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Une Messe Sans Consécration Approuvée par JP II

Publié le par Études Antimodernistes

Par Monseigneur Donald J. Sanborn

 

MHT Seminary Letter to Benefactors, Février 2002.

EtudesAntimodernistes.fr, Mai 2016.

 

Jean Paul II Approuve une Messe

qui Ne Comporte Pas de Consécration

 

Le 20 Juillet 2001, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le remplacement du Saint-Office dans le Novus Ordo, a publié un document qui dévaste toute la doctrine sacramentelle catholique. Le document n'a été rendu public qu'en Octobre 2001.

 

Le document s'intitule Guidelines for Admission to the Eucharist between the Chaldean Church and the Assyrian Church of the East (Lignes Directrices pour l'Admission à l'Eucharistie entre l’Église Chaldéenne et l’Église Assyrienne d'Orient). Le texte original du Vatican est en anglais.

 

L'Église Assyrienne d'Orient à laquelle le document se réfère est un groupe du Moyen-Orient, qui était à l'origine catholique, mais qui a adopté l'hérésie du nestorianisme, à la fin du cinquième siècle. Elle est plus communément appelée l’Église Nestorienne. L'hérésie Nestorienne, du nom de son fondateur Nestorius, soutient que dans le Christ il y a deux personnes, l'une humaine et l'autre divine. Les Nestoriens sont particulièrement connus pour le fait de nier que Notre-Dame est la Mère de Dieu. Cette doctrine et son auteur furent condamnés au concile d’Éphèse en l'an 431. Au XVIIIe siècle, une partie d'entre eux firent scission et voulurent retourner à Rome. Ils furent acceptés, et sont connus sous le nom de Catholiques Chaldéens.

 

Jean-Paul II, dans son empressement maniaque à faire de l’œcuménisme, a signé une Déclaration Christologique Commune avec cette Église Nestorienne hérétique et schismatique en 1994. Cette déclaration est sensée avoir effacé les différences doctrinales entre le nestorianisme et le catholicisme. Rappelez-vous la Déclaration Commune similaire avec les luthériens, qui, selon Wojtyla, accomplit l'unité sur la question de la justification, mais qui revient en fait à mettre le Concile de Trente à la poubelle.

 

Ainsi, maintenant que les fidèles du Novus Ordo et les Nestoriens sont d'accord en ce qui concerne le Christ et Sa mère, rien ne s'oppose plus à une intercommunion entre eux.

 

Le document, qui a été explicitement approuvé par Wojtyla, permet aux catholiques chaldéens d'assister aux messes des Nestoriens, et d'y recevoir la communion.

 

Cela n'a cependant rien de nouveau. Vatican II a permis un tel comportement hérétique et sacrilège pour les catholiques, et le Code de droit canonique de 1983 autorise expressément cette pratique dans certains cas.

 

Il y a, néanmoins, un détail étonnant à propos de cet acte œcuménique. De l'aveu même du Vatican, les Nestoriens n'ont pas de formule de consécration dans leur anaphore (canon) de la messe. Leur prêtre ne récite jamais les paroles de la consécration, « Ceci est mon Corps, » « Ceci est le calice de Mon sang... » ni les mots suivants. Et il ne récite rien non plus d'équivalent.

 

Le texte du Vatican affirme :

La principale difficulté pour l’Église catholique d'accepter cette demande, était liée à la question de la validité de l'Eucharistie célébrée avec l'anaphore d'Addai et Mari, l'une des trois anaphores traditionnellement utilisées par l’Église Assyrienne d'Orient. L'anaphore d'Addai et Mari est remarquable parce que, depuis des temps immémoriaux, elle a été utilisée sans récitation du Récit de l'Institution.

 

Par « Récit de l'Institution, » ils entendent ce que les catholiques appellent communément la formule de consécration, c'est-à-dire les mots essentiels qui sont la forme du sacrement. Dans l'Église Catholique, par l'institution du Christ lui-même, la formule est « Car ceci est Mon Corps » pour la consécration du pain, et « Ceci est le calice de Mon Sang, de la nouvelle et éternelle alliance, le mystère de foi, qui pour vous et pour beaucoup sera répandu pour la rémission des péchés » pour la consécration du vin.

 

Ni ces mots, ni rien de semblable, ne se trouvent dans la liturgie nestorienne. Dans leurs liturgies, l'un des canons ou « anaphore » qu'ils utilisent est la très ancienne Anaphore d'Addai et Mari1. Dans cette anaphore, on ne trouve pas les paroles de la consécration que Notre Seigneur a utilisé à la dernière Cène. Il n'y a même rien d'équivalent. Mais les mots suivant prennent la place de la consécration :

O Seigneur, que votre saint Esprit vienne et repose sur cette offrande de vos serviteurs, et la bénisse et la sanctifie : afin qu'elle soit pour nous, ô Seigneur, la propitiation des fautes et la rémission des péchés et la grande espérance de la résurrection d'entre les morts et une nouvelle vie dans le royaume des cieux avec tous ceux qui sont agréables à Vos yeux.

 

Belles paroles, certes, mais malheureusement, qui ne produisent pas le sacrement. Ces mots sont une formule présente dans toutes les liturgies de rite oriental connu sous le nom d'épiclèse, qui est une invocation au Saint-Esprit pour bénir et sanctifier le pain et le vin. Les grecs orthodoxes soutiennent que sans l'épiclèse il n'y a pas sacrement valide.

 

 

La Substance des Sacrements

 

Il est de foi que le Christ a institué les sacrements. Nous devons y croire par la foi surnaturelle. Cela signifie qu'il a donné aux sacrements leur nature, leur substance. Il a fait cela en assignant l'utilisation d'un certain élément physique en conjonction avec certains mots. Dans certains cas, il a spécifié à la fois l'élément et les mots, comme pour le Baptême et l'Eucharistie. Dans d'autres cas, il a expliqué aux Apôtres la nature du Sacrement, a déterminé en général l'élément et les mots, et a laissé à l’Église la détermination des éléments et des mots spécifiques.

 

L’Église enseigne qu'Elle n'a pas le pouvoir de changer ce qui se rapporte à la substance des sacrements2.

 

Il est communément admis par les théologiens que dans les sacrements dans lesquels notre Seigneur n'a pas déterminé précisément l'élément et les mots, l’Église est libre de modifier ces choses, à condition que la substance, c'est-à-dire la nature ou l'essence, du sacrement reste la même.

 

Les premiers Pères de l’Église parlent toujours d'un élément physique et de certains mots utilisés avec celui-ci pour la confection des sacrements.

 

Au cours des siècles, les théologiens commencèrent à appeler l'élément physique la matière du sacrement, et les mots la forme du sacrement. Bien que les termes matière et forme ne sont pas de foi, ils sont directement déduits de la foi, qui est que le Christ a déterminé la substance des sacrements. Pour que le sacrement ait une substance, une nature, une essence, elle doit être spécifiée d'une manière ou d'une autre, et cette spécification résulte d'une matière et d'une forme déterminées.

 

Par exemple, l’Église ne peut pas approuver l'utilisation du lait ou du vin comme la matière pour le baptême. Elle ne peut pas approuver l'utilisation des cendres comme la matière pour la confirmation. Pourquoi ? Parce que ces éléments ne signifieraient pas ce que le Christ a déterminé comme substance de ces sacrements.

 

De même, l’Église ne peut pas modifier les paroles du sacrement d'une manière telle qu'ils ne transmettraient plus le sens voulu par le Christ. Le pape Léon XIII a raisonné ainsi quand il a déclaré que la forme anglicane de l'Ordre était défectueuse et invalide, car insuffisamment spécifique. En d'autres termes, elle n'exprimait pas la substance du sacrement3.

 

Supposons un instant, pour les besoins du raisonnement, que Jean-Paul II soit un vrai pape. Étant donné qu'il a abandonné les paroles de la consécration, la forme du sacrement de l'Eucharistie, il nous faudrait conclure une de ces deux choses :

  • Les paroles du Christ à la dernière Cène n'appartiennent pas à la substance de la Sainte Eucharistie, ou

  • Les paroles du Christ à la dernière Cène appartiennent à la substance de la Sainte Eucharistie, mais l’Église a le droit de modifier la substance des sacrements.

Il n'y a pas de troisième possibilité. Or chacune de ces deux conclusions est contraire à l'enseignement et à la pratique immémoriale de l’Église catholique, et contre le consentement unanime des Docteurs et des théologiens de l’Église, ainsi que contre toute la tradition liturgique de l'Église catholique.

