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MHTS Newsletter - Mai 2020

Publié le par Études Antimodernistes

MHTS Newsletter - Mai 2020

 

Par Mgr Donald J. Sanborn.

 

Most Holy Trinity Seminary Newsletter, Mai 2020.

EtudesAntimodernistes.fr, Septembre 2020.

 

 

Après avoir donné des nouvelles du projet d’installation du séminaire dans le nord-est des États-Unis, à cause du nombre croissant des séminaristes et du manque de place, et après avoir annoncé un voyage en France (maintenant repoussé), Mgr. Sanborn expose ici la ligne de conduite de son Institut quant à la distribution des sacrements. En voici la traduction. Les principes et règles expliqués ici sont ceux contenus dans le Directoire Pastoral de l’Institut Catholique Romain.

 

 

[Donner et recevoir les sacrements après Vatican II]

 

Mgr Sanborn

Bien chers fidèles,

 

Notre Ligne de conduite concernant la distribution des sacrements. Les prêtres de l’Institut Catholique Romain (l’ICR) ont une ligne de conduite stricte en ce qui concerne la distribution des sacrements, position que je que voudrais expliquer puisqu’elle peut paraître dure à certains.

Pour que les sacrements soient donnés légalement, il est nécessaire que le prêtre ait reçu de l’évêque du diocèse la juridiction sacramentelle. A son tour, l’évêque du diocèse, pour exercer légalement son ministère, doit être en communion avec le Pontife romain. Il est donc facile de voir qu’il y a un ordre hiérarchique direct allant du pape au simple prêtre en passant par l’évêque.

Les mots de « juridiction sacramentelle » désigne cette autorisation de distribuer les sacrements donnée par la hiérarchie de l’Église au prêtre.

Alors, comment justifions-nous le fait que nous donnions les sacrements à une époque où il n’y a ni pape, ni évêque du diocèse à cause de leur adhésion à la promulgation d’une nouvelle et fausse religion ?

Notre justification s’appuie sur le principe d’épikie (mot grec qui veut dire équité). L’épikie est un principe connu chez les moralistes1 ; il s’exprime ainsi : en l’absence du législateur, on peut estimer l’esprit du législateur, de telle sorte qu’on juge que celui-ci permettrait quelque chose de raisonnable, mais pour lequel en temps normal on doit demander la permission.

Un exemple classique serait celui d’un séminariste dominicain qui trouve dans une librairie un livre dont il a besoin et qui est difficile à trouver. Ne pouvant pas contacter son supérieur, il présume raisonnablement que son supérieur lui donnerait la permission d’acheter le livre en question s’il était présent.

On voit donc qu’il y a deux conditions nécessaires pour utiliser l’épikie : (1) que l’acte que nous voulons accomplir soit raisonnable, puisqu’on ne pourrait se servir de l’épikie pour quelque chose d’absurde, de nocif ou hors de propos ; (2) que le législateur soit absent, c’est à dire que pour une raison ou une autre, on ne puisse avoir recours à lui.

La loi ultime qui justifie tout notre apostolat en ce temps de prise de pouvoir de la hiérarchie par les modernistes, est un adage bien connu de l’Église catholique : Le salut des âmes est la loi suprême [Salvatio animarum suprema lex]. Comme le dit l’adage, toutes les lois de l’Église s’inclinent devant cette belle et grande loi ; c’est en effet le motif et l’âme de toutes les lois inférieures de l’Église. Car l’Église existe pour le salut des âmes et pour aucune autre raison. Cet adage reflète l’essence même de l’Église et le motif même de l’Incarnation et de la Crucifixion du Christ. Personne ne peut le nier.

Nous menons un apostolat contraire à celui du Novus Ordo2. Et nous le faisons uniquement par ce que le Novus Ordo constitue une rupture substantielle avec le passé. Ce n’est pas le Catholicisme romain, mais une nouvelle religion qui nous est imposée. C’est le modernisme, condamné par saint Pie X comme « le rendez-vous de toutes les hérésies », qui a montré ses origines perverses par la perte de foi et les mœurs dévastateurs parmi les catholiques depuis le concile Vatican II. « L’Église catholique actuelle » n’a rien à voir avec l’Église catholique d’avant Vatican II.

Chant des prophéties le Samedi Saint (Séminaire de la Très Sainte Trinité)

Elle ne peut pas être un moyen de salut parce que c’est une fausse religion, mais c’est au contraire un moyen de damnation. Pour cette raison tout doit être mis en place pour assurer la survie de la vraie foi qui est l’unique moyen de salut. Ce principe déjà cité (Le salut des âmes est la loi suprême) justifie donc les mesures que nous prenons, ce « contre-apostolat » que nous menons.

Du principe que ‘Vatican II et ses réformes sont rupture et non continuité’, nous concluons qu’il est impossible que la hiérarchie qui dit être la hiérarchie catholique ait, de fait, le pouvoir d’enseigner, de diriger et de sanctifier l’Église. Du principe que ‘le salut des âmes est la loi suprême’, nous concluons que, pour assurer la préservation de la vraie foi, de la validité de l’épiscopat et de la prêtrise, la vraie messe et les sacrements, la vraie doctrine et la véritable discipline catholiques, il est nécessaire et donc justifié d’accomplir un ministère sacramental et pastoral complet.

Une personne raisonnable qui admet nos principes – que Vatican II constitue une rupture et que le salut des âmes est la loi suprême – ne peut pas contester la légalité de ce que nous faisons.

 

Pourquoi refusons-nous les sacrements à ceux qui assistent aux messes una cum ? Il est absolument nécessaire que ceux qui font appel à nous pour les sacrements comprennent que le Novus Ordo est une nouvelle religion parce que le fondement de la légitimité de notre apostolat est justement de donner les sacrements à ceux qui ont fuit le Novus Ordo comme on fuirait une fausse religion. Autrement ils n’ont aucune raison de venir à nous pour recevoir les sacrements, et nous n’avons aucune raison de leur donner les sacrements.

Si quelqu’un considère la religion Novus Ordo comme la vraie foi, comme une continuité homogène du catholicisme d’avant Vatican II, alors cette personne n’a aucune raison de venir à nous pour les sacrements. Ce serait en effet un péché mortel pour cette personne puisque nous donnons les sacrements au mépris de l’ordre de la personne qu’elle regarde comme pape. Elle doit considérer notre apostolat schismatique, « érigeant un autel contre l’autel de l’évêque local », acte qui est toujours considéré schismatique.

À l’inverse, si quelqu’un considère la religion Novus Ordo comme une déviation substantielle du catholicisme romain, il est logiquement obligé de dire qu’il est impossible que ces « papes » qui ont promulgué cette nouvelle religion soient en fait des papes catholiques.

Dans l’ordre pratique, donc, si quelqu’un vient à nous pour recevoir les sacrements, nous devons attendre de cette personne :

- qu’elle soit convaincue que le Novus Ordo n’est pas la religion catholique ;

- qu’elle adhère à la conclusion nécessaire et logique, à savoir que les papes modernistes ne peuvent pas être de vrais Papes.

Si cette personne croit que le Novus Ordo est la religion catholique, alors elle ne vient pas à nous pour les bonnes raisons. Il se pourrait qu’elle trouve que notre liturgie est plus digne et plus révérencieuse. Mais un tel motif n’est pas suffisant pour établir un contre-apostolat à celui du Novus Ordo. Par conséquent un prêtre traditionaliste ne pourrait pas donner les sacrements sur ce motif ; ce serait objectivement un péché mortel.

Si la personne croit que le Novus Ordo n’est pas la religion catholique mais pense que les papes modernistes sont de vrais Papes, ce serait alors un illogisme grave et même une hérésie implicite, à savoir que le Pontife Romain puisse imposer ou même permettre que l’Église entière adhère à de fausses doctrines, à une liturgie erronée et pernicieuse, ainsi qu’à une discipline peccamineuse. Car admettre cela serait contredire le dogme de l’indéfectibilité de l’Église catholique.

"Si Bergoglio est votre pape, alors c'est à lui que vous devriez demander les sacrements."

De plus, ceux qui participent activement à une messe una cum affirment publiquement, en dépit de ce qu’ils pensent intérieurement sur Bergoglio, que François est de fait le véritable Pontife Romain, le Vicaire de Jésus-Christ sur terre, possédant la juridiction universelle d’enseigner, de gouverner et de sanctifier les fidèles de l’Église catholique. Ils ne peuvent pas soutenir que la religion qu’il a promulguée à toute l’Église soit une fausse religion, et en même temps affirmer qu’il soit un vrai pape. Car cela serait nier le dogme de l’indéfectibilité.

Par conséquent, il serait inconséquent et incohérent que ces personnes viennent à nous pour recevoir les sacrements. Si elles étaient conséquentes et cohérentes, elles iraient demander les sacrement aux prêtres Novus Ordo. Si Bergoglio est votre pape, alors c’est à lui que vous devriez demander les sacrements.

De plus, ceux qui participent activement à la messe una cum d’un prêtre traditionaliste (par exemple, de la FSSPX) déclarent à tout le monde qu’ils sont d’accord avec la position reconnaître et résister3, qui est une doctrine non-catholique et implicitement hérétique. Ils font ainsi scandale en allant à la messe una cum.

C’est pour ces raisons, à savoir l’inconséquence et l’incohérence ainsi que le scandale que nous ne donnons pas les sacrements à ceux qui vont à la messe una cum. Car l’incohérence est toujours un signe d’erreur. La raison droite, au contraire, est claire, simple et sans contrainte précisément à cause de sa cohérence. Mais l’incohérence est une erreur ; et une erreur dans l’ordre morale est toujours un péché.

Il est donc objectivement peccamineux que ceux qui aillent à la messe una cum nous demandent les sacrements, et il est de même objectivement peccamineux que nous leur donnions les sacrements.

