréable au format PDF. Nous publions cependant le texte complet sur le blog, pour permettre une recherche internet plus facile.

Par M. l'Abbé Anthony Cekada

 

Sacerdotium n°3, Printemps 1992.

EtudesAntimodernistes.fr, Décembre 2016.

 

Mgr ThucLors d'une conversation avec l'archevêque Mgr Marcel Lefebvre en 1980, je fis allusion à mes inquiétudes quant à trouver un évêque après sa mort qui pourrait ordonner des prêtres catholiques traditionnels et confirmer nos enfants.

 

L'archevêque — à cette époque il n'avait pas indiqué s'il consacrerait un jour des évêques — répondit avec tact que la question l'inquiétait lui aussi, et que « Deus providebit » — Dieu pourvoira. Il ajouta, avec un de ces rires typiquement français, que chaque fois qu'il avait une petite toux ou qu'il reniflait dans la chapelle du séminaire d'Ecône, il pouvait presque entendre les 80 séminaristes changer en silence leur prière en une unique et fervente demande : « Seigneur, faites qu'il vive — au moins jusqu'à ce qu'il m'ordonne ! »

Cette anecdote amusante met en lumière une question sérieuse : en tant que catholiques traditionnels, les sacrements constituent le centre de notre vie spirituelle et la clé de notre salut. Nous savons que si nous voulons entendre la Messe, recevoir la Sainte Communion, avoir nos péchés absous et être fortifiés par les derniers sacrements, nous avons besoin de prêtres. Et nous savons qu'il n'y a que des évêques qui puissent faire des prêtres.

Où donc, alors, pourrions-nous aller trouver les évêques qui ordonnent des prêtres catholiques traditionnels, et faire ainsi en sorte que la Messe Latine traditionnelle continue à être célébrée sur nos autels ?

Les laïcs et le clergé ayant des liens avec la Fraternité Saint Pie X (en particulier les séminaristes nerveux) n'ont plus besoin de s'inquiéter. Le 30 juin 1988 Mgr Lefebvre et l'évêque de Campos (Brésil) en retraite, Mgr Antonio de Castro-Mayer, ont sacré quatre évêques pour la Fraternité Sacerdotale St. Pie X. Ces évêques ont à leur tour ordonné de nouveaux prêtres pour la Fraternité, et récemment ils ont sacré un évêque pour succéder à Mgr de Castro-Mayer à Campos.

Les évêques de Mgr Lefebvre se cantonnent pour leur ministère épiscopal aux chapelles et au clergé qui accepte sans condition toutes les opinions théologiques de la Fraternité et qui lui remettent le contrôle légal de leurs propriétés. De la même manière, ces évêques n'ordonneront à la prêtrise que les séminaristes qui font allégeance aux positions de la Fraternité.

De nombreux prêtres traditionalistes ne sont pas d'accord avec les positions de la Fraternité et avec ses manières de faire. Nous ne pouvons pas compter sur un évêque de Mgr Lefebvre pour que les enfants de nos chapelles reçoivent le sacrement de confirmation. Nous ne pouvons pas même trouver un séminaire qui instruise le clergé qui doit un jour nous succéder, ni imaginer que les évêques de Mgr Lefebvre puissent ordonner à la prêtrise les séminaristes que nous formons.

Mais les évêques de Mgr Lefebvre n'ont pas le monopole. Aux États-Unis, à l'heure actuelle, se trouvent six ecclésiastiques traditionnels catholiques que l'on nomme communément évêques « Thuc ». À la différence des évêques de Mgr Lefebvre, ceux de Mgr Thuc n'ont pas de liens qui les constituent en une organisation unique. Ils œuvrent indépendamment les uns des autres (comme la plupart des prêtres traditionnels), même si certains d'entre eux coopèrent ensemble dans certaines tâches apostoliques.

De même, tout comme les prêtres catholiques traditionnels, les six évêques « Thuc » sont de divers genres. Cinq d'entre eux sont âgés, et ont été formés et ordonnés à la prêtrise avant le choc des changements désastreux qui ont suivi Vatican II ; un autre (assez jeune) a reçu une formation traditionnelle et a été ordonné prêtre dans l'ancien rite bien après Vatican II. Trois étaient prêtres diocésains ; trois étaient membres de divers ordres religieux. Quatre de ces évêques coopèrent gracieusement avec les chapelles et le clergé catholique traditionnel à l'extérieur de leur milieu propre ; deux sont définitivement dans leur monde à part. Parmi ces six évêques, l'un a une réputation notoire de faiseur de troubles, l'autre n'est pas vraiment connu d'une manière ou d'une autre, et les quatre autres (dont deux récemment consacrés) sont considérés avec bienveillance dans les cercles où ils poursuivent leur apostolat, soit par leurs écrits, soit par leur ministère sacramentel.

Les évêques « Thuc » aux États-Unis se situent dans la lignée épiscopale d'un où deux hommes :

  • Mgr M.L. Guérard des Lauriers OP, antérieurement professeur à l'Université Pontificale du Latran à Rome, puis au Séminaire de la Fraternité St Pie X à Ecône, en Suisse (ce fut l'un de mes professeurs), et l'auteur du célèbre Bref examen critique du N.O.M.

  • Mgr Moïse Carmona-Rivera, prêtre diocésain d'Acapulco, qui durant des années a célébré la Messe traditionnelle pour d'importants groupes de fidèles en différents endroits du Mexique.

En 1981 Mgr Guérard et Mgr Carmona ont été sacrés évêques par un homme : Mgr Pierre Martin Ngô-dinh-Thuc ( † 1984 ), ancien Archevêque de Hué au Vietnam.

Mgr ThucMgr Thuc, nommé par Pie XI et sacré évêque en 1938, fonda le diocèse de Vinh-Long et fut nommé Archevêque de Hué en 1960. En 1963, alors que Mgr Thuc se trouvait à Rome pour le second Concile du Vatican, son frère, M. Ngô-dinh-Diem, Président du Sud-Vietnam, fut renversé et assassiné lors d'un coup d'état. Incapable de retourner au Vietnam et traité par le Vatican comme un paria, Mgr Thuc mena une maigre existence en qualité de vicaire remplaçant dans différentes paroisses de Rome.

Son intérêt pour le mouvement traditionnel semble avoir commencé au début de l'année 1975 lors de sa visite au séminaire d'Ecône de Mgr Lefebvre, en Suisse. Cet événement prendra par la suite le tour d'une bénédiction mitigée. C'est là en effet que Mgr Thuc fit la connaissance impromptue de M. l'Abbé Revaz, ancien Chancelier du diocèse de Sion, en Suisse, et professeur de Droit Canon au séminaire d'Ecône. Ultérieurement, cette même année, M. l'abbé Revaz convainquit Mgr Thuc que la solution au problème de l'Église se trouvait dans de supposées « apparitions mariales » à Palmar de Troya, en Espagne, et il pressa l'archevêque de consacrer des évêques au profit de ceux qui soutenaient Palmar, et qui voulaient préserver la Messe traditionnelle. Mgr Thuc accepta et réalisa les sacres en décembre. L'année suivante, cependant, Mgr Thuc répudia ses relations avec le groupe de Palmar.1

Les catholiques traditionnels qui discutent des activités ultérieures de Mgr Thuc au sein du mouvement traditionnel se répartissent en deux camps opposés. Le premier groupe le canonise en faisant de lui un portrait de vaillant héros, qui a rejeté avec force toutes les erreurs de l'Église post-conciliaire. Le second groupe l'insulte en le dépeignant comme un vieux dérangé qui manquait suffisamment de présence d'esprit pour pouvoir conférer des sacrements valides.

Les deux groupes se trompent. D'une part, alors que Mgr Thuc disait véritablement la messe traditionnelle, il aurait été difficile de le considérer comme un autre Athanase. Ses actes et ses déclarations sur la situation de l'Église étaient, comme pour Mgr Lefebvre, souvent contradictoires et mystifiantes. De plus, comme Mgr Lefebvre, il accepta lui aussi en apparence un accord avec le Vatican, et ultérieurement changea d'opinion. D'autre part, zigzaguer sur le plan théologique et commettre des erreurs de jugement pratique ne font que prouver qu'un archevêque (faites la part des choses) peut être humain et faillible. Cela ne prouve pas qu'il ait perdu le minimum mental que l'Église dit suffisant pour rendre ses sacrements valides.

Mais c'est ici faire quelque peu digression. Notre propos n'est pas de retracer le parcours de Mgr Thuc. Nous cherchons plutôt à déterminer si les six évêques « Thuc » des États-Unis sont ou non consacrés validement évêques – c'est-à-dire, s'ils possèdent ou non le pouvoir sacramentel que possède tout évêque catholique afin d'administrer le sacrement de confirmation, d'ordonner des prêtres qui soient réellement prêtres, et afin de consacrer d'autres évêques qui soient de vrais évêques.

Ce pouvoir sacramentel, appelé Succession Apostolique, se transmet d'un évêque catholique à tous les évêques qu'il consacre. Ceux-ci à leur tour continuent de transmettre le pouvoir sacramentel à tous ceux qu'ils consacrent, et ainsi de suite.

Pour poursuivre notre enquête, par conséquent, nous devons porter notre regard sur les consécrations épiscopales des deux prélats dont les six évêques « Thuc » aux États-Unis ont reçu leurs consécrations : Mgr Guérard et Mgr Carmona. Si les consécrations épiscopales de ces deux derniers doivent être considérées comme valides, la continuité de la transmission des ordres qui provient d'eux est de même valide.

Ceci dit, comme nous allons le démontrer plus loin, les faits pertinents et les déclarations des papes, des canonistes (experts du droit canon) et des théologiens moralistes catholiques, tout conduit à une conclusion inévitable : nous sommes obligés de considérer comme valides les consécrations épiscopales de l'Archevêque P.M. Ngô-dinh-Thuc conférées à M. L. Guérard des Lauriers et à Moïse Carmona-Rivera.

Puisque les consécrations de Mgrs Guérard et Carmona furent valides, de la même manière nous sommes obligés de considérer comme valide la lignée des ordres qui en découle, et par conséquent de soutenir que les prêtres ordonnés dans cette lignée sont de vrais prêtres, et que les évêques consacrés dans cette lignée sont de vrais évêques.


 


 

1Einsicht 11 (Mars 1982), 12. « Je n’ai plus de relations avec Palmar depuis que leur chef se proclame Pape. Je désapprouve tout ce qu’ils font. »

I. Quelques remarques concernant l'enquête.

En 1982, deux Américains commencèrent en tant qu'évêques « Thuc » aux États-Unis. Les circonstances environnant leur apparition n'auguraient rien de bon pour l'avenir, c'est le moins que l'on puisse dire.

L'un des deux était un prêtre, à l'époque relativement nouveau dans le mouvement traditionnel, et les détails concernant la façon ou les raisons pour lesquelles il avait été sélectionné en vue d'une consécration épiscopale n'ont jamais été entièrement élucidées. L'autre ne fit que courir après la mitre. En tant que prêtre, en février 1982, il se vantait de son soutien pour Jean-Paul II. Très peu de temps après, une rumeur concernant les évêques « Thuc » et leur attitude dure à l'encontre de Jean Paul II commença à se répandre. En juin il embrassa la position sédévacantiste. En août l'autre américain le sacra évêque.

Après cela, ces deux évêques passèrent à des dénonciations, firent exploser quelques chapelles, fulminèrent des « excommunications, » prétendirent fonder des diocèses, et en dehors de cela poursuivirent un programme du genre « suis-moi ou meurs », si endémique au sein du clergé traditionnel.