 

La première conclusion, que les paroles du Christ n'appartiennent pas à la substance du sacrement, est contraire au Concile de Florence, qui a déclaré :

Les paroles du Sauveur, par lesquelles il a institué ce sacrement, sont la forme de ce sacrement ; car le prêtre parlant en la personne du Christ effectue ce sacrement. Car, par la puissance des mots mêmes la substance du pain est changée en corps du Christ, et la substance du vin en sang ; cependant d'une manière telle que le Christ est contenu entier sous l'espèce du pain, et entier sous l'espèce du vin4.

 

Elle est en outre contraire à l'enseignement du Pape Pie XII dans Mediator Dei :

L'immolation non sanglante aux paroles de la consécration, quand le Christ est rendu présent sur l'autel dans l'état d'une victime, est effectuée par le prêtre et par lui seul, en tant que représentant du Christ et non en tant que représentant des fidèles.

 

La deuxième conclusion, que l'Église puisse changer la substance d'un sacrement, est contraire au concile de Trente :

Il [le Concile] déclare en outre que cette puissance a toujours été dans l'Église, que, dans l'administration des sacrements, à l'exception de leur substance, elle peut déterminer ou modifier tout ce qu'elle peut juger être plus opportun pour le bénéfice de ceux qui les reçoivent ou pour la vénération des sacrements, selon la diversité des circonstances, des temps et des lieux5. [italiques ajoutés]

 

Elle est également contraire à l'enseignement du pape Pie XII contenue dans Sacramentum Ordinis :

Et à la place de ces sacrements institués par le Christ Seigneur l’Église au cours des siècles n'a pas, et ne pourrait pas substituer d'autres sacrements, puisque, comme le Concile de Trente l'enseigne, les sept sacrements de la nouvelle loi ont été tous institués par Jésus-Christ, notre Seigneur, et l'Église n'a aucun pouvoir sur la « substance des sacrements, » c'est-à-dire sur ces choses que, selon le témoignage des sources de la révélation divine, le Christ Seigneur a lui-même décrétées comme devant être conservées dans un signe sacramentel…

 

En ce qui concerne la forme de la Sainte Eucharistie, le Catéchisme du Concile de Trente, promulgué par saint Pie V, déclare :

Nous sommes alors enseignés par les saints Évangélistes, Matthieu et Luc, et aussi par l'Apôtre, que la forme consiste en ces mots : Ceci est mon corps ; car il est écrit : Alors qu'ils étaient à souper, Jésus prit du pain, le bénit, et le rompit, et le donna à ses disciples, et dit : Prenez et mangez, Ceci est mon corps.

Cette forme de consécration ayant été observée par le Christ Seigneur a toujours été utilisée par l’Église catholique. Les témoignages des Pères, dont l'énumération serait sans fin, ainsi que le décret du Concile de Florence, qui est bien connu comme accessible à tous, doivent être ici omis, d'autant plus que la connaissance qu'ils véhiculent peut être obtenue à partir de ces paroles du Sauveur : Faites ceci en mémoire de moi. [Italiques dans l' original].

 

Maintenant, je le demande, comment peut-on dire que les paroles du Christ n'appartiennent pas à la substance de la forme de la Sainte Eucharistie ?

 

Concernant la forme sacramentelle, le pape Léon XIII a déclaré dans Apostolicae Curae, au sujet de l'invalidité des ordres anglicans :

En outre, il est bien connu que les sacrements de la Loi Nouvelle, étant des signes sensibles qui causent une grâce invisible, doivent à la fois signifier la grâce qu'ils causent et causer la grâce qu'ils signifient. Mais, cette signification, si elle doit se trouver dans le rite essentiel dans son ensemble, c'est-à-dire, dans la matière et la forme ensemble, appartient principalement à la forme ; car cette matière est par elle-même la partie indéterminée, qui devient déterminée par la forme.

 

Où, dans la « forme » utilisée par l'Anaphore d'Addai et Mari, le Corps et le Sang du Christ sont-ils signifiés ? Elle ne mentionne même pas le Corps et le Sang du Christ !

 

 

Conséquences Désastreuses

 

Du point de vue théologique, déclarer que ce rite nestorien est valide aura des conséquences désastreuses de longue portée. Dans l'ordre pratique, cela ruine l'enseignement de l’Église sur la nécessité de la matière et de la forme pour les sacrements. Cela attribue en outre à « l’Église », aux yeux de millions de personnes qui considèrent Jean Paul II comme pape, le pouvoir de modifier la substance des sacrements.

 

Cette catastrophe est confirmée par la prétendue justification qu'ils présentent pour la déclarer valide. Ils donnent trois arguments. Je cite leur texte et commente.

 

Premier argument : « En premier lieu, l'anaphore d'Addai et Mari est l'une des anaphores les plus anciennes, remontant à l'époque de l'Église primitive même ; elle fut composée et utilisée avec l'intention claire de célébrer l'Eucharistie en pleine continuité avec la Dernière Cène et selon l'intention de l’Église ; sa validité n'a jamais été officiellement contestée, ni dans l'Orient chrétien, ni dans l'Occident chrétien. »

 

Commentaire : Il est faux de dire que cette anaphore date de l'Église primitive. Le Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne et de Liturgie dit que la tradition nestorienne attribue au patriarche Jesuyab III, autour du début du septième siècle, la détermination finale de la liturgie que nous connaissons comme l'anaphore d'Addai et Mari6. Il est vrai de dire que le christianisme (le catholicisme) fut implanté en Mésopotamie (Irak actuel) très tôt. Si cette anaphore, cependant, date du septième siècle, elle date d'environ deux cents ans après la chute de cette région dans l'hérésie nestorienne. En outre, il est tout simplement faux de dire que la validité n'a pas été officiellement contestée. Lorsque certains Nestoriens voulurent retourner à Rome, on leur permit de conserver cette anaphore, mais on leur demanda d'y insérer les paroles de la consécration. La même chose fut faite dans le cas de ceux qui revinrent de la secte Syro-Malabare en Inde, qui avait été évangélisée par l’Église Nestorienne, et qui utilisait cette « Messe » sans consécration.

 

Deuxième argument : « En second lieu, l’Église Catholique reconnaît l’Église Assyrienne d'Orient comme une véritable Église particulière, construite sur la foi orthodoxe et la succession apostolique. L’Église Assyrienne de l'Est a également préservé la foi eucharistique complète en la présence de Notre Seigneur sous les espèces du pain et du vin et dans le caractère sacrificiel de l'Eucharistie. »

 

Commentaire : Cette affirmation est presque entièrement fausse. La reconnaissance d'une secte hérétique et schismatique comme une Église particulière est une application de l'hérésie de Vatican II concernant l'Église, au sujet de laquelle j'ai déjà parlé en beaucoup d'autres endroits. La vérité est que l’Église catholique, contrairement aux occupants modernistes du Vatican, considère l’Église Nestorienne comme une secte hérétique et schismatique. Les nestoriens n'ont pas la foi orthodoxe. Nous avons déjà signalé qu'ils adhèrent à une hérésie blasphématoire condamnée en 431. Ils n'abandonnèrent ni ne répudièrent pas cette hérésie dans leur soi-disant Déclaration Christologique Commune. Ce document consiste simplement en une série de déclarations ambiguës qui forment un long charabia théologique. En outre, ils disent qu'il n'y a que cinq sacrements, l'extrême-onction et le mariage ne figurant pas sur leur liste. Ils rejettent l'autorité du Pontife Romain et croient au divorce et remariage. De plus, ils n'ont pas conservé la foi catholique en la Sainte Eucharistie, puisqu'ils croient, comme les luthériens, que la Sainte Eucharistie est à la fois du pain et le Corps du Christ. En d'autres termes, ils ne croient pas à la Transsubstantiation. Ils croient, cependant, en la nature sacrificielle de l'Eucharistie. Ils n'ont pas non plus de succession apostolique, puisqu'ils sont séparés de Rome. Ils n'ont même pas ce qui est connu comme la succession apostolique matérielle, puisque cela ne s'applique qu'aux schismatiques orientaux qui ont conservé une ligne de successeurs sur des sièges fondés par les apôtres, comme Antioche et Alexandrie.

 

Troisième Argument : « Enfin, les paroles de l'Institution Eucharistique sont bien présentes dans l'anaphore d'Addai et Mari, non d'une manière narrative cohérente et ad litteram, mais plutôt d'une manière euchologique dispersée, c'est-à-dire qui est intégrée dans les prières successives d'actions de grâces, de louange et d'intercession. »

 

Commentaire : N'importe quoi. Il est vrai que l'anaphore fait référence au Corps et au Sang du Christ, et même dit que nous offrons à Dieu le Corps et le Sang du Christ, mais on ne trouve nulle part rien qui ne fasse qu'approcher de ce que les modernistes appellent le « Récit de l'Institution » et de ce que les catholiques appellent les paroles de la consécration. En fait, l'épiclèse de l'anaphore, l'invocation du Saint-Esprit, demande simplement la bénédiction et la sanctification de l'offrande, et non la transformation de l'offrande en Corps et Sang du Christ. Toutes les autres épiclèses dans les rites de l'Est, même parmi les schismatiques, demandent la transformation. Cet appel à la transformation est certainement insuffisant pour la validité, mais il est à noter que cette Anaphore d'Addai et Mari, que les modernistes ont déclarée valide, se distingue par le fait qu'elle ne mentionne même pas la transformation des éléments. La Dernière Cène n'est même pas évoquée dans cette anaphore, sauf peut-être par quelque référence obscure à une oblation offerte par les apôtres au Cénacle, juste après l'évocation de la veuve offrant son obole dans le Temple (Luc XXI: 3).