 

Objection : En ce temps de confusion, pourquoi ainsi pénaliser les gens qui n’y comprennent pas grand-chose et qui essaient simplement d’être de bons catholiques ?

Réponse : Nous faisons des exceptions pour les gens qui ne connaissent pas ces principes, mais nous ne les laissons pas les ignorer. Si un tel cas se présente nous prenons les personnes à part pour leur expliquer les règles pour donner les sacrements. S’il persistent à aller à la messe una cum, alors nous leur refuserons les sacrements. Mais je veux ici, insister sur le fait que le refus des sacrements se base sur le fait qu’il n’y a pas de raison valable de leur donner les sacrements ; et cela ne revient pas à dire qu’ils ne sont pas catholiques ou que ce sont des pécheurs publiques.

Expliquons cela d’une autre façon. Tout catholique baptisé a le droit de recevoir les sacrements. Cela est vrai. Mais il est aussi nécessaire qu’il soit suffisamment instruit pour pouvoir exercer ce droit. Il doit accepter les enseignements donnés ou alors il ne peut pas recevoir les sacrements. De la même façon, les instructions que nous donnons à nos fidèles ne sont pas les opinions personnelles de Mgr. Sanborn, mais sont des principes moraux qui découlent directement de la foi catholique.

Distribution des Rameaux (Séminaire de la Très Sainte Trinité)

Voici encore une autre façon d’expliquer les choses. Notre mission comme prêtres et évêques n’est pas de s’occuper des fidèles du Novus Ordo, c’est-à-dire, de ceux qui ont embrassé la nouvelle religion. Notre mission concerne uniquement ceux qui comprennent que la nouvelle religion est fausse et qu’il faut avoir recours à des prêtres qui rejettent cette nouvelle religion. Mais si, en assistant à la messe una cum, vous affirmez que Bergoglio est pape, vous affirmez aussi implicitement que sa nouvelle religion est la foi catholique. Il n’y a donc pas de raison de venir nous demander les sacrements et il n’y a pas de raisons pour nous de vous les donner. Encore une fois, si Bergoglio est votre pape, alors allez lui demander les sacrements.

Je dois ajouter ici qu’adhérer aux papes de Vatican II comme à de vrais papes conduit nécessairement au désir d’être reconnu et régularisé par eux. C’est pour cela que Mgr. Lefebvre, bien que dénonçant de façon répétée la nouvelle religion de Vatican II comme une fausse religion continua néanmoins d’essayer d’obtenir la reconnaissance de sa fraternité comme une institution légitime par la hiérarchie moderniste. Par exemple, aux consécrations de 1988 où il dénonça dans son sermon la religion Novus Ordo, il affirma aux journalistes après la cérémonie que dans cinq ans le Vatican et la fraternité seraient réconciliés. Car il est impossible qu’un catholique s’écarte et/ou désobéisse habituellement au pape et reste catholique. Admettre que ces gens sont papes c’est créer un centre de gravité pour les catholiques, centre de gravité qui les attirera à se soumettre et à entrer en communion avec eux.

Ainsi donc, la présence du nom de François dans le canon d’une messe traditionnelle (FSSPX) crée une attraction fatale vers les destructeurs de la foi catholique. Ce nom dans le canon est une reconnaissance implicite de la nouvelle religion comme étant le catholicisme romain.

 

Résumé et conclusion. Le principe qui justifie l’apostolat non autorisé des prêtres traditionalistes est que Vatican II et ses réformes constituent une rupture avec le catholicisme. Ce principe est la seule cause justifiant les fidèles à demander les sacrements aux prêtres traditionalistes exerçant un apostolat non autorisé. Puisqu’une rupture d’avec le catholicisme de la part de la hiérarchie nous montre avec certitude et nécessité qu’elle n’est pas la vraie hiérarchie catholique, à cause du dogme de l’indéfectibilité, alors il est nécessaire aussi que les fidèles tout comme le clergé considère cette hiérarchie Novus Ordo comme une fausse hiérarchie.

 

Garder le mouvement traditionaliste dans le droit chemin. Certains pourront dire que notre ligne de conduite est trop dure, que l’important est que les fidèles aient accès à la vraie messe et aux vrais sacrements. Il n’y pas lieu de s’inquiéter de telles considérations théologiques.

Une telle attitude qui prévaut aujourd’hui parmi le clergé et les fidèles est très dangereuse. Elle est implicitement basée sur une hérésie, à savoir que la foi catholique peut se passer de pape. Une telle attitude suscita en son temps le grand schisme d’Occident, quand il y eut deux, puis trois papes. Les erreurs concernant la papauté, son rôle et sa nécessité se répandirent. La conséquence en fut le conciliarisme, promu par les participants du concile de Constance en 1415, qui affirme qu’un concile général est au-dessus du pape.

Pierre d'Ailly

Pierre d’Ailly (1351-1420) est un théologien de l’Université de Paris, plus tard cardinal. Il formula l’idée que seule l’Église universelle est infaillible et que chaque Église particulière (chaque diocèse) peut errer, l’Église de Rome incluse. Il dit que le pape peut se tromper et s’est trompé plus d’une fois. Il donnait comme exemple l’erreur de saint Pierre repris par saint Paul. Ce même Pierre d’Ailly est l’auteur du conciliarisme dont nous venons de parler.

La Fraternité Saint Pie X a répété cette même doctrine qui est objectivement hérétique. Leur théorie concernant le magistère ordinaire universel est précisément que le pape et tous les évêques du monde puissent se tromper en enseignant la doctrine ; l’Église universelle rejettera simplement ces enseignement comme faux. Cela revient à dire que l’assistance du Saint-Esprit pour enseigner la doctrine n’a pas été donné aux apôtres et à leurs successeurs dans la hiérarchie, mais à l’Église universelle qui « trie » et « discerne » ainsi dans le magistère ce qui est vrai de ce qui est faux.

Un contemporain de d’Ailly, Jean Charlier de Gerson (1363-1429) aussi théologien et recteur de l’Université de Paris disait que le droit de corriger et même de déposer le souverain Pontife appartenait non seulement à un concile général, mais à l’Église universelle. Je mentionne ici ces choses car il s’agit exactement de l’approche du cardinal Burke et de ceux qui le suivent, à savoir que selon eux il est légitime de corriger le pape quand il se trompe, et pire encore, que cette correction du pape est suffisante pour sauvegarder l’indéfectibilité de l’Église. Cela signifie implicitement que et l’infaillibilité et l’indéfectibilité se trouvent ailleurs que dans la hiérarchie enseignante de l’Église catholique. Cela, c’est du protestantisme. Les protestants disent que l’infaillibilité se trouvent dans l’Écriture Sainte et non dans l’Église enseignante, ce qui a pour résultat que chacun est libre d’interpréter l’Écriture comme bon lui semble, avec l’aide du Saint-Esprit. La conséquence logique et historique est la multiplication d’innombrables sectes protestantes, chacune avec une interprétation différente, mais chacune réclamant à grands cris être assistée du Saint-Esprit.

Je donne ici ces exemples pour expliquer à nos fidèles pourquoi nous sommes inflexibles en ce qui concerne la bonne doctrine et les bonnes pratiques pastorales requises pour les sacrements. Aujourd’hui, le mouvement traditionnel doit être le gardien de la doctrine catholique, puisque la plupart des catholiques vont perdre la foi à cause de Vatican II. Par conséquent il est essentiel que nous ne tombions pas dans des erreurs nous-mêmes alors que nous essayons d’éviter celles des modernistes.

Dans ce temps d’occupation moderniste, les fidèles ne doivent pas perdre de vue le rôle et les prérogatives du pape. Le pape, comme pape, a une relation essentielle à la vérité. Il doit être la règle vivante de la foi, comme ont fait remarqué le cardinal Billot et d’autres. S’il ne remplit pas cette tâche, il ne remplit pas sa fonction de pape. Il faut en conclure que les catholiques qui font face à l’enseignement hérétique d’un pape, ne doivent pas se contenter de vivre avec lui en ignorant ses erreurs, ou en les corrigeant, mais doivent le rejeter, parce que, quand il impose des doctrines contraires à la foi catholique, il montre qu’il n’a pas le pouvoir du Christ pour enseigner, régir et sanctifier l’Église. Par analogie, les brebis s’enfuient à la vue d’un loup revêtu des habits du berger, dès qu’elles découvrent que c’est un loup.

Autrement dit, un pape qui erre doctrinalement, n’est pas seulement un « mauvais pape », ou un pape que l’on doit corriger, mais il n’est aucunement pape. C’est l’importance de la fonction du pape qui impose cette conclusion.

 

Sincèrement vôtre dans le Christ,

Mgr. Sanborn

1L’épikie est une partie de la vertu de justice par laquelle, en l’absence du législateur et dans des circonstances non prévues par le législateur, nous appliquons la loi non selon la lettre mais selon l’esprit de la loi. (Note du traducteur)

2Les mots « Novus Ordo » désigne les modernistes et plus exactement la nouvelle religion imposée par la hiérarchie moderniste. (Note du traducteur)

3Reconnaître et Résister (R&R) : la position qui consiste à reconnaître les papes modernistes comme de vrais Papes, Vicaires de Jésus-Chris, et en même temps leur désobéir habituellement et continuellement, comme si on pouvait se passer d’obéir au pape pour faire son salut, comme si on était juge de ce que le pape nous enseigne. C’est la position de la FSSPX et de la « Résistance » en générale, qui porte bien son nom pour cela. Pour plus d’info sur la position R&R, voir http://www.etudesantimodernistes.fr/r-et-r.html (Note du traducteur)

 

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MHTS Newsletter - Octobre 2018

Publié le par Études Antimodernistes

Par Mgr Donald J. Sanborn.