En janvier 1983, j'ai publié un long article exposant ces faits, en même temps qu'un portrait à-la-loupe de Mgr Thuc. Je n'y examinai pas la question de savoir si les consécrations étaient valides, mais je remarquai que « une recherche plus profonde serait nécessaire pour avoir le cœur net concernant ce que les théologiens et les canonistes considèrent comme preuve suffisante pour la validité dans un tel cas. »1

En l'absence d'une telle recherche, j'avais personnellement tendance à considérer les consécrations comme douteuses. Il en allait de même pour mes confrères prêtres dans le Nord-Est. De plus, même après notre expulsion de la Fraternité Saint Pie X en avril 1983, les activités des deux évêques « Thuc » américains rendirent l'idée d'une coopération avec eux moralement impossible. Et la question en resta à ce stade durant environ deux années.

Mgr de Castro MayerEn 1985, l'un de mes confrères, M. l'Abbé Donald Sanborn, suggéra que notre groupe se rende auprès de Don Antonio de Castro-Mayer, l'évêque de Campos à la retraite, au Brésil, afin de voir s'il accepterait d'ordonner des prêtres pour nous, ou du moins de nous donner quelque conseil. Ce prélat avait eu une forte réaction contre la Nouvelle Messe, et sa position concernant Jean Paul II était connue comme étant bien plus dure que celle de Mgr Lefebvre.

M. l'Abbé Sanborn fit une visite à Campos en avril 1985 et parla très longuement avec Mgr de Castro-Mayer. Celui-ci voulait confiner son apostolat au Brésil.

Lorsque l'abbé aborda la question de savoir qui pourrait ordonner des prêtres pour nous, Mgr de Castro-Mayer lui dit : « Allez voir Mgr Guérard ! »

L'Abbé Sanborn lui répondit qu'il avait des doutes quant à la validité de la consécration épiscopale de Mgr Guérard. L'évêque répliqua : « Si c'est valide pour Mgr Guérard, c'est valide pour moi. » L'abbé Sanborn lui expliqua quelques-unes de ses hésitations. Mgr de Castro-Mayer répondit : « Mgr Guérard est la personne la plus qualifiée au monde pour déterminer si la consécration était valide. »

A son retour l'Abbé Sanborn proposa que quelques-uns d'entre nous recherchassent les principes moraux utilisés par les théologiens pour déterminer si une consécration épiscopale est valide. Comme j'étais sceptique vis-à-vis des consécrations, je me portai volontaire pour travailler avec lui.

La recherche se révéla être un travail énorme. Depuis 1985, M. l'abbé Sanborn et moi avons à nous deux effectué au moins un millier d'heures de recherche, dont une bonne partie au sein des sections de théologie et de droit canon des bibliothèques des universités catholiques et des séminaires à travers tous les États-Unis.2

La conclusion qui commença à émerger fut, je l'admets, contraire à mon attente initiale. Point n'est besoin de preuve « spéciale » ou « supplémentaire » à produire avant de pouvoir dire qu'une consécration épiscopale est valide. Les canonistes et les théologiens traitent une consécration comme ils le feraient pour n'importe quel autre sacrement. Une fois qu'elle a été accomplie, elle est considérée comme valide, et la « charge de preuve » (s'il y en a) revient à ceux qui attaquent sa validité.

Lors d'une réunion de prêtres en septembre 1988, M. l'Abbé Sanborn distribua un bref compte-rendu interne aux prêtres sur les principes théologiques qu'il fallait appliquer. L'abbé conclut que nous devions considérer les consécrations comme valides.

De bout en bout, je trouvai que le compte-rendu était convaincant. En particulier, les commentaires de l'Abbé correspondaient à ce que j'avais découvert dans la Bulle du Pape Léon XIII, Apostolicae Curae.

Une discussion passionnée s'ensuivit. Ultérieurement, ce jour là, j'eus une discussion avec M. l'Abbé Clarence Kelly, chef de notre organisation. Je lui fis part de ce que la déclaration de Léon XIII semblait démolir mes objections concernant la validité des consécrations – tout comme les siennes. Il répliqua : « Nous ne pouvons pas dire que les consécrations [des évêques « Thuc »] sont valides – ou bien certains de nos prêtres voudront travailler avec eux. »

Arrivé à ce point, je conclus que les arguments contre la validité des consécrations reposaient peut-être sur quelque chose d'autre que les normes objectives de la théologie sacramentelle.

Après avoir quitté la Société de St Pie V en juin 1989, M. l'Abbé Sanborn et moi continuâmes à comparer nos notes de recherches. Ce qui suit est le produit de nos efforts de collaboration. La part du lion, en termes de crédit, appartient à M. l'Abbé Sanborn, qui par sa forte détermination en vint à retrouver les sources théologiques et les décrets pontificaux.


 


 

1The Roman Catholic 5 (Janvier 1983), 8.

2Entre autres : Catholic University, St. John’s, Fordham, Xavier, Marquette, Detroit, Dunwoodie, Douglaston, St. Francis et le Josephinum.

II. Le Fait des Consécrations.

Commençons notre enquête en posant deux questions simples :

  • Le 7 mai 1981 à Toulon, en France, Mgr Thuc a-t-il accompli le rite de consécration épiscopale pour M. L. Guérard des Lauriers en utilisant le rite traditionnel catholique ?

  • Le 17 octobre 1981 à Toulon, en France, Mgr Thuc a-t-il accompli le rite de consécration épiscopale pour Moïse Carmona en utilisant le rite traditionnel catholique ?

La réponse aux deux questions est oui.

Mais, notez bien que nous avons utilisé une expression maladroite. Nous avons demandé si l'archevêque Thuc avait accompli le rite de consécration épiscopale pour deux personnes, plutôt que de demander s'il les avait consacrées. Pourquoi ?

Pour attirer l'attention sur une distinction importante entre deux choses :

  • Le fait du sacrement – c'est-à-dire, est-ce qu'une cérémonie a eu lieu ? et

  • La validité du sacrement – c'est-à-dire, est-ce que la cérémonie a fonctionné ?

Les canonistes et les moralistes catholiques tels que les Pères Cappello1, Davis2, Noldin3, Wanenmacher4, et Ayrinhac5 présument que cette distinction comme étant évidente. Cette distinction est également suivie par les tribunaux ecclésiastiques quand ils doivent juger de la validité d'un mariage6 ou d'une ordination7. Les faits d'abord, la validité ensuite.

Dans cette section, par conséquent, nous n'allons pas nous occuper de la question de la validité (les consécrations ont-elles fonctionné ?), mais simplement de la question du fait (Est ce que la cérémonie a eu lieu ; est-ce que Mgr Thuc a accompli le rite ?).

Certainement, les consécrations ont eu lieu. Mais puisque quelques prêtres traditionnels ont fait valoir que le fait des consécrations n'était pas « prouvé » ou « certain, » ou qu'il ne pouvait pas être « reconnu, » nous allons prendre quelques instants pour prouver ce qui est évident.


 

A. Des « Limbes juridiques. »

Quand les choses étaient normales dans l’Église, il était facile de certifier le fait qu'une consécration épiscopale avait eu lieu. On allait voir quelqu'un ayant autorité. La personne faisait une recherche dans les registres officiels. Si une personne habilitée de l’Église avait dûment enregistré la consécration dans le registre, la loi de l’Église regardait celle-ci comme un fait – « prouvé » aux yeux de la loi ecclésiale. Il en allait de même pour les baptêmes, les confirmations et les ordinations sacerdotales.

Si ces registres officiels étaient perdus, ou avaient été accidentellement détruits, on procédait autrement. On apportait la preuve à quelqu'un ayant autorité – un évêque diocésain, ou le juge d'un tribunal au Vatican, par exemple. La personne compétente examinait la preuve et éditait un décret en déclarant qu'untel et untel avaient bien reçu le sacrement.

Ces clercs jouissaient d'un pouvoir légal appelé la juridiction ordinaire – autorité, dérivant en dernier ressort du pape, pour commander, faire des lois, punir et juger. Une partie de cette autorité consistait dans le pouvoir d'établir aux yeux de l’Église le fait qu'un certain acte sacramentel avait été posé – et ainsi le faire fonctionner comme pendant du plan sacramentel, au Registre des Actes.

Dans les deux cas – celui des registres officiels ou celui des décrets hiérarchiques – quelqu'un jouissant d'une juridiction ordinaire exerçait son pouvoir. Il jugeait avoir suffisamment de preuves légales pour pouvoir dire qu'une ordination particulière avait été accomplie. Il la faisait figurer dans le registre officiel, ou faisait paraître un décret. Le fait de l'ordination était désormais établi devant la loi.

A la différence de ceci, considérons ma propre ordination. C'est un fait que Mgr Lefebvre m'a ordonné à la prêtrise à Ecône, en Suisse, le 29 juin 1977. Mais ce fait n'a pas été légalement établi. Il n'est pas inscrit au registre des ordinations du diocèse de Sion, comme le requiert la loi de l'Église. Si l'Église devait retrouver la normalité au cours de ma vie, j'irais à quelqu'un ayant une juridiction ordinaire. Celui-ci prendrait alors connaissance des preuves, et émettrait un décret qui établirait légalement le fait de mon ordination.

Où en est le fait des consécrations « Thuc » ? Au même endroit que mon ordination, que les sacres « Lefebvre », et que tous les sacrements que confère le clergé catholique traditionnel : dans une sorte de limbes juridiques. Puisque personne dans le mouvement traditionnel ne possède une juridiction ordinaire, personne n'a le pouvoir d'accepter la preuve légale lorsque un sacrement particulier a été conféré, pour l'établir ensuite comme un fait devant la loi de l’Église. Il s'agit là d'une fonction qui relève de juges ecclésiastiques ayant reçu leur autorité d'un pape.

Néanmoins, nous, catholiques traditionnels, pouvons établir et établissons le fait que nous avons conféré ou reçu des sacrements. Le moyen que nous utilisons est la certitude morale, un concept simple que nous allons appliquer aux consécrations « Thuc, » de la même manière que nous le faisons pour tout autre sacrement.


 


 

1F. Cappello, Tractatus Canonico-Moralis De Sacramentis, (Rome: Marietti 1961), 1:21. « Quoties rationabile seu prudens adest dubium de collato sacramento necne aut de collati sacramenti valore. » Emphase ajoutée.

2H. Davis, Moral and Pastoral Theology. (New York: Sheed and Ward 1943), 3:25. The « validity of a sacrament bestowed. » Emphase ajoutée.

3H. Noldin & A. Schmitt, Summa Theologiae Moralis (Innsbruck: Rauch 1940), 3:27. “In sacramentis… dubium facti habetur, si dubitatur, an sacramentum reipsa collatum sit vel quomodo collatum sit, nempe cum debita materia, forma et intentione. » Emphase originale.

4F. Wanenmacher, Canonical Evidence in Marriage Cases, (Philadelphia: Dolphin 1935), 500. « …when the fact of baptism has been established, but the validity remains doubtful… » Emphase ajoutée.

5H. Ayrinhac, Legislation on the Sacraments (New York: Longmans 1928), 6. « Should a prudent doubt exist as to the fact of their administration or their validity … » Emphase originale.

6Code de Droit Canon, Canon 1014. « in dubio standum est pro valore matrimonii, donec contrarium probetur… »

7Voir S.C. Sacrements, Décret du 9 Juin 1931, Acta Apostolicae Sedis 23 (1931), 457ss.