 

 

Rire Assuré

 

La cerise sur le gâteau pour cet horrible document est un commentaire final qui me fit éclater de rire quand je l'ai lu :

Lorsque des fidèles chaldéens participent à une célébration assyrienne de la Sainte Eucharistie, le ministre assyrien est chaleureusement invité à insérer les mots de l'Institution dans l'anaphore d'Addai et Mari, comme autorisé par le Saint-Synode de l'Église Assyrienne d'Orient.

 

Chaleureusement invité ! Cela revient à dire à quelqu'un : « Vous êtes cordialement invité à utiliser les paroles que le Christ a commandé dans l'administration du baptême. » Pensent-ils vraiment que quelqu'un prendra une telle déclaration au sérieux ? C'est un signe que les modernistes savent que ce qu'ils ont dit dans le document est un non-sens absolu, et qu'ils espèrent que les Nestoriens diront malgré tout une Messe valide.

 

 

Lourdes Conséquences Théologiques

 

Ce document ouvre la porte à toutes sortes de possibilités pour les modernistes. Il détruit, comme nous l'avons vu, toute la théologie catholique concernant les sacrements en général et la Sainte Eucharistie en particulier.

 

Si nous appliquons leurs critères concernant la validité des sacrements, au lieu des critères de l’Église catholique, la porte s'ouvre à la validité des ordres anglicans, des ordres luthériens, et même des femmes prêtres. Tout ce dont vous avez besoin est d'avoir utilisé le rite pendant une longue période, et d'avoir ce que les modernistes appellent une « foi orthodoxe. » Afin de parvenir à la « foi orthodoxe, » vous n'avez pas besoin d'abandonner votre hérésie, mais il suffit simplement de signer quelque document insignifiant et vague qui sert d'instrument d'approbation de votre hérésie comme orthodoxe. Ensuite, vous devenez une « Église particulière, » c'est-à-dire, une partie de l’Église du Christ, la Super-Église œcuménique. Votre Eucharistie est déclarée valide, et comme le dit Ratzinger, « l’Église une, sainte, catholique et apostolique est vraiment présente dans toute célébration valide de l'Eucharistie7. » Que pourriez-vous demander de plus ? C'est avoir le beurre et l'argent du beurre.

 

Les modernistes n'ont pas manqué de voir l'importance de cet acte par ailleurs guère remarqué des hérétiques prétendant être pape et cardinaux dans les bâtiments du Vatican. Un article paru dans le National Catholic Reporter (16 Novembre 2001) cite un jésuite, le Père Robert Taft, un expert du christianisme oriental, qui dit que la sentence est « peut-être la décision la plus importante venue du Saint-Siège depuis un demi-siècle. » Il ajoute : « Cela nous emmène au-delà d'une théologie médiévale de mots magiques. »

 

L'article cite aussi un bénédictin, le Père Ephrem Carr, de l'Institut pontifical pour la liturgie : « Cela s'éloigne certainement de la théologie scolastique classique de la Prière Eucharistique, l'insistance que les mots exacts de la consécration doivent être présents. » Il ajoute que la décision fut particulièrement frappante puisqu'en de précédentes occasions, lorsque des catholiques Chaldéens et Syro-Malabares (qui utilisent également cette anaphore) voulurent se réconcilier avec Rome, ils furent obligés par Rome d'ajouter les paroles de la consécration.

 

 

La Défection, un Signe de Fausse Religion

 

L’Église catholique est indéfectible. Cela signifie que par la protection spéciale de son Chef Invisible, Notre Seigneur Jésus-Christ, elle ne peut jamais renoncer à son véritable but et objectif, ne peut jamais enseigner une fausse doctrine, ni donner à ses enfants de mauvaises disciplines ou des sacrements invalides. C'est cette aide du Christ qui donne à l’Église son autorité même.

 

En dépit de défaillances humaines regrettables de la part de ses prélats dans le passé, l’Église catholique n'a jamais fait défection. Elle n'a jamais enseigné l'erreur. Elle n'a jamais approuvé une mauvaise discipline ou un sacrement invalide. Jamais.

 

En effet on peut se demander si la chute de quelques-uns de ses prélats n'a pas été autorisée par Dieu afin de prouver qu'elle n'est pas soumise aux vicissitudes et fautes humaines, mais est guidée par l'assistance de Son Divin Fondateur, qui est avec elle tous les jours jusqu'à la fin du monde.

 

Depuis Vatican II, cependant, nous avons vu défection après défection. En seulement trente-cinq ans, nous voyons les signes évidents d'une fausse religion : l'enseignement d'une fausse doctrine, la promulgation de mauvaises disciplines, la légalisation universelle et l'usage de faux rites, et maintenant l'approbation d'un sacrement incontestablement invalide, et la destruction de l'enseignement sacramentel de l'Église.

 

Cette triste réalité devrait nous apprendre deux choses :

(1) estimer le témoignage de deux mille ans de vérité indéfectible et de droiture dans la discipline comme un signe de l'assistance du Christ à Son Église ;

(2) reconnaître immédiatement que la défection qui a caractérisé ainsi la religion de Vatican II est un signe infaillible de sa fausseté et de sa misère, et que malgré toutes les apparences qu'ils peuvent avoir, les auteurs de cette défection, Wojtyla et ses sbires, sont de faux pasteurs.

 

 

Que peut-il faire de plus ?

 

Maintenant que Wojtyla a abandonné l'enseignement immémorial de l’Église concernant les sacrements, tel qu'il est présenté par les Pères de l’Église ; par le consentement unanime des Docteurs de l’Église et de tous les théologiens ; par l'enseignement du Concile de Florence et du Concile de Trente, du Catéchisme du Concile de Trente ; par l'enseignement du Pape Pie XII, et de toute la tradition liturgique et la discipline des sacrements ; je le demande, que doit-il faire d'autre pour que les traditionalistes reconnaissent que cet homme n'est pas Catholique ?

 

Imaginez-vous : il a approuvé comme valide une Messe qui ne contient même pas les paroles de la consécration !

 

Ceci est en fait plus radical que l'approbation de femmes prêtres. C'est la même chose que d'approuver comme valide un Baptême sans les mots du Baptême ou d'approuver comme valide l'utilisation d'une pizza et d'un Soda pour l'Eucharistie. C'est, en bref, modifier les sacrements d'une manière substantielle.

 

Alors que doit-il faire d'autre ?

 

 

1Elle tire son nom de deux saints de l’Église primitive qui évangélisèrent la Perse. Quoiqu'elle porte leurs noms, elle ne fut pas écrite par eux, mais est plus tardive.

2Concile de Trente, Sess. XXI, chapitre 2. Denz. 931.

3Apostolicae Curae. q.v.

4Concile de Florence, Décret pour les Arméniens. Denz. 698.

5Denz. 931

6Volume 1, col. 520.

7Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux Evêques de l’Église Catholique sur Certains Aspects de l’Église Comprise comme Communion. (1992)

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Le Reniement de Saint Pierre

Publié le par Études Antimodernistes

Par le R. P. Dom Prosper Guéranger, Abbé de Solesmes


 

Extrait de De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 113-114

EtudesAntimodernistes.fr, Avril 2016.