 

Most Holy Trinity Seminary Newsletter, Octobre 2018.

EtudesAntimodernistes.fr, Novembre 2018.

MHTS Newsletter - Octobre 2018

[Pie XII face au modernisme.]

 

Bien chers fidèles,

 

Je remercie tous ceux d’entre vous qui ont envoyé un don supplémentaire le mois dernier pour nous aider avec nos dépenses actuelles. Nous avons encore eu un problème inattendu : une fuite dans une canalisation sous les fondations (sous une dalle). L’eau s’est répandue dans la plus grande des classes, forçant les séminaristes à avoir cours dans le réfectoire. Heureusement, la réparation ne coûta « que » 1461 $. (Je m’attendais à plus.) Nous devons cependant encore réparer le carrelage qui a été cassé pour parvenir aux fondations.

 

Soixante ans depuis la mort de Pie XII. Le neuf octobre, nous avons commémoré les soixante ans de la mort de Pie XII. Cela signifie que le modernisme règne depuis maintenant soixante ans, et nous avons vu avec horreur la désintégration de tout ce qui rendait notre foi merveilleuse : la doctrine catholique, de bons et saints prêtres, une abondance de frères et de sœurs dévots et zélés, des écoles catholiques, des séminaires catholiques remplis de saints séminaristes aspirant à la prêtrise, la Messe traditionnelle en latin, les sacrements traditionnels, la Ligue pour la vertu1, les habits religieux, les prêtres en soutane et col romain, de magnifiques églises, des cérémonies élaborées, le chant grégorien et autres belles musiques d’église, la discipline, l’orthodoxie, la modestie dans les habits, les bonnes mœurs. Je pourrais encore allonger la liste. Ce que je viens de décrire, c’est le monde de mon enfance, que je considérais alors comme normal, mais que j’aimais et chérissais.

C’était le monde catholique tel que le laissa le pape Pie XII. C’était un édifice splendide et magnifique à tous les égards.

J'étais trop jeune pour m'apercevoir des changements que Jean XXIII avait opéré. Je me rappelle avoir assisté aux cérémonies de la semaine sainte qui avaient été modifiées en 1955 sous la direction de l'auteur de la nouvelle messe, le moderniste et franc-maçon Annibale Bugnini. Je n'avais jamais vu les cérémonies traditionnelles qui, d'après le pape Benoit XIV (1740-1758), sont très anciennes. Cependant, j'étais toujours un peu troublé par ces cérémonies de la semaine sainte, car elles semblaient différer du reste de la liturgie. C'est seulement des années après que je découvris que ces cérémonies, forgées par le franc-maçon en question, étaient « un pont » (ce sont ses mots) vers la réforme ultime de la liturgie qui eut lieu dans les années 1960 et qui atteignit son sommet avec l'horrible nouvelle messe en 1969.

C'est pour cette raison, en voyant plus tard ces réformes avec du recul, que nous reprîmes les rites traditionnels de la semaine sainte. Comme dirait l'abbé Cekada : « Si vous ne voulez pas passer de l'autre côté (c'est-à-dire vers la nouvelle messe), alors pourquoi prendre le pont ? »

Je me rappelle par contre le premier dimanche de l'avent 1964, jour où les premiers changements de Vatican II apparurent dans la Messe. Bien que ceux-ci n’étaient rien en comparaison de ce que nous voyons aujourd'hui, j'y sentis cependant l'odeur du modernisme. Je me rappelle rentrer à la maison après la Messe ce jour-là en me disant à moi-même : « Il y a quelque chose de protestant dans la Messe. » C’est vers cette époque que je déclarai une guerre personnelle aux réformes de Vatican II.

Pendant l'année suivante, j'essayai, comme tout le monde, de voir Vatican II avec une lumière positive et d'y comprendre quelque chose. Il y en a encore beaucoup qui essayent toujours. Quand j’étais au séminaire moderniste, je compris ce qu'était Vatican II. Je vis sa nature profondément radicale et corrompue. Je vis que ce n'était pas seulement une question de changement accidentel des manières de faire dans l'Église, mais une véritable révolution doctrinale, morale, spirituelle et liturgique. Je la combattis autant que je le pus.

Même en entrant à Ecône en 1971, cependant, je continuais à croire que d'une façon ou d’une autre Paul VI n'étais pas d'accord avec tous ces maux dans l’Église, et que c'étaient les « mauvais évêques » qui faisaient tout ce mal.

Ce qui m'ouvrit les yeux quant à la vraie nature de Paul VI fut la lecture d'un essai par l'abbé de Nantes, prêtre français, connu sous le nom de Liber Accusationis in Paulum Sextum (Le Livre d'accusation contre Paul VI). Ce prêtre, dans un travail soigneusement documenté, analysait le passé et l'enseignement de Paul VI et démontrait sans aucun doute que l'homme était un moderniste de premier ordre. Je devins alors « sédévacantiste ». C'était en 1973.

 

L’Église depuis le 9 octobre 1958. Les modernistes ont dynamité le monde idyllique du catholicisme romain que j'ai décrit ci-dessus. Avec un orgueil consommé, ils ont décidé que le catholicisme ne pourrait pas survivre au monde moderne sans se transformer pour s'y adapter. Tel est le principe fondamental du modernisme et de toutes les hérésies qui en découlent.

Le « système d'exploitation » - pour emprunter un mot au langage informatique - du monde moderne est le subjectivisme, c'est-à-dire, la négation de la possibilité même d'une vérité objective. Rien n'ai vrai, à moins que ce ne soit vrai pour vous, c'est-à-dire, à moins que ce ne soit conforme à vos expériences personnelles.

Appliqué au dogme et à la morale, l'effet en est absolument fatal. Conformer l’Église catholique au mode de pensée subjectif, c'est lui injecter un poison mortel dans les veines. Ainsi ce que nous avons vu depuis 1958 est la mort graduelle du catholicisme. L'orthodoxie, qui est l'assentiment de foi donné à la doctrine catholique, est morte. Être catholique aujourd'hui signifie simplement que vous êtes sur les registres de l'église catholique locale. Vous pouvez croire ce que vous voulez et rendre votre hérésie publique, personne ne vous blâmera. Pensez un instant à l'université de Georgetown qui est supposée être catholique, ou celle de Loyola à Chicago. Ce sont là simplement de petits exemples de ce qui existe partout dans ce monde autrefois catholique.

Ce qui définit le catholicisme, c'est l'orthodoxie. Les institutions de l’Église catholique, sa hiérarchie, ses lois, ses édifices, ses écoles, ses universités reposent sur un seul fondement qui est l'orthodoxie catholique. Si ces institutions perdent leur orthodoxie, elles perdent leur raison d'être, devenant des institutions inutiles, catholiques de nom seulement, et elles accomplissent le travail du diable.

Le catholicisme continue d'exister en ceux qui professent encore la foi catholique, qu'ils soient encore dans le Novus Ordo ou non. Ce qu’il faut c’est un schisme, c'est-à-dire que les catholiques doivent se séparer des hérétiques modernistes. Ils vivent présentement dans la même maison et doivent se séparer.

 

Les bons côtés du règne de Pie XII. Pie XII était un homme d'une orthodoxie catholique absolue et avait compris son rôle de protecteur de cette caractéristique essentielle et sacrée de l’Église catholique.

C'était un homme qui avait compris la dignité très élevée de la papauté et qui se comportait en conséquence. Jamais la papauté ne fut plus respectée que sous Pie XII. C'était une image de la dignité ecclésiastique.

Il promulgua un bon nombre de documents qui exprimaient clairement l'enseignement de l’Église sur de nombreux sujets. Parmi eux : Mystici Corporis, expliquant le Corps Mystique du Christ (1943) ; Mediator Dei, qui donnait les principes de la sainte liturgie de l’Église et mettait en garde contre quelques tendances modernistes (1948) ; Humani Generis, qui condamna en général la nouvelle théologie et mettait en garde contre des erreurs modernes et des tendances de l’époque (1950).

En 1950 également, il proclama solennellement la doctrine de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. En 1954, il proclama l'Année Mariale, au cours de laquelle il établit la fête de Marie-Reine.

Le pape Pie XII était sévère contre le communisme, excommuniant ceux qui appartenaient au parti. Il édifia aussi les fidèles dans de nombreux messages radio, utilisant autant que possible les médias de son temps pour répandre l'évangile.

En bref, les bons côtés de son règne furent de présider une Église en bonne santé générale, et, par sa piété, sa science et sa dignité, de gagner l'admiration de beaucoup, catholiques et non catholiques.

 

Les mauvais côtés du règne de Pie XII. En 1930, quand le pape Pie XI cherchait un nouveau secrétaire pour remplacer le cardinal Gasparri, un certain cardinal Cerretti, potentiel candidat pour ce poste, décrivit le cardinal Pacelli (Pie XII) comme « indécis et mou ». Je pense que c’était là une observation exacte de son caractère, et cela fut un défaut tragique pour lui et pour toute l’Église catholique.

En d'autres termes, bien que le cardinal Pacelli avait des intentions excellentes et une orthodoxie impeccable, il lui était difficile de faire aboutir ces merveilleuses qualités à des actions concrètes.

En lisant à son sujet, j'ai aussi remarqué qu'il avait un respect exagéré, et même une sorte de vénération, pour l'érudition et les sciences physiques. Bien que ces choses doivent certainement être prises au sérieux, nous devons y faire attention en ces temps modernes à causes des préjugés extrêmement anticatholiques de nombreux savants et scientifiques. Il développa probablement cette admiration excessive pour l'érudition et la science à l'université de la Sapienza, à Rome, une des plus glorieuses institutions de la Rome papale, prise et contrôlée par le gouvernement italien maçonnique et athée à partir de 1870. En tout cas, le fait qu'il se laissait facilement impressionné par l'érudition et la science fit de lui une proie des « savants » et « scientifiques » modernistes qui rôdaient dans l’Église.