B. Documentation.

A la différence des consécrations « Lefebvre » de 1988, les consécrations « Thuc » ont reçu peu ou pas du tout de publicité aux États-Unis. Toutefois, il est facile d'apporter des preuves concernant le fait que les cérémonies ont eu lieu. En voici quelques sources :Sacre de Mgr Guérard

  • Les photographies publiées de la consécration de Mgr Guérard le 7 mai 1981.1

  • Les photos publiées des consécrations de Mgr Carmona et de Mgr Adolfo Zamora le 17 octobre 1981.2

  • Les titres de journaux accompagnant des déclarations selon lesquelles Mgr Thuc avait consacré selon Le Pontifical Romain (édition de 1908).3

  • Une interview de 1988, menée sous serment, avec le Dr Kurt Hiller, qui a été présent aux deux consécrations et qui a tenu le livre du rite (le Pontifical Romain) pour Mgr Thuc lorsque celui-ci a accompli le rite de consécration.4

  • Un serment solennel du Dr Eberhard Heller, qui était également présent aux deux consécrations, attestant que les évêques Guérard, Carmona et Zamora ont été sacrés évêques par l'archevêque Mgr Thuc et que « les consécrations ont suivi le Pontifical Romain (Rome : 1908). »5

  • Une lettre du cardinal Joseph Ratzinger à l'Archevêque Mgr Thuc, qui traite de « l'enquête fondée » du Vatican concernant les consécrations, et qui note explicitement que Mgr Thuc a consacré Guérard, Carmona et Zamora.6

  • Une déclaration du Vatican de 1983 qui mentionne par leurs noms ceux qui ont été sacrés et (comme on peut s'y attendre) dénonce les consécrations.7

  • Une lettre publiée de Mgr Thuc, datée du 11 juillet 1984, dans laquelle il fait savoir qu'il a conféré l'épiscopat en 1981 à « plusieurs prêtres, particulièrement le R.P. M.L. Guérard des Lauriers, O.P., Moïse Carmona, et Adolfo Zamora ».8

  • Une interview avec Mgr Guérard, publiée, dans laquelle il atteste que Mgr Thuc l'a consacré le 7 mai 1981, que « la consécration était valide », que « le rite traditionnel a été suivi intégralement (excepté pour la lecture du mandat Romain) », et que « Mgr Thuc et moi avions l'intention de faire ce que fait l’Église.»9

  • Une interview avec Mgr Guérard où il a encore affirmé qu'il avait été consacré le 7 mai 1981, et que le rite avait été suivi intégralement.10

  • Une interview avec le Père Noël Barbara, conduite sous serment, dans laquelle le Père Barbara a déclaré qu'il avait rendu visite à Mgr Thuc en 1982, et que Mgr Thuc a fait ensuite connaître qu'il avait réellement consacré Mgr Guérard et Mgr Carmona.11

Sacre de Mgr GuérardToutes ces sources, évidemment, sont en accord avec la question-clé : le fait que l'évêque Mgr Thuc ait accompli le rite de consécration épiscopale au profit de Mgr Louis Guérard des Lauriers le 7 mai 1981, et au profit de Moïse Carmona et Adolfo Zamora le 17 octobre 1981.

Les déclarations du Dr Heller, du Dr Hiller, de Mgr Guérard et les titres des photos (rédigés par le Dr Heller), qui plus est, sont en accord avec un autre problème clé : le fait que Mgr Thuc a utilisé le rite traditionnel pour procéder aux consécrations.


 

C. Un fait établi

Face à cette documentation, le lecteur conclut à bon droit que c'est un fait que Mgr Thuc a accompli ces consécrations, et un fait qu'il a utilisé le rite catholique traditionnel. Pourquoi ? Les documents convergent tous vers les mêmes faits de base. Les parties concernées n'ont jamais changé leur histoire concernant ces faits. Ceci « sonne vrai. »

Le « son de la vérité » que nous entendons, quand nous considérons des faits à ce sujet ou dans toute autre matière, provient de la certitude morale, une référence du bon sens que nous utilisons à tout bout de champ.

Les théologiens moralistes catholiques disent que la certitude morale apparaît quand nous prenons conscience de ce qu'il est impossible pour nous d'être dans l'erreur au sujet d'un fait particulier, puisque le contraire de ce fait est si invraisemblable que nous prenons aussitôt conscience qu'il serait imprudent de le croire.12 Ceci implique de considérer le contraire de quelque chose pour examiner combien il est vraisemblable ou non.

Ici, un exemple**nous aidera : je n'ai pas vu mourir Elvis Presley. Cependant sa femme, le médecin, le shériff, et l'entrepreneur disent tous qu'il est mort. Je prends en considération le contraire : que Elvis vit et rôde dans les allées de mon supermarché. Mais ceci signifierait que les quatre personnes qui ont vu son corps mort et qui disent qu'il est mort sont des menteurs, impliqués dans une énorme conspiration. Ceci est tellement improbable que je ne pourrai jamais le croire possible. Je suis donc parvenu à une certitude morale concernant un fait : Elvis — « The King »— est mort, bien sûr.

Mgrs Zamora, Thuc et CarmonaPour parvenir à une certitude morale au sujet des consécrations « Thuc, » par conséquent, on se demande si le contraire de la preuve que nous possédons est suffisamment vraisemblable pour être crédible : c-à-d, que Mgr Thuc n'a pas accompli la consécration de Mgr Guérard ni de Mgr Carmona, ou bien que s'il les a accomplies, il n'a pas utilisé le rite traditionnel.

Ceci présuppose des scénarios tels que le suivant : (1) que Mgr Thuc, Mgr Guérard, Mgr Carmona, Mgr Zamora (maintenant décédé), et deux laïcs sédévacantistes ont menti, ont falsifié des photos à deux occasions, ont commis un parjure dans deux cas, et se sont impliqués dans une conspiration complexe et bien orchestrée. (2) Que les six différentes personnes les plus directement impliquées ont été complètement trompées au sujet du fait que deux consécrations épiscopales ont eu lieu. (3) Que Guérard, Carmona et Zamora ont ultérieurement procédé à des ordinations et à des consécrations épiscopales dont ils savaient qu'elles étaient entièrement nulles et non avenues. (4) Que Guérard, Carmona et Zamora, aidés et assistés par les docteurs Hiller et Heller, ont autorisé Mgr Thuc à les consacrer avec un rite autre que le rite catholique traditionnel. (5) Les personnes impliquées dans ces consécrations ont aussi trompé les officiels du Vatican au sujet de l'événement, ou bien ont obtenu du Vatican qu'il participe à la conspiration.

Ces scénarios, évidemment, sont ridicules et absurdes, et aucune preuve n'existe qui puisse les soutenir. Mais ils constituent l'unique genre de théorie que quelqu'un puisse mettre en avant s'il veut dire que nous n'avons aucune certitude morale au sujet du fait des consécrations de Mgr Thuc. Et si quelqu'un trouve ces alternatives crédibles ou vraisemblables, tout ce que je peux lui dire est : gardez les yeux bien ouverts au supermarché.

Ceci nous laisse avec une certitude morale au sujet du fait des consécrations « Thuc, » certitude « qui exclut toute peur d'erreur et tout doute sérieux ou prudent ».13 Voici tout ce que les théologiens demandent pour un sacrement quel qu'il soit. Puisque nous n'avons aucun terrain sérieux de discussion pour remettre en cause le fait que les consécrations ont eu lieu et que l'ancien rite a été utilisé, nous devons considérer ces deux occurrences comme des faits établis.


 


 

1Einsicht 12 (May 1982), 4–6.

2Einsicht 11 (March 1982), 14–19.

3Einsicht 11 (March 1982), 14. “Bischofsweihe S.E. Mgr. M.-L. Guérard des Lauriers, o.p.: in Toulon am 7.Mai 1981; Konsekrator: S.E. Mgr. Pierre Martin Ngô-dinh-Thuc: nach dem ‘Pontificale Romanum summorum pontificum jussu editum a Benedicto XIV et Leone XIII. Pont. Max.’ (Ratisbonae, Romae, etc. 1908).” “Bischofsweihe S.E. Mgr. Moises Carmona und S.E. Mgr. Adolfo Zamora in Toulon am 17 Oktober 1981; Konsekrator: S.E. Mgr. Pierre Martin Ngô-dinh-Thuc: nach dem ‘Pontificale Romanum’ (Ratisbonae, Romae, etc. 1908, S. 520 ff).

4Clarence Kelly, et al., Interview with Dr. Kurt Hiller, Munich, February 1988, passim.

5Eberhard Heller, “Eidesstattliche Erklärung zu den Bischofsweihen von I.E. Mgr. M.L. Guérard des Lauriers, Mgr. Moises Carmona und Mgr. Adolfo Zamora,” Einsicht 21 (July 1991), 47. “Um noch bestehende Zweifel an den von S.E. Mgr. Pierre Martin Ngo-dinh-Thuc gespendeten Bischofsweihen. die z.B. von bestimmten Personen und Gruppen in den U.S.A. geäußert werden, und weil seine Excellenz inzwischen verstorben ist, er sich also dazu selbst nicht mehr äußern kann, erkläre ich an Eides statt, da ich den betreffenden Konsekrationen durch Mgr. Ngo-dinh-Thuc persönlich beiwohnte: Ich bezeuge, daß S.E. Mgr. M.L. Guérard des Lauriers O.P. am 7.Mai 1981, I.E. Mgr. Moises Carmona und Mgr. Adolfo Zamora am 17 Oktober 1981 in Toulon/ Frankreich von S.E. Mgr. Pierre Martin Ngo-dinh-Thuc zu Bischöfen der hl. katholischen Kirche geweiht wurden. Die Konsekrationen erfolgten nach dem ‘Pontificale Romanum’ (Rom 1908). Mgr. Ngo-dinh-Thuc spendete die Weihen im Vollbesitz seiner geistigen Kräfte und in der Absicht, der Kirche aus ihrer Notsituation herauszuhelfen, die er in seiner ‘Declaratio’ über die Sedisvakanz vom 25. Februar 1982 präzisierte. München, den 10. Juli 1991. E. Heller.”

6Ratzinger à Mgr Thuc, Lettre du 1er Février 1983. « Après le délai nécessaire à une enquête fondée, la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi a pu s’assurer qu’au moins depuis 1981… vous avez également conféré… l’ordination épiscopale au religieux français M.L. Guérard des Lauriers, OP, ansi qu’aux prêtres mexicains Moises Carmona et Adolfo Zamora. »

7S.C. Pro Doctrina Fidei, Notificatio 12 March 1983, Acta Apostolicae Sedis (April 1983).

8L’Osservatore Romano, édition anglaise, 24 décembre 1984.

9Sodalitium 4 (May 1987), 24. « Affermo che questa Consecrazione è valida… Atteso che: 1) il rito tradizionale è stato integralmente osservato (fatto eccezione della lettura del ‘mandato romano’!): 2) Mons. Thuc ed io avevamo l'intenzione di fare ciò che fa la Chiesa. » Emphase originale.

10Joseph F. Collins, Notes of Interview with Guérard, La Charité (France), August 1987.

11Clarence Kelly, et al., Interview with Noël Barbara, Greenwich CT, May 1990.

12Voir J. McHugh & C. Callan, Moral Theology, New York: Wagner 1929), 1:643. « Judgments are morally certain, when error is impossible according to what is customary among mankind, the opposite of what is held by the mind being so unlikely that it would be imprudent to be moved by it. »

*Adnotatio editoris: Ne quid a devotis etiam rudis lectoribus celeretur, auctor reverendus planum facit se dicere fabulam, latius in Statibus Foederatis Americae ab ephemeridibus aliis sordidis diffusam, quod E. Presley, citharoedum ac divum populo gratissimum (qui «Rex» appellabatur et obiit circa idibus Augusti, anno MCMLXXVII), non vero obiisse, sed vivit jam, quasi in occulto, interdum tamen se videndum praestans, praesertim uxoribus tabernas aromatarias frequentibus — exemplum immo vividum, etiamsi nimirum ab auctoribus probatis haud hucusque citatum.