 

Mgr de Sura ne se borne pas à prétendre vainement que la souveraineté de Pierre a été étendue à ses frères ; il poursuit ce Prince des apôtres, en cherchant à montrer que la prière du Sauveur n'a pas été efficace pour lui. Elle devait le protéger dans sa foi, et nonobstant cette prière divine, Pierre n'en a pas moins fait une chute profonde en reniant son Maître. Mgr de Sura part de là pour infirmer le droit que Pierre a reçu de confirmer ses frères1. La réponse n'est pas difficile à donner. L'office de Pierre ne devait commencer qu'après le départ du Sauveur. Le Vicaire n'est pas nécessaire, lorsque celui qu'il doit représenter est présent encore. Ainsi Notre-Seigneur parle d'abord au futur, comme il a fait pour l'Eucharistie : « Le pain que je donnerai, est ma chair pour la vie du monde ; » puis à la dernière Cène : « Prenez et mangez : ceci est mon corps. » Il dit donc à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; » elle n'était donc pas bâtie encore. « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; » il ne les lui donne donc pas encore. « Lorsque tu seras converti, confirme tes frères ; » ce privilège ne devait donc s'exercer qu'à une époque postérieure à la chute et à la conversion de Pierre. Le don merveilleux de cette foi qui ne doit jamais manquer, était donc réservé pour le temps où la parole du Verbe incarné cesserait de se faire entendre d'une manière sensible. Aussi est-ce seulement après sa .résurrection, que le Sauveur, ayant par une triple interrogation constaté devant les apôtres la conversion de Pierre, le met enfin en possession du pouvoir promis, en lui disant, non point au futur mais au présent : « Pais mes agneaux, pais mes brebis. » Le Pontificat suprême va commencer ; jusque-là il n'a encore existé qu'en promesse. Mgr de Sura n'a donc pas raison de voir la chute du Pontife dans la chute de Pierre avant la passion de son Maître.

1Tome II, page 92.

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L'infaillibilité personnelle du Pontife romain a-t-elle son fondement dans l’Écriture ?

Publié le par Études Antimodernistes

Par le R. P. Dom Prosper Guéranger, Abbé de Solesmes


 

Extrait de De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 140 et ss.

EtudesAntimodernistes.fr, Avril 2016.


 

Le saint Évangile, en saint Matthieu, chapitre XVI, nous apprend que le Sauveur voulant récompenser Simon, son disciple, du témoignage qu'il venait de rendre à sa divinité, lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Évidemment le Seigneur voulait, en retour, accorder à cet apôtre une prérogative qu'il ne conférait pas aux autres, puisqu'il ne parlait qu'à lui seul, puisque lui seul avait répondu à la question que Jésus venait de faire à tous.

Dans cette circonstance, Jésus parle de son Église pour la première fois. Il annonce l'intention de la bâtir lui-même ; mais il pose déjà le fondement sur lequel il l'établira.

Un fondement posé par Dieu lui-même ne saurait manquer. Si l'édifice qu'il porte doit durer, c'est au fondement inébranlable qu'il le devra. Jésus donne donc à Simon une qualité qu'il n'avait pas auparavant. Jusque-là il était simple apôtre comme les autres ; désormais il est mis à part. Son nom est changé ; il s'appellera la Pierre. Or, la Pierre est un des noms prophétiques du Christ lui-même. Le Messie est annoncé comme devant être la Pierre choisie, angulaire, fondamentale1. C'est donc son propre nom que Jésus donne à Simon, comme s'il lui disait : « Je suis la Pierre inviolable, la Pierre angulaire, qui réunis en un deux choses ; je suis le fondement auquel nul n'en peut substituer un autre ; mais toi aussi, tu es Pierre ; car ma force devient le principe de ta solidité, en sorte que ce qui m'était propre et personnel à ma puissance, te devient commun avec moi par participation2. »

Pierre est donc, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, le fondement de l'Église, et l'Église ne saurait exister en dehors de ce fondement inébranlable. Qui dit Pierre, dit toute la suite de ses successeurs, parce que Pierre ne peut mourir ; autrement, l'Église n'ayant plus de fondement ne subsisterait pas. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat.

Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples ; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram ædificabo Ecclesiam meam.

En posant ce fondement, Jésus-Christ devait le rendre inébranlable, le garantir de la chute ; autrement, le fondement entraînerait avec lui l'édifice, ou l'édifice devrait désormais reposer sur un autre fondement. Or, d'un côté, l'Église ne peut périr ; de l'autre, elle n'est l'Église que parce qu'elle est établie sur la Pierre. La Pierre donc ne peut faillir. Si le Pontife romain pouvait enseigner l'erreur, ou l'Église le suivrait, et elle cesserait d'être l'Église, s'étant séparée de la foi qui est son élément vital ; ou elle ne reposerait plus sur celui auquel Jésus-Christ l'a superposée, et elle perdrait le caractère de la vraie Église. L'un et l'autre étant contraires aux promesses de Jésus-Christ, il suit des paroles du Sauveur que le Pape enseignant l'Église, est personnellement infaillible.


 

En saint Luc, chapitre XXII, on lit ces paroles du Sauveur à saint Pierre : « Simon, Simon, Satan a demandé à vous passer tous au crible comme le froment ; mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères. »

La tradition de l'Orient comme de l'Occident a vu dans ces paroles, non point un incident particulier de la vie de saint Pierre, mais une prérogative distincte accordée à cet apôtre comme chef de toute l'Église et continuée dans ses successeurs.

Les apôtres sont en péril de la part de Satan ; Jésus pourrait les secourir directement; il ne le fait pas. Leur foi court des risques ; ce sera Pierre qui les sauvera. II suffit pour cela que sa foi ne défaille pas ; car bâtis sur Pierre, ils doivent croire comme lui. Le Sauveur intervient dans cette œuvre merveilleuse, en obtenant par sa prière divine que la foi de Pierre soit toujours ferme et stable. Fort de cet appui qui ne peut manquer, Pierre sera la force de ses frères. Confirmés par lui, ils résisteront aux pièges et aux violences de Satan ; et cet heureux résultat dans lequel Pierre n'est que l'instrument sera dû à l'efficacité de la prière du Fils de Dieu. « Ainsi donc, dit saint Léon, c'est dans Pierre que la force de tous les autres est garantie, et le secours de la grâce divine est ordonné de cette manière, que la solidité accordée à Pierre par le Christ est conférée par Pierre aux apôtres3. » Pierre qui ne peut mourir, puisque l'Église vit par lui, sera le docteur universel dans toute la suite de ses successeurs ; l'Église devra à Pierre l'immutabilité dans la foi qui pour elle est la vie, et tout l'honneur en revient à la miséricordieuse bonté du Sauveur qui a opéré cette merveille par sa prière.

Lors donc que Jésus-Christ déclare que la foi de Pierre ne manquera jamais, ne dit-il pas par là même que Pierre sera infaillible dans son enseignement ? Lorsqu'il lui donne la charge de confirmer dans la foi ses frères, ne nous apprend-il pas par là même que la permanence de Pierre dans la foi ne lui vient pas de ses frères, mais que celle dont ils jouissent eux-mêmes leur vient de la confirmation, de l'affermissement que Pierre leur confère. Or, c'est dans l'ordre de la foi que cette prérogative est donnée distinctement à Pierre, et en lui au Pontife romain ; la conclusion ne saurait donc être autre que celle-ci : Le Pontife romain est personnellement infaillible dans l'enseignement de la foi.


 

En saint Jean, chapitre XXI, Jésus-Christ, en présence de ses apôtres, demande à saint Pierre l'assurance de son amour. Par deux fois il lui dit : « Pais mes agneaux, » et une dernière fois : « Pais mes brebis. » La conversion de Pierre avait eu lieu, le Sauveur sous peu de jours allait quitter la terre, le moment était venu d'établir dans ses fonctions celui que Jésus avait annoncé, lorsque parlant de son Église, il avait dit : « Il n'y aura qu'une seule bergerie et un seul Pasteur4. » De même qu'il avait admis Simon fils de Jean en participation de sa qualité divine de Pierre, ainsi, après s'être lui-même représenté sous le nom et les traits d'un Pasteur5, il lui conférait ce même titre sur le troupeau tout entier, sur les agneaux et sur les brebis. Il est d'autres Pasteurs qui paissent le troupeau, mais Pierre est le Pasteur des Pasteurs, et par là, l'unité est dans la bergerie. C'est ce qu'exprime avec tant de vérité cet ancien évêque des Gaules, dont les Sermons nous ont été conservés sous le nom d'Eusèbe Émissène : « Le Christ, dit-il, confie d'abord à Pierre les agneaux, puis les brebis, parce qu'il ne le fait pas seulement Pasteur, mais Pasteur des Pasteurs. Pierre paît donc les agneaux et il paît aussi les brebis ; il paît les petits et il paît les mères ; il gouverne les sujets et ceux qui leur commandent. Il est donc le Pasteur de tous ; car après les agneaux et les brebis, il n'y a plus rien dans l'Église6. »

La première charge du Pasteur est d'enseigner le troupeau ; car le troupeau ne peut vivre que de la vérité. Si le Pasteur qui paît les agneaux et les brebis au nom du Maître, enseignait l'erreur, ou il pervertirait les agneaux et les brebis qui sont sous sa garde, et le troupeau périrait ; ou les brebis repousseraient le Pasteur, et l'unité ne serait plus dans la bergerie. Or, les promesses de Jésus-Christ nous assurent que ni l'un ni l'autre de ces malheurs n'est possible, puisqu'il s'ensuivrait le renversement de l'Église ; il faut donc conclure que le Pontife romain, par cela même qu'il est le Pasteur universel, jouit de l'infaillibilité personnelle dans la doctrine.