La dernière chose dont l’Église avait besoin en 1939, l'année de l'élection du Cardinal Pacelli à la papauté, c’était un pape faible et indécis, naïf en ce qui regardait les complots des modernistes. Pendant le règne de saint Pie X (1903-1914), les modernistes se contentèrent simplement de se submerger, pour réapparaître plus tard pendant le règne de Benoît XV (1914-1922) et de Pie XI (1922-1939). Ils utilisèrent alors un instrument entièrement nouveau pour répandre leur hérésie perverse : la sainte liturgie. Ils détournèrent le mouvement liturgique, solidement catholique, lancé par Dom Guéranger et d'autres au dix-neuvième siècle. Ils voulaient en faire un véhicule de l'œcuménisme, qui est un pur produit du modernisme. Proéminents dans ce mouvement liturgique moderniste furent : Pius Parsch, Dom Beauduin, Gérard Ellard, Annibale Bugnini, et beaucoup d’autres de moindre importance, auteurs de livres et pamphlets faisant avancer le même agenda.

Les modernistes firent aussi de nouveau surface dans le domaine de l’Écriture Sainte. Le cardinal Béa, confesseur de Pie XII, était proéminent parmi eux. Il y en eut beaucoup d'autres. Le modernisme biblique pris de l’essor sous le règne de Pie XII.

Enfin, il y avait la Nouvelle Théologie, une renaissance dogmatique du modernisme. Tout comme les vieux modernistes, ils [les « nouveaux théologiens »] détestaient saint Thomas et avec lui la théologie et la philosophie traditionnelles, et ils adaptèrent la théologie catholique aux systèmes de philosophie modernes. Il en résulta de sérieuses erreurs et même des hérésies. Proéminents parmi ces néo-modernistes étaient Karl Rahner, Joseph Ratzinger (plus tard Benoît XVI), Hans Hurs von Balthazar, Edward Schillebeeckx, Yves Congar, Bernard Häring, Hans Küng, Henri de Lubac, Pierre Teilhard de Chardin, et bien d'autres. Ces théologiens circulaient et écrivaient librement sous le règne de Pie XII, et bien que certains reçurent des monitions officielles du Saint Office, ils parvinrent à survivre sans trop de difficulté pendant son pontificat.2 Sous saint Pie X, ils auraient été excommuniés et réduits à l'état laïc.

Ce dont l’Église avait besoin en 1939, après trois décennies de modernisme en plein essor, c'était un autre saint Pie X, quelqu'un qui aurait réprimé l'hérésie avec sévérité.

Toutes ces choses ayant été dites, penchons-nous maintenant sur les mauvais aspects du règne de Pie XII :

  • La nomination d'évêques abominables. Les principaux évêques modernistes à Vatican II avaient été nommés par Pie XII : Köning, Döpfner, Suenens, Lercaro, Montini (futur Paul VI), Wotjyla (futur Jean-Paul II), Cushing, Alfrink, Frings. Ce furent de grandes figures au Concile. Combien d'autres évêques modernistes furent nommés dont les noms nous échappent ? Il faut aussi remarquer que Pie XII éleva au cardinalat un moderniste connu comme tel, Angelo Roncalli, et le fit patriarche de Venise, lui donnant ainsi une possibilité directe de devenir pape. Il fit aussi de Montini, un autre moderniste reconnu, l'archevêque de Milan, et donc papabile.3

  • Dommage fait à la liturgie. En 1948, le pape Pie XII établit la Commission pour la Réforme Liturgique et nomma comme secrétaire, directement en charge de cette Comission, nul autre qu'Annibale Bugnini. Il était à l’époque un moderniste connu en liturgie. En peu de temps, ce franc-maçon produisit la réforme des rites de la semaine sainte, promulguée en 1955 par Pie XII. Elle contenait de nombreux éléments qui seront plus tard incorporés dans la nouvelle messe, également mise au point par le même Bugnini, avec l'aide de six ministres protestants. D'autres changements concernant la messe, le calendrier liturgique et le bréviaire furent réalisés en 1955, 1957 et 1958. Tous ces changements allaient dans la direction de l’utlime réforme liturgique de Paul VI.

  • L’essor du modernisme dans les séminaires romains. Les séminaires romains étaient la pépinière des futurs évêques et ces séminaires furent infectés sous le nez même de Pie XII, par du modernisme de toute sorte. Bien qu'il ne fut pas moderniste lui-même, le pape Pie XII fut cependant faible et négligent par rapport à la répression du modernisme et contribua ainsi beaucoup à la ruine présente dont nous sommes témoins.

 

En résumé, le règne de Pie XII continuait avec la force vive de l'orthodoxie et la vigueur conférées par les papes précédents. En ouvrant la porte aux modernistes dans l'épiscopat, la Curie et les séminaires, il leur laissa la main libre pour détruire le catholicisme au concile Vatican II.

Sous saint Pie X, les rats modernistes s’immergèrent dans l'eau de cale du navire catholique. Après sa mort, ils se frayèrent graduellement un chemin jusqu'aux ponts inférieurs de ce même navire, jusqu'à se précipiter finalement sur le pont supérieur sous Pie XII. Il fut peu efficace pour arrêter le mouvement, mais au contraire le favorisa beaucoup par mollesse, faiblesse et négligence. Après sa mort, avec l'accession de Jean XXIII, les rats modernistes arrivèrent désormais aux commandes : au gouvernail et à la roue. On connaît la suite.

Le plus grand acte du pape Pie XII. Bien qu'il y ait de nombreux points négatifs dans le règne de Pie XII, il entreprit cependant quelque chose de très courageux en 1954 : la canonisation de saint Pie X. Ce grand pape était perçu par les modernistes comme un oppresseur sévère. Plusieurs des modernistes qui avaient « souffert » sous saint Pie X étaient encore en vie, tel Roncalli. Ils vinrent l'un après l'autre à la congrégation responsable de la canonisation, se plaindre des « horreurs » du règne du pape Pie X. Mais Pie XII les ignora, dispensa la règle des cinquante ans pour les canonisations, et éleva courageusement le grand antimoderniste à l’honneur des autels. Cela revenait à dire : « Je ne suis pas assez fort pour arrêter le modernisme, mais vous avez maintenant un saint qui l'a fait. » Il approuva ainsi toute la campagne antimoderniste de saint Pie X, pour laquelle son pontificat a une telle renommée.

Il ne faut pas s'étonner que, lorsque questionné par un journaliste français athée à propos de saint Pie X, Jean XXIII ait répondu : « Il n'est pas saint ! »

 

Sincèrement vôtre dans le Christ,

 

Mgr. Donald Sanborn

Recteur

 

1 La Ligue pour la vertu (en anglais, National Legion of Decency) est un groupe de pression créé en 1933 par les représentants de l'Église catholique romaine aux États-Unis. Le but était de purifier les productions cinématographiques qui semblaient exercer une mauvaise influence sur la population en général et les enfants en particulier. Soutenue par le pape Pie XI, qui encourageait même d'autres pays à se doter de leur propre Ligue, la Ligue pour la vertu constituait un des groupes de pression les plus forts de l'époque. En 1934, entre 7 et 9 millions de personnes (catholiques pour la plupart, mais aussi protestants et juifs) avaient prêté serment de condamner et boycotter tout film offensant la morale chrétienne. La Ligue avait son propre système de classification de films, qui concernait autant les films produits aux États-Unis que les productions étrangères importées… (Wikipédia) [NDT]

 

2 Exception faite pour les plus virulents d'entre eux. Ainsi Congar fut interdit d'enseignement. Idem pour de Lubac et plusieurs autres. Mais ils ne furent pas obligés de se rétracter ni jamais entièrement réduits au silence. [NDT]

3 C'est-à-dire, éligible à la papauté, et ayant une chance sérieuse d’être élu Pape. [NDT]

 

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MHTS Newsletter - Juillet 2018

Publié le par Études Antimodernistes

Par Mgr Donald J. Sanborn.

 

Most Holy Trinity Seminary Newsletter, Juillet 2018.

EtudesAntimodernistes.fr,  Juillet 2018.

MHTS Newsletter - Juillet 2018

[Vatican II enseigne-t-il l’hérésie?]

 

Mgr Bernard Fellay

 

Bien chers fidèles,

 

    Bien qu’il y a deux mois je pensais que l’on aurait une pauvre année, finalement nous aurons beaucoup de séminaristes cette année. Au moment où j’écris ce bulletin, nous attendons six nouveaux séminaristes, deux du Nigéria, et quatre des Etats-Unis. Je suis heureux de voir des séminaristes américains, puisque l’apostolat qui attend ces jeunes hommes sera en Amérique, ou du moins en pays de langue anglaise.

 

    Interview de Mgr Fellay. Mgr Fellay, qui a été, jusque récemment, le supérieur de la Fraternité Saint Pie X pendant vingt-quatre ans, donna une interview au Tagespost lors de laquelle il a dit certaines choses qui méritent notre attention.

    La première de ces choses est la suivante: « Nous n’avons jamais dit que le Concile enseigna directement des hérésies. Mais il retira le mur de protection contre l’erreur, et permit en cela à l’erreur de se montrer. »

    Est-ce là une affirmation correcte? Vatican II a-t-il simplement exposé l’Eglise à l’erreur? Ou bien contenait-il en fait des hérésies? Réponse: Il contenait des hérésies.

 

    Première hérésie de Vatican II: l’oecuménisme. Le document Unitatis Redintegratio, ou Décret sur l’Oecuménisme, contient une hérésie flagrante contre le dogme catholique qui enseigne que hors de l’Eglise il n’y pas de salut. Le Concile affirme:

 

En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. [Unitatis Redintegratio, n. 3][Formatage ajouté].