13McHugh & Callan, 1:645.

III. La Validité des Consécrations

Nous en venons maintenant à la question qui est à l'origine de cette étude :

  • Sommes-nous obligés de considérer les consécrations « Thuc » comme valides – c'est-à-dire, comme ayant fonctionné ?

  • Nous fondant sur les principes qu'appliquent le droit canon et la théologie morale à tous les sacrements, nous sommes obligés de répondre oui.

Pour en comprendre la raison, nous n'avons qu'à rappeler combien peu de choses sont requises pour accomplir une consécration épiscopale valide, et aussi de quelle manière la loi de l’Église et les théologiens moralistes considèrent ces points à satisfaire dans un cas donné, sauf s'il existe une preuve positive du contraire.


 

A. "Recette" pour la Validité.

Mgr McKennaParmi les très nombreuses et belles cérémonies de l’Église Catholique, le rite d'une consécration épiscopale est certainement le plus splendide et le plus élaboré. Il se déroule lors de la fête d'un Apôtre, et en général devant un important rassemblement de fidèles. Dans sa forme la plus solennelle, l'évêque qui accomplit le rite est assisté par deux autres évêques (appelés « Co-Consécrateurs»), 11 prêtres, 20 servants et 3 maîtres de cérémonie.1 Il faut environ quatre heures pour accomplir une consécration épiscopale en observant toutes les directives complexes de la cérémonie.

Toutefois, accomplir une consécration épiscopale validement ne prend que 15 secondes environ.

C'est à peu près la durée nécessaire à un évêque pour l'imposition des mains sur la tête d'un prêtre et la récitation des 16 mots de la formule requise par l'Église pour la validité.

Ce qui vient d'être dit peut choquer le lecteur laïc. Mais le cas est semblable à quelque chose que chacun de nous a pu apprendre en classe de catéchisme. Tout ce dont vous avez besoin pour baptiser quelqu'un validement est de l'eau ordinaire et la courte formule (je te baptise, etc..). C'est si simple que même un musulman ou un juif peut l'effectuer correctement si quelqu'un voulait vraiment être baptisé. Et une fois l'eau versée et la courte formule récitée, vous auriez été aussi bien baptisé, et seriez devenu aussi chrétien que si le Pape lui-même l'avait fait à la Basilique Saint-Pierre.

La ' recette ' que formule l'Église pour une consécration épiscopale valide est tout aussi simple. Outre un évêque validement sacré pour accomplir le rite, ainsi qu'un prêtre validement ordonné qui veuille recevoir la consécration, il n'y a que trois ingrédients essentiels pour la validité :

(1) L'imposition des mains par l'évêque qui consacre (que l'on nomme techniquement la matière du sacrement).

(2) La formule essentielle en 16 mots récitée par l'évêque qui consacre (que l'on nomme la forme du sacrement).2

(3) l'intention minimale de la part de l'évêque consécrateur « de faire ce que fait l’Église » (que l'on nomme l'intention ministérielle).

Même si l'on doit observer toutes les cérémonies prescrites dans le rite, les trois éléments ci-dessus mentionnés constituent tout ce qui est requis pour qu'une consécration épiscopale soit valide.


 

B. Charge de réfuter

Lorsque l'on est certain du fait qu'un véritable évêque a accompli une consécration en utilisant un rite catholique, est-il ensuite nécessaire de prouver positivement que l'évêque n'a pas omis l'un de ces éléments essentiels durant la cérémonie ?

Non. Le simple fait qu'un évêque ait utilisé un rite catholique est en soi une certification évidente de validité, qui par la suite ne requiert aucune preuve supplémentaire. La validité devient supposée, et le contraire devrait être prouvé. Et ceci ne peut-être mené à bien que par la démonstration selon laquelle l'une des trois conditions ci-dessus exprimées, essentielles à la validité, s'est trouvée absente (ou probablement absente) lors de l'accomplissement de la cérémonie.

Ceci s'applique à tous les sacrements et est évident du point de vue de :

1. La pratique pastorale ordinaire. L'enregistrement des sacrements au jour le jour dans les registres suppose comme évident que le ministre du sacrement a accompli les choses essentiellement nécessaires à la validité. Les registres de baptême et d'ordination ne parlent pas du tout de termes techniques tels que « la matière, » « la forme » ou « l'intention du ministre ». Et les certificats mentionnent simplement qu'untel et untel ont reçu un sacrement « avec les cérémonies et les solennités adéquates et convenables, » ou simplement « selon le rite de la Sainte Église Romaine ». Ils ne disent rien de plus, parce que la loi de l'Église ne requiert rien de plus. De tels sacrements sont considérés comme valides sans preuve supplémentaire.

2. Les canonistes. Les Canonistes parlent de la « Reine des présomptions, qui regarde comme valide l'acte ou le contrat, jusqu'à ce que l'invalidité soit prouvée »3. Elle s'applique aux sacrements de la manière suivante : si quelqu'un vient devant les tribunaux de l'Église pour remettre en cause la validité d'un baptême catholique,4 d'un mariage5 ou d'une ordination6, c'est à lui que la charge de prouver cette déclaration sera imputée. Il devra montrer que quelque chose d'essentiel manquait lorsque le sacrement a été conféré.

3. La Loi ecclésiastique et la théologie morale. Ces sources interdisent de ré-administrer sous condition un sacrement, à moins qu'il y ait un doute « prudent » ou « positif » au sujet de sa validité (Voir IV.-A ci-dessous). Comme exemple de doute qui ne ferait pas partie de cette catégorie, le théologien moraliste dominicain Fanfani parle d'un prêtre qui ne se souviendrait pas s'il a ou non récité la formule sacramentelle essentielle. « Il ne devrait rien répéter, » dit Fanfani. « et même, il pêche s'il le fait — car tout ce qui a été fait doit être supposé avoir été fait correctement, à moins que le contraire soit établi positivement ».7 Que les parties essentielles du rite aient été réalisées est, une fois de plus, considéré comme une chose évidente.

Le canoniste Gasparri (plus tard cardinal et compilateur du Code de Droit Canon de 1917) propose comme principe général : « …un acte, spécialement un acte aussi solennel que celui d'une ordination, doit être regardé comme valide aussi longtemps que l'invalidité n'aura pas été clairement démontrée. »8

4. Même les cas inhabituels. Les canonistes et les moralistes étendent même ces principes à des cas où une personne autre que le ministre catholique habituel utilise un rite catholique afin de conférer un sacrement. Si une sage-femme qui dit avoir réalisé un baptême d'urgence est sérieuse, digne de confiance et instruite dans la façon de faire des baptêmes, dit le théologien Merkelbach, « il n'y a aucune raison de douter sérieusement de la validité du baptême ».9

En définitive, l'Église tient si fortement à la validité d'un sacrement administré selon le rite catholique qu'elle en étend le principe non seulement aux catholiques, mais aussi aux schismatiques. Conséquemment, les ordinations et les sacres épiscopaux reçus de la part d'évêques Orthodoxes, ou des évêques Vieux Catholiques de Hollande, d'Allemagne et de Suisse « sont à considérer comme valides, à moins que dans un cas particulier il faille admettre un défaut essentiel.»10

Ce qui vient d'être dit, bien sûr, reflète le côté raisonnable de l'Église. Elle ne nous demande pas de réfuter des accusations entortillées et gratuites — « Prouvez-moi de façon positive que vous n'avez pas omis de faire ce que vous êtes supposé faire pour rendre le sacrement valide ». Autrement, il faudrait former quantité de témoins spécialement qualifiés pour accomplir une vérification indépendante de la validité chaque fois qu'un prêtre confère un sacrement.

Il est donc facile de comprendre pourquoi un sacrement administré avec un rite catholique doit être considéré comme valide jusqu'à ce que le contraire soit positivement établi.


 


 

1J. Nabuco, Pontificalis Romani Expositio Juridico-Practica (New York: Benziger 1945), 1:218.

2Pour la validité, il n'est pas même nécessaire que l'évêque prononce les mots de façon rigoureusement exacte, tant qu'il n'en change pas la signification de façon substantielle. Voir E. Regatillo, Jus Sacramentarium (Santander: Sal Terrae 1949), 873.

3Wanenmacher, 408.

4Wanenmacher, 500. « De façon similaire, lorsque le fait du baptême a été établi, mais que cependant la validité demeure douteuse, il existe une présomption générale favorable à la validité. Ceci est spécialement vrai du baptême catholique, et la présomption n'est levée que par la preuve stricte du contraire. »

5Wanenmacher, 411. « Selon le Code, le mariage a la faveur de la loi : donc, lorsqu'il y a un doute, nous devons tenir que le mariage est valide jusqu'à ce que le contraire soit prouvé (c. 1014). »

6S. Woywood, Practical Commentary on the Code of Canon Law (New York: Wagner 1952), 1905. « Un ordre sacré est présumé valide jusqu'à ce que son invalidité soit établie par preuve de sorte qu'il ait été reçu avec manque d'intention de la part du demandeur. »

7L. Fanfani, Manuale Theorico-practicum Theologiae Moralis (Rome: Ferrari 1949), 4:50. « E contra minister qui leviter tantum aut negative tantum, dubitat, de bona administratione alicuius sacramenti, e.g. non recordatur se verba formae pronuntiasse, nil repetere debet, quinimmo peccat si facit: omne enim factum, supponendum est rite factum, nisi positive constet contrarium. » Emphase ajoutée.

8P. Gasparri, Tractatus de Sacra Ordinatione (Paris: Delhomme 1893), 1:970. « …tum quia actus, praesertim adeo solemnis qualis est ordinatio, habendus est ut validus, donec invaliditas non evincatur. »

9B. Merkelbach, Summa Theologiae Moralis (Bruges: Desclée 1962) 3:165. « Ubi ergo persona omnino seria, etiam mera obstetrix, quae sit fide digna, circumspecta, et in ritu baptizandi instructa, assereret infantem a se rite baptizatum esse, non esset cur de valore Baptismi serio dubitaretur ; … »

10U. Beste, Introductio In Codicem (Collegeville MN: St. John’s 1946), 951. « Hinc ordines collati ab episcopis schismaticis ecclesiae orientalis, iansenistis in Batavia (Hollandia), veterum catholicorum in Germania et Helvetia, validi habendi sunt, nisi in casu particulari vitium essentiale admissum fuerit. »

C. Validité.

Pour qu'une consécration épiscopale soit valide, ce qui est requis est ainsi minimal. Et quand un rite catholique est utilisé pour une consécration ou tout autre sacrement, la pratique ordinaire pastorale, les canonistes, la loi de l'Église et les théologiens moralistes ne demandent aucune preuve supplémentaire pour la validité du sacrement — même lorsqu'il est administré par une sage-femme ou un schismatique. C'est bien plutôt la validité qui devrait être positivement réfutée.

Mgr Guérard et Mgr McKennaLorsque nous en venons à considérer les consécrations de Mgr Guérard et de Mgr Carmona, trois faits primordiaux sont absolument certains :

(1) L'Archevêque Mgr Thuc était un évêque validement consacré.

(2) Il a accompli le rite de consécration épiscopale pour Mgr Guérard le 7 mai 1981, et pour Mgr Carmona le 17 octobre 1981.

(3) L'Archevêque Mgr Thuc a utilisé un rite catholique pour les deux consécrations.