1Isa. XXVIII, 16.

2Et ego, inquit, dico tibi : boc est, sicut Pater meus tibi manifestavit divinitatem meam ita et ego tibi notam facio excellentiam tuam : Quia tu es Petrus : id est, cum ego sim inviolabilis Petra, ego Lapis angularis, qui facio utraque unum, ego fundamentum præter quod nemo potest aliud ponere ; tamen tu quoque Petra es, quia mea virtute solidaris, ut quæ mibi potestate sunt propria, sint tibi mecum participatione communia. S. LEO. In anniversario Assumptionis suae. Serm. IV.

3In Petro ergo omnium fortitudo munitur, et divinæ gratiæ ita ordinatur auxilium, ut firmitas, quæ per Christum Petro tribuitur, per Petrum apostolis conferatur. S. LEO, loc. cit.

4Joan. X, 16.

5Ibid., XI, 14.

6Prius agnos, deindeoves commisit ei, quia non solum Pastorem, sed Pastorem Pastorum eum constituit. Pascit igitur Petrus agnos, pascit filios, pascit et matres : regit et subditos, et prælatos. Omnium igitur Pastor est, quia præter agnos et oves, in Ecclesia nihil est. EUSEB. EMISS., Homil. in Vigilia SS. Apost.Bïblioth. PP. Lugd. Tom. VI, pag. 794.

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Le Statut Juridique de la FSSPX et de ses Anciens Membres

Publié le par Études Antimodernistes

Par M. l'Abbé Anthony Cekada

 

traditionalmass.org, août 2006

EtudesAntimodernistes.fr, avril 2016

 

De quel type d'organisation relève la FSSPX ?

Est-ce que les prêtres qui en sortent deviennent

des pécheurs publics ?

 

 

Question

 

Quelqu'un a demandé récemment à l'abbé Peter Scott : « Que doit-on penser des prêtres qui ont quitté la Fraternité Saint-Pie X ? » M. l'abbé P. Scott a donné une série de raisons de condamner ces prêtres, parmi lesquelles :

(1) Les « engagements » que les prêtres font lors de leur entrée dans la fraternité ne sont « pas essentiellement différents » des vœux que l'on fait à l'entrée d'un un ordre religieux.

(2) Ces engagements obligent les membres de la FSSPX « sous peine de péché mortel, de la même façon qu'un religieux est lié par son vœu d'obéissance. »

(3) Les prêtres qui quittent la FSSPX après avoir fait un « engagement perpétuel » sont des « pécheurs publics » et doivent être assimilés à une « personne mariée qui a rompu ses vœux et est tombée dans l'adultère. » On ne peut pas recevoir les sacrements de ces prêtres « sauf en danger de mort. »

(4) Les prêtres qui ont fait un « engagement temporaire » dans la FSSPX sont moralement tenus de rejoindre un diocèse « ou une autre communauté religieuse. »

(5) Un prêtre qui quitte la FSSPX a aussi brisé le « vœu public d'obéissance » inclus dans la cérémonie d'ordination.

(6) Un tel prêtre viole également le Serment de Fidélité précédant l'ordination prescrite par le droit canon, et devient « un hypocrite et un pécheur public. »

(7) Un prêtre de la FSSPX fait une « déclaration de fidélité » à la « position de la Fraternité » (sur le pape, la nouvelle messe, le missel de Jean XXIII, etc.), déclarant son désir de « montrer l'obéissance qui me lie à mes supérieurs, ainsi que l'obéissance me liant au Pontife romain dans tous ses actes légitimes, » de sorte qu'aucun prêtre ne puisse quitter la FSSPX s'il devient sédévacantiste, etc.

(8) Et que, pour toutes les raisons qui précèdent, les prêtres qui ont quitté la FSSPX « sont à éviter à tout prix. »

Que pensez-vous du raisonnement de l'abbé Scott ?

 

 

Réponse

 

Le point de départ de toutes ces condamnations de l'abbé Scott est une hypothèse obscure : à savoir, que la Fraternité Saint-Pie X bénéficierait du statut canonique de « société de vie commune sans vœux », une entité en droit canonique semblable à un ordre religieux. (Comme les Pères Paulistes, et les Oratoriens.)

Entrer dans une telle société engendre des obligations canoniques (d'où l'argument de l'abbé Scott), et ainsi en abandonnant la FSSPX, un prêtre violerait ces obligations, deviendrait un pécheur public, etc., etc.

Bien. Au moins en ce qui concerne le droit canon, l'abbé Scott vit dans un monde fantastique.

 

 

I. Qu'est-ce que la FSSPX ?

 

Quel genre d'entité canonique est la FSSPX ? Est-ce en fait quelque chose comme les Picpuciens ou les Paulistes ? Nous n'avons qu'à considérer sa fondation.

Le 1er Novembre 1970, l'évêque de Fribourg, en Suisse publia un décret établissant la « Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X » comme une « union pieuse » (pia unio), dont le but déclaré était de former des prêtres et de les envoyer là où ils seraient nécessaires, en conformité avec le Décret de Vatican II sur la Formation Sacerdotale, Optatum Totius.

Dans le Code de droit canonique, une union pieuse est simplement une association approuvée de fidèles, laïcs ou clercs, engagés dans quelque travail pieux ou charitable (canon 707).

Exemples connus d'unions pieuses : La Confraternité de la Doctrine Chrétienne (qui enseigne le catéchisme), la Société de Saint-Vincent de Paul (travail charitable avec les pauvres), et la Société du Proche-Orient (soutient le clergé catholique pauvre au Proche-Orient). Les règles de ces organisations ont tendance à être très simples ; on peut facilement y entrer et facilement en sortir.

De toute évidence, les pieuses dames de la CCD qui enseignent le catéchisme aux enfants des écoles publiques et le papy âgé et affable de la Société St Vincent de Paul qui collecte des vêtements pour les pauvres ne font pas partie d'une organisation ecclésiastique de même rang canonique que les Picpuciens ou les Pères Paulistes.

Et cinq minutes de recherche suffisent pour confirmer cette impression avec d'autres éléments : Le Code de Droit Canon traite des sociétés de vie commune sans vœux dans sa section sur les ordres religieux (Livre II, Partie 2, cc. 673-81). Les unions pieuses, par contre, sont décrites par le Code dans la section sur les laïcs (Livre II, Partie 3, cc. 707-719).

Et ce n'est pas tout : une union pieuse, il se trouve, est la créature la plus infime dans la chaîne alimentaire ecclésiastique. Non seulement elle est classée dans la partie « Laïcs », mais elle est aussi placée par le canon 701 en absolument toute dernière dans l'ordre de préséance.

Ainsi, même les Congrégations de Tiers Ordre (laïcs Carmélites, Franciscains, etc.) et les Archiconfréries (du Rosaire, du Saint-Sacrement) sont supérieures à une union pieuse.

Quelle est la probabilité que le membre qui quitte une telle organisation soit confronté à toutes les conséquences canoniques et morales à glacer le sang que le Père Scott énumère ?

 

 

II. A quelles règles les membres sont-ils liés ?

 

Dans tout institut religieux reconnu par l’Église, que ce soit un ordre, une congrégation ou une société, les règles et constitutions énoncent les obligations qu'un membre contracte par ses vœux ou promesses. Ces lois n'obtiennent une force obligatoire qu'après avoir été officiellement approuvées par une autorité ecclésiastique possédant une juridiction ordinaire : l'évêque diocésain ou le pape, agissant par l' intermédiaire des Congrégations Romaines.

Quel ensemble de lois aurait créé les obligations des membres de la Fraternité Saint-Pie X, et comment ces lois auraient-elles obtenu leur force obligatoire ?

En 1970, la Société a présenté une ébauche de ses statuts à l'Évêque de Fribourg. Dans son Décret d’Érection, l'évêque approuve ces statuts pour une période expérimentale de six ans. Ils pourraient alors être renouvelés pour six ans supplémentaires. Après ce laps de temps, d'après le décret, la FSSPX pourrait devenir définitivement établie, soit dans son diocèse ou par la Congrégation compétente du Vatican.

Les Statuts de 1970 ne disent pas grand chose. Ils se composent d'à peu près deux douzaines de pages d'exhortations, dactylographiées et avec double interligne ; un peu de tout en passant par « Notre vraie télévision est le Tabernacle » jusqu'à des possibilités limitées de concélébrations de type Novus Ordo. Un tel document était entièrement consistent avec la nature de l'organisation que l'évêque de Fribourg établissait : pas une société semblable à celle des Picpuciens, mais une union pieuse.