 

    L’Eglise catholique enseigne comme un dogme — qui fut appelé « dogme parfaitement connu » par Pie IX — qu’il n’y a pas de salut hors de l’Eglise. Le Concile affirme la proposition exactement contradictoire au dogme catholique, à savoir qu’il y a un salut hors de l’Eglise catholique, que ces religions non-catholiques peuvent procurer le salut à leurs adhérents, et sont en effet le moyen par lequel ceux-ci sont sauvés. C’est une hérésie.

 

    Deuxième hérésie de Vatican II: la liberté religieuse. L’Eglise catholique, qui professe être la vraie et unique Eglise fondée par Jésus-Christ, et en dehors de laquelle il n’y a pas de salut, comprend la liberté religieuse comme étant la liberté de l’Eglise catholique d’accomplir sa mission dans le monde entier, de s’établir partout, et de fonctionner librement comme une entité distincte de l’Etat. Elle revendique aussi la liberté de ses adhérents de professer et d’exercer leur foi catholique sans harcèlement ni persécution.

    Elle condamne l’idée, comme étant contraire à la Sainte Ecriture, selon laquelle toutes les religions jouissent de ces mêmes libertés et droits. Car affirmer une telle chose reviendrait à dire qu’une personne ou une organisation aurait un droit à faire une chose mauvaise. Mais cela est contraire à la loi naturelle, et par conséquent contraire à l’enseignement de l’Eglise. Vous ne pouvez avoir le droit de faire que ce qui est correct, et vous ne pouvez jamais avoir le droit de faire ce qui est mal.

    La liberté est le pouvoir de choisir le bien. La licence est la liberté faussement accordée à la volonté de choisir le mal. Afin qu’il y ait exercice de la vraie liberté, il est nécessaire qu’elle n’empiète sur aucun devoir. Car la liberté n’existe pas pour le mal, mais pour le bien. Par conséquent, à chaque fois que l’homme abuse de sa liberté dans le but de commettre le mal, on ne devrait pas parler de liberté, mais de licence.

    La liberté de conscience est absolument impie. Car l’homme est tenu par un devoir très strict de penser correctement concernant Dieu, et les choses qui regardent la religion tant spéculative que pratique. Or aller contre un devoir naturel très strict est une licence, et non une liberté. Et si nous parlons d’une transgression volontaire de notre devoir envers Dieu, la susdite licence est une impiété. Puisque, par conséquent, la liberté de conscience donne à l’homme le droit de penser tout ce qu’il veut concernant Dieu, cette liberté, ce droit, est en réalité une impiété.

    La liberté des religions, considérée en elle-même, est absurde. Cela est prouvé par ce que l’on a déjà dit. Car la liberté des religions trouve son unique source dans la liberté de conscience. Puisque la liberté de conscience est absurde, il s’ensuit que la liberté des religions est également absurde. Mais il faut en dire davantage. Si l’on concède la liberté des religions, on refuse à Dieu le pouvoir d’imposer aux hommes un culte déterminé, et on impose à Dieu une certaine obligation d’accepter ou au moins d’approuver toute forme de culte qui Lui est présentée par la raison humaine. Mais Dieu a commandé une forme de culte — la religion catholique. Il n’est donc pas obligé d’accepter toute forme de culte que Lui donnent les êtres humains. Il s’ensuit que les hommes ne peuvent pas, sans une irréligion et une impiété patente, rejeter les préceptes de Dieu, et être les arbitres de leur propre culte. D’autre part, il est impie de nier à Dieu la faculté de déterminer le culte, et de Lui imposer une sorte de devoir d’approuver toutes les formes de culte sans discrimination. La liberté des religions est donc absurde.

    Vatican II, cependant, enseigne que la liberté religieuse est pour l’individu et pour les organisations religieuses un droit qui découle de la notion de dignité humaine. Bien plus, il affirme que cet enseignement concernant la dignité humaine est contenu dans la révélation, mais se garde bien de présenter une référence dans la révélation où Dieu garantit le droit de croire et de pratiquer la religion de votre choix.

    Vatican II enseigne dans Dignitatis Humanae, n. 2:

 

Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.

 

    Certains essaient de défendre le Concile en disant que la seule chose qu’il cherche à dire est que personne ne doit être converti au catholicisme sous la menace du glaive. L’Eglise a toujours enseigné que la conversion ne devait pas se passer de cette manière, et a condamné toute tentative de ce genre. Mais que telle n’est pas l’intention du Concile est visible dans les paragraphes subséquents à celui cité plus haut:

 

La liberté ou absence de toute contrainte en matière religieuse qui revient aux individus doit aussi leur être reconnue lorsqu’ils agissent ensemble. Des communautés religieuses, en effet, sont requises par la nature sociale tant de l’homme que de la religion elle-même.

 

Dès lors, donc, que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, ces communautés sont en droit de jouir de cette absence de contrainte afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes, honorer d’un culte public la divinité suprême, aider leurs membres dans la pratique de leur vie religieuse et les sustenter par un enseignement, promouvoir enfin les institutions au sein desquelles leurs membres coopèrent à orienter leur vie propre selon leurs principes religieux.

 

Les communautés religieuses ont également le droit de ne pas être empêchées, par les moyens législatifs ou par une action administrative du pouvoir civil, de choisir leurs propres ministres, de les former, de les nommer et de les déplacer, de communiquer avec les autorités ou communautés religieuses résidant dans d’autres parties du monde, de construire des édifices religieux, ainsi que d’acquérir et de gérer les biens dont ils ont besoin.

 

Les communautés religieuses ont aussi le droit de ne pas être empêchées d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit.

 

    Ceux d’entre nous qui ont vécu dans un pays tel que les Etats-Unis, où la liberté religieuse décrite dans ces paragraphes est considérée comme un droit civil normal, voire sacré, peuvent ne pas réaliser la malice de ces paroles. Substituer le mot « avortement » à la place de « religion » peut rendre les choses plus claires: « Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à l’avortement. » « Des cliniques d’avortement, en effet, sont requises par la nature sociale tant de l’homme que de l’avortement lui-même. » « Dès lors, donc, que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, ces cliniques d’avortement sont en droit de jouir de cette absence de contrainte afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes, accomplir publiquement des avortements, aider leurs membres dans la pratique de leur avortement et les sustenter par un enseignement, promouvoir enfin les institutions au sein desquelles leurs membres coopèrent à orienter leur vie propre selon leurs principes d’avortement. »

    Faut-il que je continue? Il faut remarquer ici que si odieux que soit le crime de l’avortement, la profession d’une fausse religion est bien plus odieuse aux yeux de Dieu, puisque directement contraire à Ses droits solennels. On ne doit pas oublier que dans le livre de l’Exode (chapitre 32) Dieu ordonna la mise à mort de tous ceux qui avaient pris part au culte du veau d’or, et ne s’en étaient pas repentis. 23000 personnes furent mises à mort. Cet évènement important devait montrer au peuple hébreu la nécessité d’adhérer à la vraie religion, et de fuir les fausses religions. Selon Vatican II, Moïse aurait du proclamer la liberté religieuse pour tous les adorateurs du veau d’or.

    La liberté religieuse, telle qu’elle est enseignée par Vatican II, est en effet une hérésie. Elle fut solennellement condamnée par le Pape Pie IX comme étant contre les Ecritures. De plus, Monseigneur Lefebvre considérait la liberté religieuse comme une hérésie. C’est exactement ce qu’il a dit, lors d’une conversation avec l’abbé Cekada lors d’un dîner à Oyster Bay.

    Troisième hérésie de Vatican II: la nouvelle ecclésiologie. Par ecclésiologie on veut désigner la doctrine de l’Eglise concernant sa propre nature, c’est-à-dire, son essence et ses caractéristiques. Vatican II enseigne une ecclésiologie hérétique, contenue dans Lumen Gentium.

    Le dogme traditionnel de l’Eglise catholique est qu’elle, et elle seule, est la vraie et unique Eglise du Christ, et par conséquent que toute entité hors d’elle est une fausse religion. Cela comprend même les religions schismatiques de l’Est, qui peuvent avoir un sacerdoce et des sacrements valides. Si vous êtes détachés du centre — le Pape — vous n’êtes rien autre qu’une branche morte qui est tombée de la vigne.

    Vatican II a modifié cette doctrine afin d’introduire les autres dénominations chrétiennes dans l’Eglise du Christ, en disant que l’Eglise du Christ, en tant que corps organisé, subsiste dans l’Eglise catholique.

    Que signifie subsister dans? La subsistance est la perfection d’une chose par laquelle elle existe en elle-même, et non dans une autre chose. Par exemple, une couleur ne peut pas exister par elle-même, mais doit toujours exister dans une autre chose, par exemple, dans une peinture, une fleur, un vêtement. Cette « autre chose » doit avoir sa propre subsistance.

    En appliquant cela à l’ecclésiologie, si l’Eglise du Christ ne subsiste pas en elle-même, mais doit subsister dans une autre chose, cela signifie que l’Eglise du Christ est réellement distincte de ce en quoi elle subsiste, c’est-à-dire que ce sont là deux choses différentes par nature. Cela signifie que l’Eglise du Christ n’est pas l’Eglise catholique, et que l’Eglise catholique n’est pas l’Eglise du Christ. Si elles n’étaient pas deux choses de nature différente, alors elles seraient la même chose, et l’on devrait dire que l’Eglise du Christ est l’Eglise catholique, ce qui est précisément le dogme de l’Eglise catholique.

    La doctrine du « subsiste dans » signifie également que l’Eglise du Christ pourrait subsister dans une autre chose, comme l’Eglise luthérienne, par exemple.