Nous avons un évêque consacré validement. Il a accompli le rite de consécration épiscopale. Il a utilisé un rite catholique. Aucune preuve supplémentaire n'est nécessaire. Par conséquent :

Nous sommes obligés de considérer les consécrations épiscopales que Mgr P.M. Ngô-dinh-Thuc a conférées sur M.L. Guérard des Lauriers et sur Moïse Carmona-Rivera comme valides.


 

IV. Objections Douteuses

Mgr Guérard des LauriersComme annoncé ci-dessus, Mgr Antonio de Castro-Mayer acceptait la validité des consécrations de Mgr Guérard. Il en va de même du nonce apostolique aux États-Unis, l'archevêque Mgr Pio Laghi. En condamnant la consécration de Mgr Guérard comme « illicite », il a aussi reconnu qu'elle était « valide ».1 Une question posée à un tel prélat à propos de Mgr Carmona aurait probablement provoqué des réponses semblables.

Même si des hommes d'Église aussi opposés entre eux théologiquement que l'Évêque de Campos et le représentant officiel de Jean Paul II aux États-Unis ont pu reconnaître la validité des consécrations, quelques prêtres catholiques traditionnels en sont restés perplexes. Quelques-uns ont trouvé avec honnêteté certains sujets déroutants. D'autres ont dénoncé agressivement la validité des consécrations comme «.douteuse.».

Nous allons traiter de ce dernier groupe maintenant. Toutes leurs objections reposaient sur un ou deux points : (A) Une affirmation gratuite que des théologiens appelleraient un « doute négatif », qui en tant que tel ne peut pas être utilisé pour remettre en question la validité d'un sacrement. (B) Une exigence supposée de la loi de l’Église ou de la théologie morale qui s'est révélée avoir été inventée par ceux qui objectaient.


 

A. Les doutes « négatifs »

La seule manière par laquelle un sacrement puisse vraiment être dit douteux est d'établir un doute positif (ou prudent) à propos de la validité. Un doute est positif quand il repose sur une base qui est clairement objective et fermement enracinée dans la réalité. Dans le cas d'un sacrement, il doit être fondé sur une preuve solide qui indique que quelque chose d'essentiel a probablement été omis.

Pour instaurer un doute positif concernant la validité des consécrations « Thuc », par conséquent, on devrait prouver que, lorsque le rite a été accompli, un défaut substantiel a eu lieu, ou bien a probablement eu lieu concernant l'un des éléments substantiels suivant :

  • L'imposition des mains.

  • La formule essentielle de 16 mots.

  • L'intention minimale de l'évêque « de faire ce que fait l’Église ».

Cependant personne de ceux qui étaient présents aux consécrations « Thuc » n'a jamais dit que l'un de ces manques ait eu lieu.

En l'absence de toute preuve d'un tel défaut, ceux qui objectent mettent en avant des spéculations personnelles, des songes, des conjectures, des hypothèses et leur outil favori des questions rhétoriques au sujet de ce qui, peut-être ou peut-être pas, pourrait possiblement avoir eu lieu ou pas pendant les « 15 secondes essentielles » de la consécration.

La principale caractéristique de telles objections, cependant, c'est qu'elles sont subjectives c'est-à-dire, qu'elles sont enracinées non point dans une connaissance de ce qui est arrivé au cours du rite, mais dans le manque de connaissances personnelles de l'objecteur concernant ce qui est arrivé. De telles objections sont ce que les théologiens moralistes nomment des doutes négatifs (ou imprudents). Et des doutes négatifs ne rendent pas le sacrement « douteux ».

Nous nous limiterons à quelques doutes négatifs parmi les plus fréquemment répétés.


 

1ère Objection. Que se passerait-il si quelque chose d'essentiel avait été omis et que nous n'en sachions rien ? Serait-il indispensable que nous en soyons absolument sûrs ? N'est-il pas prudent de se poser la question ? N'est-il pas prudent de douter ? N'avons-nous pas besoin d'encore plus de preuves ? Etc.

Mgr Guérard des LauriersC'est ici que nous voyons tout un troupeau de doutes négatifs arrivant dans le tonnerre au grand galop. Observez comment fonctionne la procédure : de nombreuses questions. Des montagnes d'inquiétudes noires. Mais aucun fait pertinent et vérifiable. Et aucun principe saillant tiré du droit canonique ou de la théologie morale.

La réponse est simple : les canonistes catholiques, les théologiens moralistes et les papes nous ont dit ce qui rend la validité d'un sacrement moralement certain. Ce sont là les prescriptions que nous devons suivre. Nous prenons droit le chemin qui consiste à nous faire notre propre religion lorsque nous avons la prétention de pouvoir en demander plus.


 

2ème Objection. Je mets en cause le fait que Mgr Thuc « a fait ce que l’Église veut faire », donc il faut considérer les consécrations comme douteuses.

  • Un prêtre ou un évêque qui confère un sacrement n'a pas besoin de « prouver » qu'il a l'intention de faire ce que fait l’Église. On présume automatiquement qu'il a l'intention de faire ce que signifie le rite. Ceci est une doctrine théologique certaine, enseignée par l’Église. Et refuser ceci est « théologiquement téméraire »2. Léon XIII a confirmé spécifiquement ce principe en considération des Saints Ordres lorsqu'il a dit que quelqu'un qui fait usage sérieusement et correctement de la matière et de la forme « est pour cette raison même présumé avoir voulu faire ce que fait l’Église ».3

Nous avons cité plus haut la déclaration du canoniste Gasparri selon laquelle une ordination doit être considérée comme valide jusqu'à ce que l'invalidité ait été démontrée. Il dit également qu'un évêque qui confère les Ordres Sacrés n'est jamais supposé avoir l'intention de ne pas ordonner quelqu'un tant que le contraire n'a pas été prouvé. Car personne ne devrait être présumé malfaisant, ajoute-t-il, à moins qu'il ait déjà été prouvé qu'il l'est.4

Par conséquent, attaquer l'intention ministérielle de Mgr Thuc n'est pas permis.

  • La simple tentative de le faire, qui plus est, trahit un grand esprit de présomption. Faire des recherches et disputer de cas où des ordinations sont remises en cause en raison d'un manque d'intention était le travail d'un Tribunal au Vatican nommé le Saint Office. Le pape en personne, plus tard, confirmait expressément la décision du Tribunal.

  • Le clergé traditionnel indépendant, par conséquent, n'a ni le droit ni l'autorité d'attaquer l'intention ministérielle d'un archevêque Catholique sacré validement. L'idée en elle-même est stupide.

     


 

1P. Laghi [à E. Berry], Lettre du 28 Septembre 1988. « En réponse à votre question du 23 septembre 1988, l'ordination épiscopale de Mgr Guérard des Lauriers, bien qu'elle fut valide, fut gravement illicite. »

2B. Leeming, Principles of Sacramental Theology (Westminster md: Newman 1956), 482. « This principle is affirmed as certain theological doctrine, taught by the Church, to deny which would be theologically rash… the minister is presumed to intend what the rite means... » Souligné par l'auteur.

3Bulle Apostolicae Curae, 13 Septembre 1896. « Iamvero quum quis ad sacramentum conficiendum et conferendum materiam formamque debitam serio ac rite adhibuit, eo ipso censetur id nimirum facere intendisse quod facit Ecclesia. »

4Tractatus de Sacra Ordinatione, 1:970. « Proinde numquam praesumitur ministrum talem intentionem non ordinandi habuisse in ordinatione peragenda, donec contrarium non probetur; tum quia nemo praesumitur malus, nisi probetur… » Emphase originale. De manière identique, les principes ci-dessus réfutent les arguments de ceux qui croient que l'évêque consécrateur de Mgr Lefebvre, le Cardinal Liénart, était un Maçon (accusation gratuite) et que par suite les ordinations de Mgr Lefebvre sont « douteuses. »

3ème Objection. Je pense que Mgr Thuc était fou ou sénile, et donc que les sacres doivent être considérés comme douteux.

Ceci est une variante de la deuxième objection, car elle attaque l'intention ministérielle de Mgr Thuc. De ce que nous avons dit ci-dessus, il découle également que cela n'est pas permis.

Mgr ThucLes objecteurs, notez bien, n'indiquèrent pas même un seul témoin, ou document, pour soutenir leur charge selon laquelle Mgr Thuc était « fou » ou « sénile » lorsque se déroulèrent les sacres. En soulevant simplement la question, bien sûr, ils suggéraient qu'elle pouvait avoir une base factuelle : Prouvez nous qu'il n'était pas fou ou sénile. C'est la même chose que de demander gratuitement : Prouvez que vous ne battez pas votre femme.

  • Le « niveau » minimum d'intention requise pour conférer un sacrement de façon valide est l'intention virtuelle. Une discussion étendue sur ce concept technique n'est pas possible ici. Tout ce que nous avons besoin de dire est que cette intention virtuelle garantit qu'un sacrement est valide, même si le prêtre ou l'évêque est distrait intérieurement avant et pendant tout le déroulement du rite sacramentel.

L'intention virtuelle, dit le théologien Coronata, « est certainement présente chez quelqu'un qui réalise des actions sacramentelles de façon habituelle ».1 Le simple fait de revêtir ses ornements pour monter à l'autel est considéré comme suffisamment probant pour l'intention virtuelle.

Mgr Thuc célébrait régulièrement la Messe traditionnelle avant et après les consécrations — et avec beaucoup de dévotion, m'a raconté l'un de mes amis laïcs qui un jour en fut le témoin. Il est ridicule d'en déduire que, lorsqu'il revêtait [ses ornements] et réalisait les consécrations épiscopales, qui durent trois heures, Mgr Thuc n'était soudainement plus capable de manifester le strict minimum d'une intention virtuelle.

  • Mgr ThucDe toute façon, ceux qui l'ont véritablement connu rejettent ces accusations. Le docteur Eberhard Heller, qui était présent aux deux consécrations, a juré sous serment que Mgr Thuc « a conféré les consécrations en toute possession de ses moyens intellectuels.»2 Mgr Guérard, de la même manière, a déclaré que Mgr Thuc était d'un « esprit profond », « parfaitement lucide »3 et « avait l'intention de faire ce que fait l’Église »4. M. l'Abbé Thomas Fouhy, prêtre traditionnel néo-zélandais, passa deux jours à Toulon, en France, avec Mgr Thuc en 1983. L'Archevêque, selon M. l'Abbé Fouhy, était tout sauf stupide, et discuta avec compétence de différentes questions de théologie et de droit canon. Il s'entretint de façon grandiose avec l'Abbé Fouhy donnant des détails au sujet du voyage qu'il avait effectué en Nouvelle-Zélande en 1963. L'Abbé Fouhy ajouta qu'il n'y avait aucun doute que Mgr Thuc fût compétent.5

Mais il y a aussi les adversaires de l'archevêque au sein du mouvement traditionnel. Les R.P. Barbara et Gustave Dalmasure ont rendu visite à Mgr Thuc, chacun de leur côté, en janvier 1982. Tous deux étaient opposés aux sacres et demeurent encore critiques à son encontre. Mais tous deux attestent encore qu'il était en parfaite possession de ses facultés.

Le P. Barbara déclare que la validité des consécrations est hors de doute. C'est lui qui croit que l’Église Conciliaire est à l'origine de la rumeur qui s'en prend à l'état mental de Mgr Thuc.6

  • J'ai reçu les photocopies de quatre documents écrits de la main propre de Mgr Thuc. Ils sont toutes postérieures aux sacres. Son écriture est claire, ferme et plus facile à lire que la mienne. Les documents sont clairement l'œuvre d'une personne cohérente, dont la compétence à conférer un sacrement valide est inattaquable.