En 1975, cependant, avant que la période expérimentale de six ans ne soit expirée, l'évêque de Fribourg retira son approbation de la FSSPX.

A l'époque il y avait beaucoup de débat sur la question de savoir si l'évêque de Fribourg avait suivi les procédures correctes. Mgr Lefebvre lança par le suite divers appels canoniques. Mais la Congrégation compétente du Vatican et Paul VI lui-même confirmèrent la suppression.

Si, comme la FSSPX, vous maintenez que Paul VI était en effet un véritable pape, il était alors la dernière cour d'appel et avait le droit et le pouvoir de déclarer la Fraternité supprimée.

Avec cela, les quelques obligations énoncées dans les Statuts de 1970 auraient perdu tout pouvoir d'obligation sur les membres de la Fraternité. Roma locuta est. Causa finita est.

Terminé. Game Over. Fin de l'histoire.

Malgré cela, en 1976 , le Chapitre Général de la FSSPX adopta un nouvel ensemble de statuts. Ils n'étaient pas beaucoup plus longs ou plus détaillés que la version de 1970. (La « télévision » est restée, la concélébration a été abandonnée.)

Les Statuts de 1976, inutile de le dire, n'ont reçu aucune approbation d'évêque diocésain requise par le droit canon pour les rendre valides et obligatoires pour les membres de l'organisation. Sans cette approbation, les Statuts de 1976 n'ont aucune valeur canonique.

Il est donc absurde que l'abbé Scott prétende que les prêtres qui quittent la FSSPX commettent un péché. L'organisation a été supprimée, les statuts adoptés par la suite sont invalides, et les supérieurs n'ont aucun pouvoir canonique ou moral d'obliger quoi que ce soit à quiconque.

 

 

III. « Engagement » égale « Vœu » ?

 

Il est également ridicule que l'abbé Scott assimile les « engagements » dans la FSSPX aux vœux publics émis par les membres d'un ordre religieux. Le Canon 1308 dit que seul un vœu « accepté au nom de l'Église par un supérieur ecclésiastique légitime » est un vœu public. Sans cela, un vœu est considéré comme privé, quelque soit le nombre de personnes présentes.

Aucun effort d'imagination ne pourrait permettre de montrer que les « engagements » des membres de la FSSPX sont reçus par un « supérieur ecclésiastique légitime. »

Et de toute façon, d'où vient cette idée de l'abbé Scott d'assimiler un « engagement » à un vœu public ? Dans le Dictionnaire de Droit Canonique en sept volumes du chanoine Naz , vous ne trouverez même pas d'entrée pour ce terme. Comment son non-respect pourrait-il rendre le désengagé équivalent aux adultères ?

Au milieu des années 1980, une cinquantaine de prêtres qui s'étaient d'abord engagés dans la FSSPX, en étaient ensuite sortis. Combien y en a-t-il maintenant ? 600 ? Tous des adultères spirituels ?

 

 

IV. Une Simple Inscription

 

La formule d'engagement en fait utilisée par la FSSPX à mon arrivée était « Je soussigné NN donne mon nom à la Fraternité Saint-Pie X. »

Ce langage est simplement une inscription, et était tout à fait conforme à la nature d'une union pieuse : « Je donne mon nom » ; i.e. appelez-moi pour participer à l'enseignement du catéchisme pour la première communion (CCD), mettez-moi sur votre liste pour la collecte de vêtements ou pour la soupe populaire (St Vincent de Paul).

Facile d'y entrer, facile d'en sortir, comme rejoindre la Ligue Automobile du Sacré-Cœur.

 

 

V. Règles, Droits, Devoirs

 

Un vrai vœu ou une vraie promesse dans un institut religieux approuvé canoniquement, cependant, mentionne la règle et les constitutions par lesquelles vous acceptez d'être lié, et celles-ci sont généralement longues de plusieurs centaines de pages. Toutes ces lois et règles écrites avec attention empêchent les instituts religieux de devenir des dictatures, parce qu'ils circonscrivent très soigneusement les pouvoirs des supérieurs, les limitent, et protègent les droits des sujets individuels.

Avant d'entrer dans la FSSPX, je faisais partie d'un vrai ordre religieux, celui des Cisterciens. Les obligations auxquelles je m'engageais par mes vœux étaient absolument claires : exposées en détail et longuement dans la Règle de saint Benoît, la Constitution générale de l'Ordre, les Constitutions de la Congrégation de Zirc, et d'autres statuts mineurs. Étaient aussi longuement exposés mes droits en tant que membre (jusqu'à la quantité quotidienne de tabac) et les obligations de mes supérieurs à respecter ces droits.

La FSSPX n'a rien de tel. Dans l'ordre pratique, tout pouvoir réside dans le Supérieur Général - comme une sorte de Idi Amin ecclésiastique, les crocodiles mangeurs d'hommes en moins.

Si vous êtes opposé aux pouvoirs en place dans la FSSPX (pour toute pensée indépendante, disons, ou pour adhérer à un principe théologique qui contredit le parti de la ligne du jour dans la Fraternité), on vous donnera à coup sûr des piqûres contre le paludisme, une soutane blanche, et un billet aller simple pour Mumbai. « Pour vous, Monsieur l'abbé. »

 

 

VI. Imposition de Serments et Déclarations

 

Enfin, une organisation sans existence canonique n'a aucun pouvoir d'imposer des obligations canoniques ou morales sur ses membres en se fondant sur le Serment canonique de Fidélité.

Et l'ordre religieux vieux de 850 ans dans lequel j'ai professé des vœux n'aurait même jamais présumé, comme la FSSPX, m'imposer une « déclaration de fidélité » à ses « positions » comme condition pour l'ordination. Les seules « positions » auxquelles les membres de l'Ordre étaient tenus d'adhérer étaient les enseignements de l'Église.

 

 

VII. Conclusion

 

Ainsi, du début à la fin, toutes les « obligations » proclamées par l'abbé Scott pour condamner les prêtres qui ont quitté la FSSPX sont une pure invention, un corollaire du mythe de la création de la FSSPX.

Les concepts que j'ai utilisés ci-dessus pour réfuter les revendications fantastiques de l'abbé Scott peuvent être vérifiés même dans les manuels vernaculaires de droit canon les plus élémentaires. Est-ce que personne dans la FSSPX ne fait de recherche ?

Et ceci souligne un problème plus large : les membres de la FSSPX comme l'abbé Scott continuent à répéter les mêmes vieilles histoires et arguments d'ignorants : au sujet de la fondation de la Fraternité, la promulgation « illégale » de la Nouvelle Messe, la Messe Tridentine « canonisée », le caractère « non obligatoire » de Vatican II, le pape « mauvais père », des citations sensées prouver que l'on peut résister à l'autorité de l’Église hors-contexte et détournées, « l'opération survie », les excommunications « illégales », etc. ; alors qu'il y a longtemps que ces mythes ont été réfutés à plusieurs reprises avec des citations de canonistes, de théologiens, d'historiens et de papes.

C'est peut-être pour cette raison qu'un Cardinal une fois a sarcastiquement méprisé la Fraternité Saint-Pie X comme un « Port-Royal sans intelligence », du jansénisme sans cervelle.

On pourrait penser qu'une organisation qui se dit dédiée à la préservation de la doctrine catholique ferait au moins de temps en temps des efforts pour ajuster des positions qui se sont révélées être inconciliables avec les principes de la théologie et du droit canon.

Mais non. En presque quarante ans d'existence de la Fraternité, malgré tous les prêtres qu'elle a ordonnés et toutes les ressources à sa disposition dans le monde entier, cela ne semble jamais être arrivé. Les « positions » de la Fraternité sont toujours les mêmes, tel un marécage théologique, une énorme zone humide protégée où aucun nouveau développement n'est jamais permis et où les même créatures hideuses errent toujours dans l'obscurité.

Mettez vos bottes avant d'entrer !

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Résistance Et Indéfectibilité

Publié le par Études Antimodernistes

par Mgr Donald J. Sanborn

 

Article paru originalement dans la revue Sacerdotium n°1, Automne 1991.

Traduction française d'avril 2016 par EtudesAntimodernistes.fr.

À l'origine de toutes les disputes : Où est l’Église ?

 

Il est à déplorer amèrement que ceux qui ont résisté aux changements de Vatican II ne parviennent pas à s'entendre. En effet bien qu'ils soient d'accord sur la nécessité fondamentale de résister aux réformes de Vatican II, ils trouvent néanmoins le moyen de se déchirer les uns les autres sur d'autres questions. En fait, les « traditionalistes » dépensent presque toute leur énergie à lutter les uns contre les autres, et non contre les modernistes. Cet état de choses doit certainement faire plaisir au diable, car ces luttes intestines affaiblissent incommensurablement la résistance au modernisme.