    Cette doctrine est merveilleuse pour l’hérésie de l’oecuménisme et la liberté religieuse, mais elle détruit l’enseignement de l’Eglise selon lequel l’Eglise catholique est exclusivement l’Eglise du Christ, et vice versa. L’Eglise du Christ et l’Eglise catholique sont une seule et même chose, et de façon exclusive, si bien qu’aucune autre organisation « chrétienne » ne peut d’aucune façon se donner le nom d’Eglise du Christ. Le seul nom qui leur soit approprié est celui de secte hérétique ou schismatique.

 

    Quatrième hérésie de Vatican II: la collégialité. Cette doctrine, également contenue dans Lumen Gentium, soutient que le sujet (le possesseur) du pouvoir suprême dans l’Eglise est le collège des évêques. Voyez ce que dit le Concile:

 

L’ordre des évêques, qui succède au collège apostolique dans le magistère et le gouvernement pastoral, bien mieux dans lequel le corps apostolique se perpétue sans interruption constitue, lui aussi, en union avec le Pontife romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain.

 

    Ceci est une hérésie. Car l’Eglise catholique enseigne que le Pontife Romain est la tête de l’Eglise catholique. Ecoutez le Concile de Florence: « Nous définissons également que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur toute la terre; que ce Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, le chef des Apôtres et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens; qu’à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l’Église comme le disent les actes des conciles oecuméniques et les saints canons. » (Décret pour les Grecs, 6 juillet 1439).

    Le Pape Pie VI a condamné la doctrine suivante: « Les évêques tous ensemble et en un seul corps gouvernent la même Eglise, chacun avec pouvoir plénier. »

    Certains essaient de sauver Vatican II de l’hérésie en disant que le Concile affirme que le Pape est la tête de ce collège, qui ne peut agir sans lui. Mais cela ne sauve pas le Concile de l’hérésie, parce que le Pape ne devient dans ce cas qu’un simple membre du collège des évêques, et uniquement une condition de leur pouvoir, et non la source de leur pouvoir.

    D’autres essaient de sauver le Concile en soulignant que le document affirme que le Pape est la tête de l’Eglise: « En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours exercer librement. » Mais c’est là une tentative futile. Aucune organisation ne peut avoir deux têtes, deux législateurs suprêmes. Par exemple, il est impossible que le roi et le parlement soient simultanément le législateur suprême. L’un d’eux doit avoir le dernier mot, auquel l’autre est subalterne. Le roi Charles Ier d’angleterre fut décapité pour avoir maintenu la suprématie du roi sur le parlement.

    D’autres encore veulent sauver le Concile en citant la Note Explicative Préliminaire (la Nota Praevia), mais cela n’est d’aucun secours, puisqu’elle ne fait pas partie du document accepté par les évêques. Le théologien moderniste Yves Congar l’a tout de suite remarqué, quand il était peritus au Concile. Par ailleurs, il n’y a rien dans la Nota Praevia qui annule l’hérésie conciliariste du document.

    La doctrine catholique affirme que le Pape, en tant que chef suprême de l’Eglise, peut inviter les évêques à un concile général, dans lequel, par son consentement, ils participent à son pouvoir de gouverner l’Eglise. En dehors de ces conciles généraux, l’autorité des évêques se limite à leurs diocèses. Le pouvoir de gouverner le diocèse vient du Christ, mais il leur vient par l’intermédiaire du Pontife Romain, qui peut leur retirer ce pouvoir quand il le veut. Le Pape Pie XII a enseigné dans l’Encyclique Mystici Corporis: « Pourtant, dans leur gouvernement, ils ne sont pas pleinement indépendants, mais ils sont soumis à l'autorité légitime du Pontife de Rome, et s'ils jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife. » (n. 42)

 

    Monseigneur Fellay se rend aux modernistes sur la question du Concile. Il y a environ un an, le Vatican a déclaré à la Fraternité Saint Pie X qu’il ne pouvait y avoir aucun espoir de réconciliation tant que la FSSPX n’accepterait pas Vatican II et le magistère subséquent. En disant qu’il n’y a pas d’hérésie dans Vatican II, Mgr Fellay affirme que Vatican II est orthodoxe, c’est-à-dire, catholique, et n’offense pas la foi catholique.

    S’il en est ainsi, alors quelle est la raison de tout ce que nous faisons depuis cinquante ans?

 

    Monseigneur Fellay se rend également sur la question de la Nouvelle Messe. Mgr Fellay fait cette affirmation importante: « Toute Nouvelle Messe n’est pas toujours directement un scandale, mais la célébration répétée de la Nouvelle Messe mène à un affaiblissement ou même à une perte de la foi. »

    Question: comment pourrait-elle ne pas être un scandale si elle mène à la perte de la foi? Comment une Eglise infaillible et indéfectible, l’Eglise du Christ, assistée par le Saint Esprit, la colonne et le fondement de la vérité, comme l’appelle saint Paul, pourrait-elle promulguer au monde entier un rite qui mène? L’affirmation de Mgr Fellay tombe sous l’anathème du Concile de Trente: « Si quelqu’un dit que les cérémonies, les ornements et les signes extérieurs que l’Eglise catholique utilise dans la célébration des messes incitent à l’impiété, plutôt qu’aux offices de piété, qu’il soit anathème. »

    Mgr Fellay affirme dans cette même interview que la Messe traditionnelle est comme une trompette d’argent, tandis que la Nouvelle Messe est comme une trompette de cuivre:

 

Je dis seulement que si vous recevez un chef d’Etat, et que vous avez le choix entre une trompette en argent et une trompette en cuivre, choisiriez-vous la trompette en cuivre? Ce serait une insulte. Vous ne le feriez pas. Même les meilleures Nouvelles Messes sont comme des trompettes en cuivre, en comparaison à la liturgie traditionnelle. Pour Dieu, nous choisirions le meilleur.

 

    La seule conclusion que l’on puisse inférer de cette affirmation c’est que la Nouvelle Messe est une Messe catholique, simplement inférieure à la Messe traditionnelle. Après tout, ce sont toutes les deux des trompettes! La trompette en argent est simplement plus jolie que la trompette en cuivre. Je pense qu’une meilleure analogie aurait été de comparer la Nouvelle Messe non pas à une trompette en cuivre, mais à un énorme éléphant dégageant des gaz.

    Mgr Fellay, jusque récemment, était le supérieur de l’organisation qui se fait passer pour le rempart de la tradition, l’unique espérance des fidèles catholiques qui veulent se protéger de Vatican II et de ses réformes. Et pourtant il est complètement perdu en ce qui concerne les plus hauts principes directeurs de résistance à Vatican II. D’un côté il dit que la Nouvelle Messe affaiblit ou détruit la foi — ce qui veut dire que c’est un poison — et puis quelques lignes plus loin il dit que c’est une trompette de cuivre et non une trompette d’argent, signifiant qu’il n’y a qu’une différence de qualité entre les deux Messes.

    C’est pour cette raison que nous nous réjouissons de nous être séparés de la FSSPX en 1983. Nous avions vu les débuts de cette confusion théologique, cette théologie à la Maxine Waters, et nous ne voulions surtout pas y prendre part.

    Peut-être sommes-nous peu en comparaison de la FSSPX, mais nous ne sommes pas théologiquement confus. Comme disait le Père Garrigou-Lagrange: « Mille idiots ne valent pas un génie. » Et bien, de même, mille prêtres confus ne valent pas un prêtre avec la tête bien accrochée.

 

Sincèrement vôtre dans le Christ,

 

Monseigneur Donald J. Sanborn

Recteur

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Sacre épiscopal de l'abbé Selway

Publié le par Études Antimodernistes

Monseigneur Donald J. Sanborn, ayant eu récemment de graves soucis de santé, dont il s'est bien remis, Dieu merci, a pris la grave décision de consacrer au plus tôt un successeur. L'abbé Joseph Selway sera donc consacré évêque le 22 février 2018, au Séminaire de la Très Sainte Trinité (en Floride, aux États-Unis). Nous publions ici la traduction du passage de la dernière Newsletter annonçant la consécration (la date n'était alors pas encore déterminée) :

 

L'abbé Selway sera consacré au printemps. Évidemment tôt ou tard il fallait que je choisisse quelqu'un qui me succède dans ce que je fais et dis. J'aurais soixante-huit ans en février. J'ai pensé faire cette consécration depuis un bon moment, et la Providence divine a maintenant indiqué, il me semble, le temps opportun.

L'abbé Selway est le candidat tout désigné pour être évêque. Il est sous ma tutelle depuis ses six ans. Il connaît profondément nos principes et nos manières de faire. Il jouit déjà du respect de tous les prêtres associés avec nous dans l'Institut Catholique Romain. Il a une excellente réputation. Je ne connais personne qui présenterait la moindre objection à ce choix. De nombreux prêtres se fient déjà à sa direction.

Ordonné en 2001, il célébrera son 16ème anniversaire d'ordination ce 8 décembre. Il aura quarante ans en janvier. Il a donc et l'âge et l'expérience pour être évêque.

C'est un homme de foi ferme et de piété profonde, et un travailleur déterminé. Il sera un grand atout pour le mouvement traditionnel.

Je n'ai pas encore fixé de date pour la consécration, puisqu'un évêque a besoin d'un bon nombre de choses. Il doit aussi apprendre les différents rites sacramentels propres à l'évêque.

Veuillez prier pour l'abbé Selway. Être évêque aujourd'hui n'est pas facile. C'est une lourde charge.

La consécration de l'abbé Selway ne signifie pas que je me mettrais en retraite. Avant Vatican II, les prêtres et les évêques ne se mettaient jamais vraiment en retraite ; ils ralentissaient seulement.

Je n'ai pas l'intention de ralentir, mais avoir un autre évêque disponible pour aller aux nombreux endroits qui requièrent mes services allégera mon fardeau.