L'un des documents est une lettre du 30 juillet 1982 à Mgr Guérard transférant une correspondance. Deux autres documents sont des déclarations : la première, concernant sa rupture avec le groupe de Palmar de Troya7 ; la seconde, déclarant sa position concernant la vacance du Saint-Siège8.

Le dernier document est une lettre de 1982 (en latin) répondant à une question de Mgr Guérard. Plusieurs mois après sa consécration, Mgr Guérard avait entendu dire que Mgr Thuc avait auparavant concélébré une fois dans le rite du Novus Ordo, le Jeudi-Saint 1981, avec l'évêque de Toulon. L'Archevêque y admettait que cela était vrai — mais il terminait avec une phrase touchante que voici : « J'espère que Dieu ne m'a pas jugé aussi cruellement [que vous], car j'ai erré de bonne foi ».9

Un homme qui peut écrire une telle déclaration jouissait évidemment de toutes ses facultés.

  • Nous en venons donc à esquisser la conclusion adéquate : l'enseignement catholique protège l'intention sacramentelle de Mgr Thuc de toute agression. Et, à la lumière des déclarations venant de l'archevêque, et de ceux qui le connaissaient, les principes de la morale catholique imposent à toute personne qu'elle doit cesser de répéter cette calomnie sans fondement qui veut qu'il ait été incapable de conférer un sacrement valide.


 


 

1M. Conte a Coronata, De Sacramentis: Tractatus Canonicus (Turin: Marietti 1943) 1:56. « Virtualis enim intentio, ut iam vidimus, est intentio ipsa actualis quae cum distractione operatur. Talis intentio certe habetur in eo qui de more ponit actiones sacramentales. »

2« Eidesstattliche Erklärung…, » loc. cit., « Mgr. Ngo-dinh-Thuc spendete die Weihen im Vollbesitz seiner geistigen Kräfte. »

3Collins, Notes d'entrevue avec Mgr Guérard.

4Sodalitium 4 (May 1987), 24. « Atteso che… Mons. Thuc ed io avevamo l'intenzione di fare ciò che fa la Chiesa. »

5Conférence, Cincinnati, 13 décembre 1991.

6Joseph Collins, Notes de l'entrevue avec le R.P. Noël Barbara, novembre 1989.

7Déclaration du 19 décembre 1981, réimprimée dans Einsicht (Mars 1982).

8Déclaration du 25 février 1982. Le texte fut transcrit et réimprimé dans Einsicht (Mars 1982).

9Mgr Thuc à Mgr Guérard, lettre non datée [début 1982]. « Excellentissime Domine: Recepi litteras tuas tantum his diebus, quia non sum in urbe Toulon jam ab uno mense. In illa epistola, voluisti cognoscere utrum concelebravi, anno praeterito, in die quinta Sanctae hebdomadae cum Episcopo hujus diocesis. Utique, cum illo Episcopo celebravi, quia illa die non potui celebrare in meo domo secundum legem Ecclesiae. Tu dixisti quod ego commisi peccatum, quia secundum te, Missa illius episcopi erat invalida. Spero quod Deus non me judicavit ita crudeliter, quia erravi in bona fide. + P.M. Ngô-dinh-Thuc. »

B. Les « exigences » inexistantes.

Alors que nous poursuivions notre recherche, ceux qui faisaient objection aux consécrations de Mgr Thuc nous disaient encore et encore, à M. l'Abbé Sanborn et à moi-même, que « l’Église requiert » ceci ou cela pour qu'une consécration épiscopale soit considérée comme valide, que les consécrations ne remplissaient pas les conditions, et qu'elles étaient par conséquent « douteuses ».

La plus grande partie de ces objections étaient liées au fait que, à l'exception de Mgr Thuc et des postulants, il n'y avait que deux laïcs présents aux cérémonies.

A chaque fois nous découvrions finalement que « l'exigence » supposée n'avait simplement pour origine que l'objecteur, et non l’Église. En voici un éventail :


 

1ère Objection. Sans certificat signé une consécration épiscopale est douteuse.Certificat de Consécration

  • Il n'existe aucun canon de l'Église disant que manquer de produire un certificat rend automatiquement douteuse une consécration épiscopale. La certitude morale concernant le fait qu'un sacrement ait eu lieu est tout ce qui est exigé pour le considérer comme valide. (Voir plus haut, II. A,C).

  • Dans tous les cas, le registre diocésain des ordinations, et non le certificat émanant de l'évêque consécrateur, est l'enregistrement officiel d'une consécration épiscopale.

     

2ème Objection. Les consécrations ont constitué un fait « secret », plutôt qu'un fait « notoire ». la charge de prouver un fait secret repose sur ceux qui le déclarent, et puisque cette charge de preuve n'a pu être remplie, les consécrations sont douteuses.

Cette objection est purement incantatoire.

  • Nulle part le droit canon ne dit qu'une consécration épiscopale réalisée avec seulement deux laïcs est un fait « secret » ou bien qu'une telle consécration est douteuse. Les objecteurs ont fabriqué cette règle.

  • De toutes façons deux témoins suffisent pour faire un acte légalement « public » selon le droit canon. Le mariage, par exemple, de par sa nature, est toujours considéré comme un sacrement public. Cependant il peut être contracté derrière des portes fermées (pour éviter un embarras, par exemple) devant deux témoins. Leur présence le rend légalement « public » même si le fait que le sacrement ait eu lieu n'est pas connu de beaucoup.

  • La référence à des faits « secrets » ou « notoires » est tirée de règles en vue de preuve que veut le droit canon, qui ne s'appliquent que lorsque deux parties adverses s'opposent au tribunal, tel le cas de MM Perry et Masson, devant un juge ecclésiastique lors d'un procès ecclésiastique.

De toute évidence, l'audience n'est pas ouverte. Elle ne s'ouvrira pas avant que la hiérarchie de l’Église ne soit restaurée. Le pouvoir juridique du Tribunal, en attendant, ne revient pas aux objecteurs.

Et si l'audience était ouverte, les objecteurs seraient expulsés du tribunal : selon le droit canon, il n'y a que trois sortes de personnes qui puissent mettre en question la validité d'une ordination ou d'une consécration.1 Toutes les autres personnes, dit le canoniste Cappello, n'ont pas le droit d'accuser.2


 

3ème Objection. Sans « témoins qualifiés » une consécration épiscopale est douteuse.

  • Aucune loi ecclésiastique ne prescrit que des témoins, qualifiés ou non, doivent être présents lors d'une consécration épiscopale pas plus qu'une consécration est douteuse sans eux. Redisons le, les objecteurs ont fabriqué une obligation à partir de rien.

     

4ème Objection. Sans au moins deux prêtres présents pour attester qu'elle a été accomplie validement, une consécration épiscopale est douteuse.

  • Cette « exigence » n'existe pas, et se trouve directement contredite par des actes autorisés venant du Saint-Siège.

  • La fonction de prêtre-assistant n'est pas, comme semblent le suggérer les objecteurs, d'attester la validité d'une consécration. Le Pape Benoît XIV dit clairement que la raison pour laquelle il y a des prêtres-assistants est d'ajouter à la solennité de l'acte liturgique et de permettre d'observer les prescriptions des rites.3

  • En pays de mission, les consécrations épiscopales étaient souvent accomplies sans prêtre assistant.4 Cette pratique a été autorisée par le Pape Alexandre VII,5 le Pape Clément X6 et le Pape Pie VI7. Le Bref de Pie VI, en fait, s'adressait à des évêques exerçant alors dans ce que l'on appelait le Tonkin et la Cochinchine — parties du Vietnam où se trouvaient les diocèses de Mgr Thuc.

  • L’Église ne donnait pas simplement la permission pour que des consécrations puissent s'accomplir en l'absence de deux prêtres-assistants, mais dans certains cas elle l'a spécifiquement ordonné. Dans un cas, Rome donna l'ordre non seulement d'accomplir une consécration secrètement et sans assistants, mais même sous le sceau de la confession8.

Lors d'un cas plus récent, le Pape Pie XI ordonna en 1926 que le Nonce apostolique en Allemagne accomplisse une consécration épiscopale secrète en l'absence de qui que ce soit. Le nonce était le cardinal Eugenio Pacelli, plus tard Pape Pie XII, bien sûr. Pacelli fit passer à Rome une demande afin d'être autorisé à avoir au moins un prêtre présent — non pas, notez bien, pour servir de « témoin », mais simplement pour que le Cardinal puisse disposer de quelqu'un pour tenir le missel sur les épaules du nouvel évêque comme il est prescrit pour la récitation de la Préface.9

  • Pie XI envoya l'évêque que Pacelli consacra, Mgr. d’Herbigny, en Russie, dans le but de sacrer des évêques secrètement. Celui-ci mena à bien la première consécration de ce genre le 21 avril 1926 au profit d'un certain Abbé Neveu. La consécration se déroula en l'absence de prêtres-assistants et en présence de deux laïques — circonstances identiques à celles des consécrations de Mgr Thuc. Mgr. d’Herbigny ne produisit aucun certificat.10

Il est évident que l’Église n'autoriserait pas — encore moins commanderait — à un évêque d'accomplir une consécration épiscopale sans prêtre-assistant si ceci était « douteux ». Il est impossible, par conséquent, de soutenir que les consécrations de Mgr Thuc sont « douteuses » en se basant sur cela.


 

5ème Objection. Sans dispense papale, une consécration épiscopale accomplie en l'absence de deux prêtres-assistants est douteuse.

  • Encore une fois, aucune loi ni aucun canoniste ne soutient ceci.

  • Les enseignements des canonistes contredisent directement cette objection. Bouix dit froidement : « Même s'il y avait une consécration sans aucun assistant et sans que l'on obtienne une dispense pontificale, ce serait tout de même valide »11. Regatillo, écrivant en 1953, va même plus loin. Il dit qu'une consécration accomplie sans dispense serait valide même si l'évêque « est l'unique personne présente à la consécration »12.

  • Le Pape Alexandre VII 13, le Pape Clément XI et le Pape Benoît XIV ont déclaré que des consécrations accomplies sans de telles dispenses sont valides.14


 


 

1Celui qui reçoit le sacrement, son ordinaire diocésain, et l'ordinaire du diocèse où a été conféré ce sacrement. Voir Canon 1994.1. « Validitatem sacrae ordinationis accusare valet clericus peraeque ac Ordinarius cui clericus subsit vel in cuius diocesi ordinatus sit. »

2Voir Cappello 4:683. « Aliae personae extraneae procul dubio jure accusandi carent. »

3De Synodo Diocesana 13.13.7. « Et utroque casu aliquid desideratur, quod ad ejusdem actus solemnitatem, et praescriptorum rituum observantiam pertinet; quandoquidem in prima facti specie deest duorum Antistitum praesentia a sacris canonibus statuta; in altera vero desideratur praesentia duorum Sacerdotum, quos Pontifex adhibendos voluit. »

4Z. Zitelli, Apparatus Juris Ecclesiastici (Rome: 1888), 23. « Siquando necessitas postulet vel impossibilitas adsit tres habendi Episcopos, Romani Pontificis erit indulgere ut consecratio ab uno fiat Episcopo cum assistentia duorum Sacerdotum, qui in dignitate ecclesiastica constituti sint, vel etiam a solo Episcopo absque ulla assistentia, ut saepe usu venit in locis sacrarum missionum. »

5S. Many, Praelectiones de Sacra Ordinatione (Paris: Letouzey 1905), 519. « Alexander VII, brevi Onerosa, 4 Feb. 1664, concessit ut aliqua episcopalis ordinatio, apud Sinas, fieret ab uno tantum episcopo, cum assistentia duorum presbyterorum, et etiam, si opus esset, sine illorum assistentia. »

6Bref Decet Romanum, 23 décembre 1673, 3. Le Pape confirma spécifiquement les privilèges accordés par Alexandre VII, parmi lesquels, « …munus consecrationis cum assistentia aliorum duorum presbyterorum, etiamsi non essent episcopi, nec in ecclesiastica dignitate constituti, si adessent, sin minus, etiam sine illorum assistentia… »

7Bref Exigit Pastoralis, 22 juillet 1798. « …munus consecrationis cum adsistentia aliorum duorum presbyterorum, etiamsi non sint Episcopi, nec in ecclesiastica dignitate constituti, si adfuerint, sin minus etiam sine illorum assistentia… »

8J. McHugh, The Casuist (New York:Wagner 1917), 5:241.