Le fondement de la quasi-totalité des disputes est la question de l’Église. Où est l’Église ? Doit-on identifier la Foi Catholique avec la religion Novus Ordo ? Cette question est épineuse, car, si vous répondez par l'affirmative, à savoir que la religion Novus Ordo est la Foi Catholique, alors lui résister c'est devenir schismatique voire hérétique. Au contraire, si la réponse est négative, alors se pose le problème de l’Église Catholique sans hiérarchie visible.

 

Ainsi, la ligne de démarcation fondamentale entre les divers camps de « traditionalistes » est la question de l’Église. Et, puisque le pape est le chef visible de l'Église, cette controverse se manifeste naturellement par rapport à la « papauté » de Jean-Paul II. La raison pour laquelle tant de « traditionalistes » le regardent comme pape, et même insistent à dire qu'il est pape, n'est pas parce qu'ils aiment particulièrement sa théologie. C'est plutôt parce qu'ils considèrent comme une nécessité théologique l'identification de la religion Novus Ordo avec l’Église Catholique Romaine. Ils voient cela comme une nécessité en raison de l'indéfectibilité de l’Église, à savoir que celle-ci doit durer jusqu'à la fin des temps avec une hiérarchie visible. De cela, ils en concluent que, hérétiques ou non, Jean-Paul II et le collège des évêques Novus Ordo sont la hiérarchie de l’Église Catholique, car ils ont été dûment élus et nommés, et ont succédé aux sièges de leurs prédécesseurs Catholiques. Nier cela, disent-ils, c'est nier l’Église. Répudier cette hiérarchie, disent-ils, c'est être schismatique, puisque vous vous coupez de la hiérarchie Catholique.

 

Dans l'autre camp, cependant, l'indéfectibilité dicte exactement la conclusion opposée. Vatican II est hérétique. Jean-Paul II est hérétique. Les évêques sont hérétiques. Les nouveaux sacrements ne sont pas catholiques, et dans la plupart des cas sont soit douteusement valides ou carrément invalides. Au nom de l'indéfectibilité, par conséquent, ces « traditionalistes » déclarent que c'est une nécessité théologique que la religion Novus Ordo ne soit pas la Foi Catholique, et par conséquent que la hiérarchie Novus Ordo ne soit pas la hiérarchie Catholique.

 

Ce désaccord amer, qui se fonde ironiquement sur le même principe de l'indéfectibilité, est le résultat du fait que les papes et les évêques qui ont succédé, par les moyens ordinaires de succession, à la place des papes et des évêques Catholiques pré-conciliaires, ont produit, par Vatican II et ses réformes ultérieures, une religion qui ne soit pas identifiable avec la Foi Catholique de deux mille ans. La question est donc : Sur quoi repose l'indéfectibilité ? Est-ce qu'elle repose sur la Foi ? Ou bien repose-t-elle sur la succession visible des papes et des évêques depuis les Apôtres ?

 

La réponse est que l'indéfectibilité de l'Église Catholique repose sur ces deux éléments à la fois, et refuser l'un ou l'autre serait une « grave et pernicieuse erreur », pour reprendre les mots du Pape Léon XIII.

 

« Si nous regardons le but premier de l’Église, et les causes prochaines qui produisent le salut, assurément l’Église est spirituelle ; mais si nous considérons les membres qui la constituent, et les choses qui conduisent à ces dons spirituels, l’Église est extérieure et nécessairement visible. [...]

 

C'est pourquoi l’Église, dans les Saintes Écritures, est si souvent appelée un corps, et même le corps du Christ. « Vous êtes le corps du Christ » (I, Cor., XII, 27). Et c'est précisément parce que l’Église est un corps, qu'elle est visible ; et parce qu'elle est le corps du Christ, elle est vivante et active, parce que par l'infusion de Sa vertu le Christ la garde et la soutient, à peu près comme le tronc de la vigne nourrit et rend fertiles les rameaux qui lui sont unis. Et comme chez les animaux le principe vital est invisible et caché, et est prouvé et manifesté par le mouvement et l'action des membres : ainsi le principe de vie surnaturelle qui anime l’Église apparaît clairement en ce qu'elle fait.

 

Il s'ensuit de ceci que ceux-là sont dans une grave et pernicieuse erreur, qui façonnent arbitrairement et s'imaginent une Église cachée et invisible ; tout comme ceux qui regardent l’Église comme une institution humaine qui demande une certaine obéissance dans la discipline et les devoirs extérieurs, mais qui serait sans communication permanente des dons de la grâce divine, et sans rien de ce qui témoigne, par des signes constants et évidents, l'existence de cette vie puisée en Dieu.

 

L'une et l'autre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l’Église de Jésus-Christ que le corps seul ou l'âme seule est incapable de constituer un homme. L'ensemble et l'union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Église, comme l'union intime de l'âme et du corps l'est à la nature humaine. » (Pape Léon XIII, encyclique Satis Cognitum, 29 juin 1896).

 

 

I. L'Indéfectibilité de l’Église

 

La notion fondamentale de l'indéfectibilité est que l'Église doit durer jusqu'à la fin des temps avec la nature et les qualités essentielles que le Christ lui a donné à sa fondation. En d'autres termes, il est impossible que l'Église Catholique subisse un changement substantiel. Elle peut, et même elle doit subir de nombreuses modifications accidentelles, en particulier dans ses lois, afin de réagir avec prudence aux circonstances à diverses époques, mais ces changements accidentels ne doivent jamais toucher la substance de ce que le Christ a fondé. Cette indéfectibilité est un signe certain de l'origine et du caractère surnaturel de l’Église, car aucune organisation humaine ne pourrait traverser deux mille ans en restant essentiellement la même. Son indéfectibilité est d'autant plus un signe de son origine et de son assistance divine quand on considère combien de fois et avec quelle force les ennemis de l’Église ont essayé de la faire changer essentiellement.

 

Quelle est cette nature essentielle ? Quelles sont ces qualités essentielles ?

 

La première indéfectibilité de l’Église Catholique réside dans sa doctrine. La foi objectivement considérée, à savoir le dépôt de la sainte doctrine révélée, est le fondement de toute la structure de l’Église Catholique. De même la foi subjectivement considérée, à savoir la vertu de foi, est la base de toute la vie surnaturelle de l'âme. Ainsi la façon la plus importante en laquelle l’Église Catholique ne peut pas défaillir est dans l'enseignement de la vraie doctrine. Puisque Dieu est immuable, la doctrine de l’Église est à jamais immuable, et une preuve de l'assistance du Christ à l’Église est que son enseignement est resté identique et cohérent, tout au long des deux mille ans de son existence. Une seule contradiction ou incohérence dans son magistère ordinaire ou extraordinaire serait suffisante pour prouver que l'assistance de Dieu n'était pas avec elle.

Toutefois son indéfectibilité ne se limite pas à la doctrine, mais s'étend plutôt à toutes les choses dont elle a été ornée par son Divin Fondateur. Nous savons que le Christ a doté l’Église à la fois d'une structure et d'un pouvoir. Il a établi l’Église comme une monarchie, en plaçant tout le pouvoir entre les mains de saint Pierre. Il a également institué des évêques qui, en union avec et soumis à saint Pierre, gouverneraient l’Église dans les diverses localités. À cette structure, il a doté le pouvoir d'enseigner, de gouverner et de sanctifier toute la race humaine. Ce pouvoir découle de la mission apostolique, à savoir l'acte d'être envoyé par le Christ dans le but de sauver les âmes. Par conséquent, cette structure, et cette mission aux âmes de l'humanité, doivent demeurer toujours inchangées. En outre, l’Église est dotée du pouvoir d'ordre, par lequel les êtres humains deviennent des instruments surnaturels de la puissance divine pour effectuer la sanctification surnaturelle des hommes par les sacrements, et en particulier, par le sacrement de la sainte Eucharistie.

 

Par conséquent, l'Église défaillirait : (a) si elle changeait sa doctrine ; (b) si elle modifiait ou abandonnait la structure monarchique et hiérarchique ; (c) si elle perdait, changeait substantiellement, ou abandonnait la mission apostolique d'enseigner, gouverner et sanctifier les âmes ; (d) si elle perdait, modifiait substantiellement ou abandonnait le pouvoir d'ordre.