L'abbé Selway et Monseigneur Sanborn

 

Mgr Guérard des Lauriers a longuement expliqué la nécessité des consécrations épiscopales à notre époque.1 L'importance de la consécration d'évêques fidèles, pour la continuation de la Mission de l’Église, est cruciale. Le pouvoir d'ordre et de juridiction doivent toujours se trouver dans l’Église, mais de façon différente. Si, dans une situation de vacance, le pouvoir de juridiction n'existe plus qu'en puissance, le pouvoir d'ordre, lui, doit toujours demeuré en acte dans l’Église. Il suffit (et il est nécessaire) à l'indéfectibilité de l’Église que soit toujours conservé la possibilité d'élire un nouveau Pape, et de cette façon le pouvoir suprême peut être conservé dans l’Église seulement en puissance ; c'est-à-dire que, n'existant pas actuellement, il peut être acquis à l'avenir. Les électeurs ne donnent pas en effet le pouvoir de juridiction suprême à l'élu du conclave, mais seulement la désignation. Notre Seigneur Lui-même confère l'autorité à l'élu qui a dûment accepté l'élection (voir les nombreux articles sur le sujet). Le pouvoir d'ordre, par contre, ne peut pas être préservé seulement en puissance : il faut qu'il se trouve toujours en acte, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait jusqu'à la fin du monde des hommes actuellement investis du pouvoir des saints ordres, et qui transmettent ce pouvoir d'âge en âge. La préservation de l'ordre exige la préservation de l'épiscopat, sans lequel les saints ordres finiraient par disparaître.

L'abbé Francesco Ricossa, dans le Sodalitium n°44, a amplement répondu aux objections soulevées contre les consécrations épiscopales sans mandat apostolique. Les évêques ainsi consacrés sont évêques quant à l'ordre, mais non quant à la juridiction.

 

 

1Mgr Guérard des Lauriers O.P., Consacrer des évêques ? paru dans le Sodalitium n°16, de mars-avril 1988, republié dans Le Problème de l'Autorité et de l’Épiscopat dans l’Église, Collection Cassiciacum, Tome II, CLS Verrua Savoia, 2006.

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MHTS Newsletter - Mars 2017

Publié le par Études Antimodernistes

Par Mgr Donald J. Sanborn

 

Most Holy Trinity Seminary Newsletter, Mars 2017.

EtudesAntimodernistes.fr, Mars 2017.

 

 

[L'infaillibilité disciplinaire de l’Église faussement contestée]


 

Bien chers fidèles,

Dans la photo au milieu de la page, vous pouvez voir nos ordinands. M. l'abbé Damien Dutertre, de France (en tunique blanche), a reçu le sous-diaconat ; les autres ont reçu l'un des ordres mineurs. En juin, j'ordonnerai M. l’abbé Dutertre au diaconat, et les quatre autres au prochain ordre mineur. Comme toujours souvenez-vous des séminaristes dans vos prières. Ce sont vos futurs prêtres. Leur formation et leur persévérance au séminaire est d’importance capitale pour l'Église à l'avenir.

Reconnaître et résister. Récemment, un article paru dans The Remnant [journal américain « traditionaliste » qui soutient la position et la politique de la fraternité] par M. Robert Siscoe1 pour défendre la position reconnaître et résister adoptée par rapport à la papauté dans la situation présente.

Pour ceux qui ne connaissent pas très bien ce dont je parle, cette position (R & R) stipule que nous devons reconnaître les « papes » de Vatican II et leur hiérarchie comme de véritables papes et une véritable hiérarchie catholique, et en même temps résister à tout ce qui est faux dans leur enseignement ou mauvais dans leurs disciplines.

Cette position fut adoptée à l'origine par Mgr. Lefebvre, qui disait que nous devons trier le magistère Novus Ordo, n'acceptant que ce qui est en accord avec la Tradition, et rejetant le reste. La Fraternité Saint Pie X a fonctionné sur ce principe depuis ses débuts, dans les années 1970. Il semble qu'ils [les membres de ladite fraternité] s’uniront bientôt aux modernistes, ce qui changera nécessairement leur position en reconnaître et accepter.

Il y a maintenant une résistance à la volonté de la FSSPX de ralier les modernistes. Ils [les membres de la résistance] ne sont pas très nombreux ; ils sont désorganisés. Mais ce sont eux qui portent le flambeau de la position R & R.

La position Reconnaître et Résister soutient que l'Église catholique est capable d'errer, même dans la foi, et ce lorsqu'elle enseigne universellement la doctrine et promulgue des disciplines universelles, y compris le droit canonique et la liturgie sacrée.

Dans un tel cas, selon le système R & R, ceux qui empêchent l’Église de défaillir sont les fidèles qui résistent à ces fausses théories et mauvaises disciplines. L’Église, en d'autres termes, reste fidèle non par le pape et la hiérarchie, mais par les résistants.

Ces promoteurs de la position R & R recherchent des faits historiques afin de renforcer leur position. Ils essaient de trouver dans le passé des cas où « l'Église a commis une erreur » mais fut sauvée par les brebis rebelles.

M. Siscoe a pensé avoir trouvé un exemple au moyen-âge. Cela concerne le Privilège Paulin. Le Privilège Paulin est une loi de l'Église basée sur l'enseignement de saint Paul. Il consiste en ce que dans le cas du mariage de deux non baptisés, si l'un venait à se convertir la foi catholique, et l'autre persécutait le catholique, alors le mariage serait dissous. Cela s'appliquerait même si le parti non baptisé devait simplement blasphémer le Christ en face du parti catholique.

Le pape Célestin III (1191-1198) laissa une décision dans laquelle il affirmait son opinion selon laquelle le Privilège Paulin pourrait également s'appliquer à des personnes dans un mariage catholique, si l’une des deux devenait hérétique. Il ne publia cependant aucune loi universelle sur ce sujet.

Son successeur, le pape Innocent III (1198-1216), déclara que Célestin avait eu tort à ce sujet. Cependant, à l'époque, l'interprétation du privilège paulin était disputée et non encore définie. Saint Robert Bellarmin l’atteste.2

M. Siscoe prétend qu'un pape postérieur, Grégoire IX, promulgua comme loi universelle l'interprétation de Célestin III, imposant ainsi à toute l'Église une loi mauvaise permettant l'adultère.

M. Siscoe pensait avoir le parfait argument en faveur des R & R, et contre les sédévacantistes. Car les sédévacantistes soutiennent qu'il est impossible que toute la hiérarchie catholique enseigne l’erreur en matière de foi et de mœurs, ou que l'Église puisse prescrire ou même permettre une pratique contraire à la foi ou à la morale. Puisqu'il est certain que les papes et les évêques de Vatican II ont précisément agi de la sorte, c'est un signe certain qu'ils ne sont pas de vrais papes ni de véritables évêques catholiques.

Ce qui est particulièrement alarmant, c'est l’allégresse de M. Siscoe dans sa « découverte, » comme s'il avait découvert un trésor. Il semble ravi d’avoir prouvé que l'Église catholique puisse permettre, par une loi universelle, une chose mortellement peccamineuse, contraire à la loi divine. Cela, il l’affirme malgré les nombreux témoignages de papes et de théologiens déclarant la chose impossible.

Pourquoi M. Siscoe se réjouit-il tant de cette doctrine condamnée ? Parce qu’elle lui apparaît comme l'épingle qui fera éclater le « ballon théologique sédévacantiste ». Les sédévacantistes soutiennent en effet, comme je l'ai déjà dit, que la preuve de la non-papauté des « papes » de Vatican II est précisément qu'ils ont autorisé comme lois universelles, des pratiques qui sont des mortellement peccamineuses. Comme une telle aberration est impossible en vertu de l'assistance du Saint-Esprit envers son Église, il est clair que ces soi-disant papes ne bénéficient pas de cette assistance et donc ne jouissent pas du pouvoir d'enseigner, de gouverner et de sanctifier l’Église. Ce ne sont pas de vrais papes ; en fait, ils ne peuvent pas être de vrais papes, sauf si l'on est disposé à affirmer que le Saint-Esprit ne préserve pas les papes d’enseigner l'erreur doctrinale à toute l’Église. Mais cela est contraire à la foi.

M. Siscoe semblait penser avoir trouvé une preuve historique irréfutable contre les sédévacantistes.

Recherche insuffisante. M. Siscoe n'a pas fait de recherches suffisantes concernant le sujet. L'interprétation du pape Célestin n'a jamais été promulguée comme loi universelle. Le pape Grégoire IX ordonna spécifiquement que la décision particulière de Célestin fût retirée de ce qu'il allait publié sous le nom de Décrétales. Cette information est facilement accessible dans les manuels et encyclopédies de droit canon. L’abbé Cekada a exposé les recherches défectueuses dans une vidéo disponible sur YouTube intitulée Siscoe, Celestine, et Sedevacantism [M. Siscoe, le pape Célestin et le sédévacantisme], que je recommande à tous de regarder [vidéo en anglais uniquement]. L’abbé Cekada aborde le sujet avec son humour et son à propos habituels.

1M. Robert Siscoe est le co-auteur d’un livre de 800 pages contre le sédévacantisme [True or False Pope : Vrai ou Faux Pape].

2« Je réponds que ni Célestin ni Innocent n’ont décrété quelque chose de certain à ce sujet, mais les deux ont répondu ce qui leur semblait le plus probable. Cela est manifestement déduit des paroles du pape Innocent qui, quand il affirme que son prédécesseur pensait différemment, indique par là que tout le sujet était encore matière à opinion. » (Controverses de la Foi Chrétienne sur le Pontife Romain, Livre IV, chapitre 14.)

En anglais uniquement.