9P. Lesourde, Le Jésuite Clandestin: Mgr. Michel d’Herbigny (Paris: Lethielleux), 70. Dans le compte-rendu de sa consécration secrète, Mgr. d’Herbigny écrit : « Le Nonce expliqua que Rome lui avait d’abord prescrit d’être seul avec le Père d’Herbigny. Il avait fait valoir que, sans la présence d’au moins un assistant, la cérémonie lui semblait irréalisable, ne serait-ce que pour maintenir le Missel sur les épaules du consacré. »

10Voir Lesourde, 76 et suivantes.

11D. Bouix, Tractatus de Episcopo (Paris: Ruffet 1873), 1:243. « Sed etiamsi fiat consecratio absque ullis assistentibus, et absque obtenta Pontificia dispensatione, adhuc valida erit. »

12E. Regatillo, Interpretatio et Jurisprudentia Codicis J.C. (Santander: Sal Terrae 1953), 465. « Unus episcopus sufficit ad validitatem consecrationis, dummodo ritum essentialem cum debita intentione ponat. Idque etsi sine pontificia dispensatione unicus sit qui consecrationi intersit. » Italique ajouté.

13Bref Alias, 27 février 1660. « Quantum spectat ad sacramentum et impressionem characteris fuisse validam. »

14De Synodo Diocesana 13.13.9-10. « …consecrationem hujusmodi validam, licet illicitam, esse censuerunt… ratam firmamque, sed illicitam Consecrationem pronuntiavit. » Souligné par Benoit XIV, en citant le décret de Clément XI du 26 novembre 1718.

Conclusions

Les catholiques traditionnels, depuis longtemps habitués à des controverses dans lesquelles la bonté et la malice des personnes ou des organisations tiennent le devant de la scène, pourraient trouver dans ce qui vient d'être dit sécheresse et insipidité. Nous n'avons pas du tout passé notre temps à argumenter sur les qualités personnelles des parties concernées — sur le fait de savoir si oui ou non Mgrs Thuc, Guérard, ou Carmona étaient bons, prudents, logiques, réguliers, ou perspicaces sur le plan théologique.

De telles discussions n'ont aucune prise, quelle qu'elle soit, sur la question de savoir si oui ou non un sacrement est valide. Elles concernent ce que les théologiens appellent la probité du ministre. Et c'est une vérité de la foi catholique que l'administration valide d'un sacrement ne dépend pas de la probité du prêtre ou de celle de l'évêque.1

La question de savoir si les consécrations « Thuc » furent valides, par conséquent, se réduit à quelques principes secs et à une poignée de faits :

(1) Tout ce qui est exigé pour accomplir validement une consécration épiscopale est une imposition des mains, une formule en 16 mots, et l'intention minimale « de faire ce que fait l’Église. »

(2) Une fois le fait établi qu'un évêque validement consacré a accompli une consécration épiscopale en utilisant un rite catholique, ces éléments essentiels sont présumés. La validité de la consécration ne requiert aucune preuve supplémentaire ; au contraire, son invalidité devrait être prouvée et la charge d'une telle démonstration incomberait à l'accusateur. Ceci est évident du point de vue de la pratique pastorale ordinaire, de celui des canonistes, du droit canon et de la théologie morale. Ce principe s'étend même à des consécrations épiscopales accomplies par des schismatiques.

(3) Trois faits essentiels sont hors de discussion : (a) Mgr Thuc était un évêque validement consacré. (b) Il a accompli le rite de consécration épiscopale au profit de Mgr Guérard le 7 mai 1981, et de Mgr Carmona le 17 octobre 1981. (c) Mgr Thuc a utilisé un rite catholique pour les deux consécrations.


 

Nous avons un évêque validement consacré. Il a accompli des consécrations épiscopales. Il a utilisé un rite catholique. Nous sommes obligés, par conséquent, de considérer les consécrations épiscopales que Mgr P.M. Ngô-dinh-Thuc a conférées à M.L. Guérard des Lauriers et à Moïse Carmona Rivera comme valides.

Puisque ces consécrations furent valides, nous sommes tout aussi obligés de considérer les évêques « Thuc » aux États-Unis comme validement consacrés, et comme possédant le pouvoir sacramentel de confirmer, d'ordonner, et de sacrer des évêques.

Armoiries de Mgr Thuc

                                                           

Bibliographie

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1Cappello, 1:36. « In ministro non requiritur nec status gratiae, nec vitae probitas, imo nec ipsa fides, ad validam sacramentorum confectionem vel administrationem. Haec est veritas catholica de fide. » Emphase originale.

Mgr Guérard des Lauriers : un homme au service de l'Eglise, un théologien pour notre temps

Publié le par Études Antimodernistes

Nous republions ici les conférences données par les abbés Francesco Ricossa et Giuseppe Murro (IMBC) le 25 octobre 2008 à Paris, concernant Monseigneur Guérard des Lauriers. Ces conférences ont un intérêt historique et théologique évident dans la situation actuelle.

Site internet de l'Institut Mater Boni Consilii : www.sodalitium.eu

 

Le problème que posent les Papes de Vatican II à la conscience catholique

Publié le par Études Antimodernistes

Par le Père Noël Barbara

 

Forts dans la Foi n° 11, 1er trimestre 1991.

EtudesAntimodernistes.fr, Décembre 2016.

 

Père BarbaraDepuis la fin du concile de notre siècle, les catholiques fidèles doivent faire face à un problème sans précédent. Pour la première fois depuis la fondation de l'Église, ceux qui veulent garder et vivre leur foi sont obligés de désobéir au pape régnant.

 

Pour résoudre un problème, il faut en tout premier lieu le voir tel qu'il se présente, tel qu'il est dans la réalité, et être disposé à accepter les exigences de la vérité dès qu'on la découvrira. En effet, quand on redoute les conséquences fâcheuses d'une solution, il n'est pas rare qu'on cherche par tous les moyens à éluder le problème ou, si on ne le peut, à le considérer non plus tel qu'il est mais tel qu'on voudrait qu'il soit. « Le plus grand travers de l'esprit, disait Bossuet, est de voir les choses non comme elles sont, mais comme on voudrait qu'elles soient. »

 

Faisant abstraction de toutes les conséquences qui pourront en découler, nous allons rappeler le problème que les papes de Vatican II posent à la conscience catholique. Nous l'examinerons le plus objectivement possible, afin de prendre conscience de sa réalité. Nous dirons ensuite quelle réponse la foi lui apporte, car, la révélation étant close, tout problème directement lié au salut trouve nécessai­rement sa solution dans la parole de Dieu enseignée par l'Église.

 

 

I. Le Problème

 

Au début de notre résistance, nous avons essayé de nous convaincre qu'en fait nous ne désobéissions pas au pape. Le pape pensait comme nous, mais il se trouvait dans l'impossibilité de le dire.

 

Après plus de vingt ans, force est de reconnaître que c'est bien au pape que nous désobéissons ; c'est à ses ordres les plus formels que nous résistons. Nous refusons la nouvelle messe, les nouveaux sacrements, les nouveaux catéchismes, la nouvelle ecclésiologie, l’œcuménisme, la liberté religieuse, autant de choses qui sont de son domaine.

 

Pour quelle raison cette désobéissance volontaire constitue-t-elle un problème pour une conscience catholique ? Tout simplement parce que l'obéissance au pape conditionne le salut éternel.

 

Certains, citant saint Robert Bellarmin, le cardinal Journet ou quelque autre autorité, essayent bien de faire croire que cette désobéissance se justifie par sa nécessité. Mais comment concilier une telle affirmation avec la recommandation de saint Paul : « Ne faciamus mala ut veniant bona. Ne faisons pas le mal pour que le bien en sorte » (Rom. III, 8) ? N'étant pas protestants, nous savons que Dieu parle aux hommes par les ministres qu'il a établis dans son Église et auxquels il a dit : « Qui vous écoute m'écoute. Boniface VIIIQui vous méprise me méprise » (Lc X, 16). Les papes n'ont pas manqué de nous rappeler cette obligation. Ils l'ont fait avec tant de force et de netteté qu'il n'est plus permis de douter que l'obéissance au pape conditionne le salut éternel :

 

« Nous déclarons, disons, définissons et prononçons qu'il est absolument nécessaire au salut de toute créature humaine d'être soumise au souverain pontife » (Boniface VIII, Unam Sanctam. Denzinger, 469).

 

« Or, dans cette unique Église du Christ, personne ne se trouve, personne ne demeure, si, PAR SON OBÉISSANCE, il ne reconnaît et n'accepte l'autorité et le pouvoir de Pierre et de ses légitimes succes­seurs » (Pie XI, Mortalium animos)1.

 

Dans ces conditions, ne serait-il pas plus sage, plus prudent, de mettre un terme à notre résistance et de nous soumettre aux ordres formels des papes de Vatican II et des évêques qui sont dans leur communion ? Après tout, puisque nous devons obéir, si ce qu'ils nous commandent est mal, ils seront les seuls à en porter la responsabilité devant Dieu.

 

C'est là que réside tout le problème. S'il s'agissait d'une erreur dans un acte isolé, pour lequel 1'infaillibilité ne serait pas engagée, une résistance passive, discrète, silencieuse, pourrait dans certains cas être admise jusqu'à ce que le pape accepte de revoir la question. Avec les papes de Vatican II, il s'agit de tout autre chose. Il s'agit de tout un ensemble d'actes continus qui sont de leur domaine et qui, de ce fait, sont couverts par l'infaillibilité. Normalement, nous devrions accep­ter toutes ces décisions. Or, c'est la fidélité à la parole de Dieu qui nous impose de résister.

 

En effet, c'est par fidélité au saint sacrifice de la Messe que nous refusons la synaxe de Paul VI dans laquelle des luthériens reconnais­sent la cène protestante. C'est par fidélité à l'Église qui a toujours enseigné que « le dogme le plus ferme de notre religion, c'est que hors de la foi catholique personne ne peut être sauvé » que nous refusons leur œcuménisme. C'est par fidélité à l'enseignement catholique que nous rejetons la liberté religieuse. Enfin, c'est par fidélité au dogme qui affirme que l'Église est le Corps mystique du Christ que nous ne pouvons accepter la nouvelle ecclésiologie.

 

1Traduction de Jacques Tescelin (Didasco. B.P. 2. Bruxelles 24). L'auteur a traduit excel­lemment « obediendo agnoscat et accipiat ». En effet, le pape met en garde contre les décla­rations que démentent les actes : c'est par l'obéissance que se manifeste la reconnaissance vraie de l'autorité et du pouvoir de Pierre.

 

 

II. La Solution du Problème

 

Le problème étant clairement posé, voyons quelle solution peut lui être apportée. Comme c'est un problème de foi, elle sera nécessai­rement du même ordre.