 

L'enseignement de l'Église. L'Église est assez claire dans son enseignement sur l'infaillibilité de ses lois et disciplines universelles. Grégoire XVI dit dans l’encyclique Quo Graviora du 4 octobre 1833 : « Est-il possible que l'Église, qui est le pilier et le fondement de la vérité et qui reçoit continuellement du Saint-Esprit l'enseignement de toute vérité, puisse ordonner, accorder ou permettre ce qui irait au détriment du salut de l'âme, au mépris et au préjudice d’un sacrement institué par le Christ ? »

Le même pontife déclara dans l’encyclique Mirari Vos du 15 août 1832 : « Ce serait donc un attentat, une dérogation formelle au respect que méritent les lois ecclésiastiques, de blâmer, par une liberté insensée d'opinion, la discipline que l'Église a consacrée, qui règle l'administration des choses saintes et la conduite des fidèles, qui détermine les droits de l'Église et les obligations de ses ministres, de dire que cette discipline est opposée aux principes certains du droit naturel, ou de la présenter comme défective, imparfaite, et soumise à l'autorité civile. »

Le pape Pie VI (1775-1799) dans la Bulle Auctorem Fidei condamna comme « fausse, téméraire, scandaleuse, dangereuse, offensive aux oreilles pies, injurieuse à l'Église et à l'Esprit de Dieu par qui Elle est guidée, au moins erronée », la proposition que « l'Église qui est gouvernée par l'Esprit de Dieu aurait pu établir une discipline dangereuse et nuisible ». 1 Saint Augustin, rappelant ces choses « que l'Église fait dans le monde entier », disait : « et donc de discuter si cela doit se faire de cette manière relève de la folie la plus insolente. » (Epist. 169 ad Januar. De variis cosuetudinibus regionum, cap. V.)

Tous les théologiens catholiques affirment, en outre, qu'il est au moins théologiquement certain que l'Église ne peut pas errer dans ses disciplines universelles, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas prescrire ou rejeter, ou même permettre quelque chose de peccamineux. Le fameux théologien Jean de saint Thomas appelle hérétique l'idée que l'Église puisse faire une telle chose.2

De plus, l'indéfectibilité de l'Église est une doctrine qui appartient à la foi. Nous sommes tenus, par la foi, de croire que l'Église, en tant qu'institution, perdurera jusqu'à la fin des temps et perdurera dans le même état dans lequel le Christ l'a fondée. Cela signifie qu'Elle ne peut subir aucun changement substantiel de doctrine, de mœurs ou de disciplines.

Mais tous les traditionalistes s'entendent pour dire que les enseignements et les pratiques promulgués par les papes et les évêques de Vatican II sont contraires à la foi et aux mœurs. Sinon pourquoi leur résister ?

Nous autres, sédévacantistes, raisonnons donc de cette manière : puisque nous sommes tenus de croire que l'Église ne peut jamais défaillir, et puisqu'il est au moins théologiquement certain que l'Église ne peut jamais prescrire ou tolérer ce qui est peccamineux, alors nous devons dans le cas de Vatican II et de ses changements, chercher la cause de la défection ailleurs. Ce qui peut faire défection, évidemment, c'est la foi des hommes nommés pour être chefs de l’Église. Nous pouvons donc conclure que ceux qui sont apparemment papes ou évêques ne peuvent pas l’être, puisqu'ils ont promulgué de fausses doctrines, de mauvaises disciplines et également de fausses pratiques liturgiques. En d'autres termes, ils nous ont montré qu'ils sont de faux pasteurs, parce qu'ils ont contredit l'enseignement de l'Église et ont promulgué des disciplines mauvaises, ce que la véritable hiérarchie catholique ne peut pas faire en raison de l’assistance du Saint-Esprit.

Notre argument repose sur les fondements très solides de la doctrine catholique concernant l'indéfectibilité et l'infaillibilité de l’Église. Succinctement : Si les changements de Vatican II sont une défection de la foi catholique, alors nous sommes obligés par la foi de tirer la conclusion certaine que ceux qui les promulguent ne jouissent pas de l'assistance du Saint-Esprit, et ne sont pas la véritable hiérarchie de l'Église catholique.

Sur quelle base la position reconnaître et résister repose-t-elle? La position des R & R repose sur des doctrines condamnées. Elle repose sur des principes qui sont certainement faux, et peut-être même hérétiques.

Le système R & R est à mettre dans le même sac que les gallicans, les vieux catholiques, et Hans Küng, qui sont tous hérétiques. Ils affirment la même chose que les R & R : que la hiérarchie entière pourrait enseigner le mensonge ou promulguer de mauvaises lois, mais que l'Église serait infaillible et indéfectible parce que les gens rejetteraient ces choses.

Reconnaître et résister, en affirmant que L'Église peut prescrire ou permettre des actes peccamineux dans ses lois universelles, est, comme l'a dit Pie VI, une doctrine fausse, téméraire, scandaleuse et dangereuse. Elle détruit l'essence même de l'Église, qui est l'assistance du Saint-Esprit à la hiérarchie de l'Église. Elle infecte les laïcs d'une attitude perverse, protestante, en passant au tamis tout ce que Rome dit, en prenant ce qui leur plaît et rejetant ce qui leur semble défectueux. Elle réduit l'Église à une institution purement humaine soumise aux faiblesses et aux vicissitudes de la fragilité et de l'ignorance humaines.

Le Christ a promis l'assistance à la hiérarchie de l'Église. Il n'a pas promis l'assistance à ceux qui reçoivent la doctrine de la hiérarchie. S'il y a défection de la foi de la part de la hiérarchie, les fidèles n'ont qu'une chose à faire : les fuir comme de faux pasteurs et les dénoncer comme tels. Saint Paul dit : « Mais si nous-mêmes, ou un ange du ciel, vous évangélisait autrement que que nous vous avons évangélisés, qu'il soit anathème. Comme nous l'avons déjà dit, ainsi je le répète : si quelqu'un vous annonce un autre évangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème. » (Galates I, 8-9). Remarquez qu'il n'y a là aucun commandement de « trier », ou de « reconnaître et résister ».

La défection de la foi continue. Puisque nous sommes sur le sujet de la défection de la foi de la part du Novus Ordo, nous devons examiner le dernier commentaire d'Amoris Laetitia, l’encyclique « la joie de l'amour » de Bergoglio, ou plutôt, comme certains ont dit, « la joie de l'adultère. »

Le cardinal Novus Ordo Francesco Coccopalmerio est chargé au Vatican d’interpréter les lois du Novus Ordo. Il a dit récemment que les couples qui vivent dans des unions adultères ou fornicatrices peuvent rester ensemble et avoir des relations, pourvu qu'ils désirent changer leur situation, sans pouvoir agir selon leur désir, parce que cela conduirait à un autre péché.

Il donne l'exemple d’une femme qui cohabite avec un homme divorcé et ses enfants. Selon le Cardinal N.O., cette femme « a sauvé l'homme d'un état de désespoir profond, probablement de la tentation du suicide ». Il souligne qu'elle l'a aidé à élever les enfants et a fourni l'occasion d'ajouter un nouvel enfant à la famille.

« Mais évidemment, dit Coccopalmerio, elle ne peut pas [quitter l'homme]. Si en effet, elle quittait l’union, l'homme retournerait à la situation précédente, les enfants seraient laissés sans mère. »

Selon le cardinal, laisser les enfants serait un « nouveau péché. »

Le cardinal se rend-il compte qu'elle n’est pas leur mère du tout, pas même une belle-mère, mais simplement une maîtresse ?

Tout comme Bergoglio, le Cardinal a l'absurde prétention de maintenir l'enseignement traditionnel de l'Église en l'appelant un « idéal. » « L’Église ne doit d’aucune façon renoncer à proposer l’idéal complet du mariage, le plan de Dieu dans toute sa grandeur [...] Toute forme de relativisme, ou un respect excessif en le proposant serait un manque de fidélité à l’Évangile de même qu’un manque d'amour de l'Église. »

Ainsi, les termites modernistes, qui commencèrent leur travail avant Vatican II, ont maintenant pénétré l'enseignement moral de l'Église catholique, niant la doctrine sacro-sainte de l'indissolubilité du mariage en permettant l'adultère et la fornication.

Bien qu’il faille s’en attrister, cela n'est pas du tout surprenant. Est-il surprenant que les termites finissent par tout détruire ?

Ce qui est plus déplorable et vraiment surprenant, c'est l'attitude des conservateurs Novus Ordo qui vont d'une manière ou d'une autre défendre cette interprétation comme conforme à la tradition, et qui vont condamner comme « extrêmes » et « dans l'erreur » ceux qui qui soulignent la rupture avec la tradition et les conséquences logiques qui en découlent nécessairement et que j'ai décrites plus haut. Leur affirmation que « rien n'a changé » est une pure fiction, et ne résistera pas à l'épreuve du temps.


 

Sincèrement vôtre dans le Christ,

Mgr. Donald J. Sanborn

Recteur

 

 

1Denzinger n° 1578.

2Jean de Saint-Thomas pense ainsi : « En ce qui concerne la substance et la morale de la loi, que le Pontife propose couramment, comme une règle de mœurs à suivre, ce serait hérétique d'affirmer que l'Église pourrait errer, de telle manière qu'elle puisse soit permettre, soit prescrire quelque chose de destructeur, ou contre les bonnes mœurs, ou la loi naturelle ou la loi divine ». De même saint Thomas d'Aquin prouve que ces choses sont convenables qui se font dans la célébration de l'Eucharistie. Il donne comme raison : « la coutume de l'Église, qui ne peut pas errer, puisqu'elle est dirigée par le Saint-Esprit. » (IIIa. q.83, art.5). Le Concile de Trente, session XXII, can. 7 déclare : « Si quelqu'un dit que les cérémonies, les ornements et les signes extérieurs que l'Église catholique utilise dans la célébration des messes incitent à l'impiété, plutôt qu’aux offices de piété, qu'il soit anathème. »

Publié dans MHTS Newsletter

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