 

Père Guérard des LauriersJe rapporterai tout d'abord la réponse que propose1 le R.P. Guérard des Lauriers, o.p. ; elle est connue sous le nom de thèse de Cassiciacum. En voici le résumé :

 

L'Autorité pontificale est constituée comme telle, dans l'Église militante, par l'assistance du Christ au sujet élu : le Christ « est avec » le pape, et le pape « est avec » le Christ, d'une façon permanente et spéciale.

 

Chez le sujet élu, l'ultime disposition, nécessaire à la commu­nication par le Christ de cet « être avec », est l'intention effective et habituelle, c'est-à-dire le propos délibéré, de procurer le « Bien-fin » commis à l'Église, ce pour quoi son Fondateur l'a instituée.

 

L'« être avec » du Christ qui constitue l'Autorité pontificale, et l'intention habituelle de l'élu, qui en conditionne la communication, sont des réalités purement spirituelles ; elles ne tombent pas sous le contrôle des sens. On ne peut constater leur existence que par induc­tion, c'est-à-dire en observant les effets qui ne s'expliquent pas sans eux.

 

C'est en partant de cette considération métaphysique que le P. Guérard établit l'absence d'Autorité chez les papes de Vatican II. Voici son raisonnement :

 

Tout le monde peut le constater, ces papes ne travaillent pas habituellement à procurer le vrai bien de l'Église. Tout au contraire. Au nom de leur concile, ils prônent l’œcuménisme au lieu de soutenir la foi, ils ne maintiennent pas les sacrements, ils ne font pas que le vrai catéchisme soit enseigné, etc. Ce fait est si général qu'il a entraîné comme l'a reconnu Paul VI, une véritable « autodestruction de l’église. »

 

Le fait que, par leurs actes habituels, les papes de Vatican II ne manifestent pas qu'ils ont 1'intention effective d'assurer le Bien-fin de l'Église, qui est la condition sine qua non de l'Autorité pontificale, prouve indubitablement qu'ils sont dépourvus de l'Autorité qui constitue l'essentiel de la papauté2.

 

Le Révérend Père utilise aussi l'argument tiré de la publication de Dignitatis humanae, mais il s'en sert plutôt pour confirmer la justesse de son raisonnement. Il montre que l'opposition de contradic­tion qui existe entre ce document et l'enseignement irréformable de l'Église sur le même sujet « a disqualifié 1'"autorité" ». Le promulgateur de ce document et ses successeurs qui le maintiennent sont dépourvus de l'« être avec » qui constitue l'autorité pontificale. Ja­mais ils n'auraient enseigné officiellement l'erreur, jamais ils ne l'enseigneraient, s'ils possédaient l'Autorité pontificale.

 

Ces explications sont théologiquement des plus judicieuses, mais elles sont difficiles à saisir par ceux qui ne sont pas familiarisés avec la pensée de l'auteur. A son sujet, je dirais ce que saint Pierre écrivait des lettres de saint Paul « dans lesquelles il y a certains passages difficiles à comprendre » (I Pi. II, 16).

 

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Le lecteur l'aura remarqué, le Révérend Père a envisagé l'auto­rité pontificale dans son être même ou, pour parler comme les philo­sophes, ontologiquement.

 

Pour ma part, je préfère la considérer du point de vue juridi­que, en tant qu'elle est le droit que tout chef possède sur ses sujets quand il est dans son domaine. Si on l'envisage sous cet aspect, la solution du problème que les papes de Vatican II posent à la cons­cience catholique est beaucoup plus facile à saisir dans la lumière de la foi.

 

La foi, faut-il le rappeler, est cette vertu théologale qui nous fait tenir la parole de Dieu pour vraie et certaine en dépit de toutes les apparences contraires. Or, la foi enseigne qu'il faut obéir à toute autorité. « Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, lisons-nous dans l'épître aux Romains, et celles qui existent ont été instituées par Dieu. C'est pourquoi celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre établi par Dieu ; et ceux qui résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes » (XIII, 1-2).

 

Or, c'est la foi théologale qui commande aux fidèles de résister aux papes de Vatican II en refusant leurs nouveautés, et la foi ne peut se contredire sans se détruire, car « tout royaume divisé contre lui-même périra » (Mt. XII, 25).

 

Cahiers de CassiciacumA la lumière de cette révélation qu'il accepte, le croyant, « en quête d'intelligence », essaye de comprendre. Il se dit : puisque Dieu sait tout, Il sait si ces papes sont ou ne sont pas revêtus de Son autorité. Comme Il ne peut se contredire, s'il nous commande de résister aux ordres que ces papes nous donnent dans leur propre domaine, Il nous assure ainsi que, dans leur propre domaine, ces papes sont démunis de l'autorité qu'ils devraient avoir ; s'ils en étaient revêtus, jamais Dieu ne nous commanderait de leur résister.

 

L'autorité pontificale constitue l'essentiel de la papauté. En effet, c'est par l'autorité qu'il est seul à posséder sur toute l'Église que l'évêque de Rome se distingue de tous les autres évêques catholiques.

 

Il est donc absolument certain qu'en nous commandant de leur résister la foi nous assure que les papes de Vatican II sont démunis de l'autorité pontificale. Ils ne sont pas les Vicaires du Christ. Ils ne font qu'occuper légalement3 le Siège de Pierre.

 

C'est donc dans la lumière de la foi théologale que le catholique trouve la solution au problème que les papes de Vatican II posent à sa conscience.

 

 

 

1« Lex orandi, lex credendi » in Cahiers de Cassiciacum I, mai 1979, pp. 23 sq.

2Sur cet important problème, on lira avec profit l'ouvrage de M. l'Abbé Bernard LUCIEN, La situation actuelle de l'Autorité dans l'Église.

3Je dis bien « légalement » et non « légitimement ».

III. Objection

 

Sans doute, diront certains, ces papes n'ont pas autorité pour commander ce que la foi nous ordonne de refuser, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne possèdent plus la papauté. En effet, jamais l'Église n'a enseigné que les supérieurs perdent leur autorité en commandant des péchés. Ainsi, quand un père de famille commande à ses enfants de pécher, ces derniers doivent lui résister. Mais il demeure malgré tout le père de ses enfants, il ne perd pas son autorité. Il en est de même pour le pape. Les fidèles doivent lui résister quand il commande le péché. Mais, bien que leur résistance soit juste, cela ne prouve pas pour autant que ce pape a perdu la papauté. Même quand on doit lui résister, le pape est toujours pape, comme le père de famille le plus coupable est toujours le père de ses enfants.

 

Cette objection est un sophisme. Pour le comprendre, rappe­lons ce qu'est l'autorité à la lumière des paroles de saint Paul. L'au­torité est une délégation que Dieu fait de son droit (de son domaine) à certaines de ses créatures. Quiconque la reçoit est revêtu de l'autorité de Dieu. Voilà pourquoi l'Apôtre dit que quiconque résiste à l'auto­rité résiste à Dieu qui l'a instituée.

 

C'est seulement au Christ que « tout pouvoir, omnis potestas, a été donné dans le ciel et sur la terre » (Mt. XXVIII, 18), l'autorité que Dieu délègue aux hommes est toujours limitée. Ainsi le prince ne la reçoit que pour les choses temporelles, et l'homme d'Église, pour les spirituelles. Dans chaque ordre le pouvoir est plus ou moins étendu : celui d'un chef d'état l'est beaucoup plus que celui d'un préfet ; celui du pape, beaucoup plus que celui d'un curé. En dehors du domaine pour lequel il a délégation, le supérieur n'a aucune autorité, aucun droit. Il en est ainsi du père de famille. L'autorité qu'il a sur ses enfants n'est pas illimitée ; elle ne s'étend ni à leur vie, ni à l'intégrité de leur corps, ni à leurs relations avec Dieu. Il n'a donc ni le droit de les tuer ou de les mutiler, ni celui de les faire pécher. Et donc, quand il commande dans ces domaines où il n'a pas autorité, ses enfants peuvent et doivent lui résister, mais lui ne perd pas une autorité qu'il n'a pas engagée. Et voilà pourquoi ce père indigne conserve son autorité paternelle.

 

Il en irait de même pour un pape qui, comme homme privé, commanderait à quelqu'un de pécher. Dans ce cas, il ne s'agirait pas du pape agissant en tant que pape, du pape enseignant à l'Église universelle la légitimité du vol, de la fornication, de l'adultère ou de quelque autre péché. Il s'agirait de l'homme privé qui, profitant de ce qu'il est pape, commanderait le péché. C'est donc à l'homme privé, à l'homme qui en cela n'a sur elle aucun droit, que résisterait la personne sollicitée. N'ayant en ce cas aucune autorité, ce pape ne pourrait ni l'engager, ni la perdre. Et voilà pourquoi il resterait pape, malgré sa conduite privée dépravée.

 

Il en est tout autrement des papes de Vatican II. Tout ce que nous refusons, la liturgie de la Messe, la liberté religieuse, l’œcuménisme, les sacrements, la catéchèse, tout est de leur domaine. C'est dans leur propre domaine que la foi nous commande de leur résister. C'est donc dans leur propre charge qu'ils sont démunis de l'autorité qu'ils de­vraient avoir. Privés d'autorité, ils sont privés de la papauté. Car la papauté n'est pas autre chose que l'autorité suprême de l’Évêque de Rome sur toute la chrétienté. Démunis de l'autorité pontificale, ils ne sont pas ou ne sont plus les Vicaires du Christ. Le Christ ne parle plus par leur bouche et la parole du Maître : « Qui vous écoute m'écoute » (Lc X, 16) ne vaut pas pour eux. Voilà la raison pour laquelle la foi nous commande de mépriser leurs ordres et leur enseignement nouveau.

 

 

IV. Conclusion

 

La réponse de la foi et celle de la métaphysique surnaturelle au problème que les papes de Vatican II posent à la conscience catholique sont aussi claires qu'apaisantes et réconfortantes.

 

Elles sont claires. Il suffit de posséder l'esprit de foi catholique pour comprendre que jamais cette vertu théologale ne nous commanderait de résister à ces papes, jamais ces papes n'auraient enseigné officiellement l'erreur, jamais ils ne la maintiendraient officiellement, s'ils étaient vraiment revêtus de l'Autori de Pierre. De cela, ceux qui vivent leur foi ne peuvent douter.

 

Aux catholiques que ce problème angoisse, cette réponse de la foi apporte donc la paix et le réconfort. Non, ils ne se sont pas trom­pés en résistant aux papes de Vatican II, en refusant les nouveautés de leur concile pour garder fidèlement la doctrine du Christ et des Apôtres telle que l'Église catholique romaine l'a toujours comprise et enseignée. Qu'ils soient donc anathèmes ceux qui tentent de nous la changer !

 

Apaisante, réconfortante, cette réponse est aussi absolue. Elle se fonde sur la parole de Dieu qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper. Aucun doute n'est permis, même aux simples fidèles, qui doivent toujours être prêts à répondre pour leur défense à quiconque leur demande compte de leur espérance (I Pi III, 15). Douter seulement que les papes de Vatican II n'ont pas perdu leur autorité serait douter de la véracité de Dieu. En effet, dans cette hypothèse absurde, Dieu se contredirait. Il commanderait de résister aux papes de Vatican II et menacerait de sa malédiction ceux qui Lui obéiraient en leur résistant. Non, aucun doute n'est permis aux fidèles au sujet des papes de Vatican II : puisque c'est la foi qui nous commande de leur résister, c'est elle qui nous assure qu'ils n'ont pas d'autorité.

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