 

L'enseignement de l'indéfectibilité est confirmé par deux documents ecclésiastiques. Le premier est la Bulle Auctorem Fidei du pape Pie VI (28 Août 1794), qui condamne comme hérétique la proposition suivante du Concile de Pistoie :

 

« Dans ces derniers temps, a été répandu un obscurcissement général des vérités les plus importantes, relatives à la religion, et qui sont la base de la foi et de la doctrine morale de Jésus-Christ. » (Denz. 1501)

 

Le second se trouve dans l'encyclique Satis Cognitum du pape Léon XIII. Après avoir expliqué en quoi l’Église est spirituelle et en quoi elle est visible, et après avoir insisté sur le fait que ces deux choses sont absolument nécessaires à la véritable Église, de façon analogue à la nécessité de l'union du corps et de l'âme à l'être humain, il dit ensuite :

 

« Puisque l'Église est telle par la volonté et l'institution divine, elle doit rester telle sans aucune interruption jusqu'à la fin des temps. »

 

De plus le Concile du Vatican de 1870 affirme :

 

« L'éternel Pasteur et Évêque de nos âmes décréta d'édifier la sainte Église, pour qu'elle rende perpétuelle l’œuvre salutaire de la rédemption » (Denz. 1821)

 

Il existe, en outre, de nombreux textes des Pères qui soutiennent l'indéfectibilité, et c'est l'enseignement universel des théologiens.

 

 

II. Le problème : L’État de l’Église

 

Comment peut-on concilier l'état actuel de l’Église Catholique avec la doctrine de l'indéfectibilité ? Ce problème, avec ses diverses réponses, est à l'origine de la plupart des controverses entre ceux qui sont restés fidèles à la tradition. Le problème se pose plus crûment de cette façon : Où est l'Église ? Car personne ne peut se tromper en suivant l’Église Catholique, au moins dans ses rôles essentiels d'enseigner la doctrine, de mener les âmes au ciel par ses lois générales, et de sanctifier les âmes par les sacrements valides. Afin de sauver son âme, par conséquent, il suffit simplement de savoir où est l’Église. On peut et doit, en bonne conscience, suivre l'enseignement et les prescriptions de l'Église afin de sauver son âme, et s'y opposer c'est être hérétique, schismatique, ou tout au moins gravement désobéissant. En tout cas on ne pourrait certainement pas sauver son âme.

 

Cette question particulière est très problématique du fait que, peu importe la façon dont vous répondez concernant la religion Novus Ordo, à savoir : si oui ou non c'est la Foi Catholique ; vous vous retrouvez face à de profonds problèmes vis-à-vis de l'indéfectibilité. Si vous répondez que le Novus Ordo est Catholique, alors vous vous confrontez à l'immense problème de la défection de l'enseignement, la défection de la législation générale de l’Église, et la défection des sacrements. Cela réduirait également à l'absurde - sans mentionner le péché de désobéissance et de schisme - la résistance systématique au Novus Ordo qui a été maintenue par les « traditionalistes ». Si, au contraire, vous répondez que le Novus Ordo n'est pas catholique, alors vous avez le problème de trouver l’Église visible, car il semblerait que l'ensemble de la hiérarchie catholique a fait défection dans cette nouvelle secte non-catholique. Ainsi, la réponse « oui » implique la défection des qualités spirituelles essentielles de l'Église, alors que le « non » semble impliquer la défection des qualités matérielles essentielles de l'Église. En d'autres termes, la réponse « oui » semble impliquer la défection de la mission de l’Église, alors que la réponse « non » semble impliquer une défection de la structure de l’Église. Pourtant, nous savons par le pape Léon XIII que les deux sont absolument nécessaires à l’Église, comme le corps et l'âme à la nature humaine, et que les deux doivent donc nécessairement perdurer jusqu'à la fin des temps conformément à son indéfectibilité.

 

On comprend alors facilement les origines de cette amère controverse, puisque chaque côté se perçoit comme véritable sauveur de l’Église : les uns, ceux qui disent oui à la catholicité du Novus Ordo, se considèrent comme défendant la structure visible de l’Église contre ceux qui l'abandonneraient, alors que les autres, ceux qui répondent non, se regardent comme défendant la pureté spirituelle et doctrinale de l'Église contre ceux qui la souillerait par un amalgame avec le Novus Ordo. Et parce qu'il s'agit ici d'une bataille pour l'Église même, les « traditionalistes » se battent beaucoup plus amèrement l'un contre l'autre que contre le Novus Ordo.

 

 

III. Les Trois Solutions

 

Il existe essentiellement trois solutions proposées pour faire face à cette question : (a) la solution Ecclesia Dei, (b) la solution Lefebvriste, et (c) la solution sédévacantiste. On pourrait penser que puisqu'il n'y a que deux principes en jeu ici, à savoir l'intégrité matérielle de l'Église d'un côté, et spirituelle de l'autre, il n'y aurait que deux solutions. Mais, comme nous le verrons plus loin, la solution lefebvriste est un hybride des deux, combinant dans un mélange impossible pratiquement tous les éléments des deux autres systèmes. Examinons chacun de ces systèmes en détail.

 

 

A. La Solution Ecclesia Dei

 

Le 5 mai 1988, Mgr Lefebvre signa le Protocole dont on a beaucoup parlé, dans lequel il conclut un accord préliminaire avec la hiérarchie Novus Ordo. Cet accord demandait la reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X comme un institut de droit pontifical en échange de certaines garanties de la part de la Fraternité, entre autres : que soient acceptés Vatican II, le nouveau Code de droit canonique, la validité de tous les nouveaux rites sacramentels, et la légitimité de Jean Paul II. Cet accord fut (dès le lendemain) rompu par Mgr Lefebvre, parce qu'il n'aimait pas les personnes nommées à la « commission de la tradition », et parce qu'il n'aimait pas la date de consécration fixée par Jean Paul II. Mgr Lefebvre consacra ainsi quatre évêques sans le mandat de Jean Paul II, et fut immédiatement excommunié dans un document promulgué par Jean Paul II intitulé Ecclesia Dei. Dans la foulée, un nombre important de prêtres et séminaristes du groupe lefebvriste quitta la Fraternité et accepta les termes du Vatican initialement contenus dans le Protocole. La Fraternité Saint-Pierre fut ainsi établie, et la Commission Ecclesia Dei fut mise en place pour la superviser, d'où dérive le nom de cette solution.

 

Ceux qui adhèrent à cette solution acceptent la hiérarchie Novus Ordo comme hiérarchie catholique, et acceptent Vatican II et toutes les réformes officielles faites à la suite de Vatican II. Ils obtinrent des modernistes le droit de conserver la messe de Jean XXIII, et de fonder un séminaire et un institut en suivant plus ou moins ce qui se faisait avant Vatican II. Leur solution est donc d'adhérer à la tradition sous les auspices de et dans l'obéissance à la hiérarchie Novus Ordo. Leur adhésion à la tradition, par conséquent, n’apparaît pas comme une défense de la Foi contre les modernistes, mais plutôt comme une préférence, un peu comme la Haute Église (High Church) dans la communion anglicane. Il n'est donc pas surprenant qu'ils invitent des potentats Novus Ordo bien connus (comme Ratzinger qui était en costume-cravate à Vatican II ) à dire la Messe pour eux.

 

 

B. La Solution Lefebvriste

 

La solution Lefebvriste, simplement résumée, est la suivante : reconnaître l'autorité de Jean Paul II, mais ne pas le suivre dans ses erreurs. Bien qu'il soit très difficile de cerner les lefebvristes sur une déclaration permanente et quelque peu cohérente de leur position, leur activité et les déclarations prises collectivement donnent la description ci-dessus. Mgr Lefebvre a insisté pour que tout le monde dans la Fraternité saint Pie X considère Jean Paul II comme pape, et a purgé de la celle-ci tous ceux qui soutenaient publiquement le contraire. Il a toujours traité avec les modernistes romains comme s'ils avaient autorité, à la recherche d'une approbation de leur part pour sa Fraternité. Il voyait comme solution à la crise moderniste un mouvement populaire traditionnel qui, dans chaque diocèse du monde, réclamerait des prêtres traditionnels, et rejetterait les modernistes. Il pensait que la solution sédévacantiste détruirait un tel mouvement populaire, car selon lui dire que Jean Paul II n'était pas pape aurait été trop dur à accepter pour la plupart des fidèles.

 

Au problème évident de l'obéissance soulevé par sa position, Mgr Lefebvre a répondu qu'aucune autorité, y compris celle du pape, n'avait le droit de nous commander quelque chose de mal. Or le Novus Ordo est mauvais. Donc, le pape ne peut pas nous obliger à accepter le Novus Ordo. Ce raisonnement a conduit à la nécessité de passer au crible ou trier le Novus Ordo à la recherche de catholicisme. Comme l'homme cherchant les grains d'or cachés dans la boue, le catholique devrait passer au crible le magistère et les décrets de Paul VI et Jean-Paul II à la recherche de petits grains de vraie foi. Tout ce qui se révélerait traditionnel serait accepté, tout ce qui se révélerait moderniste, rejeté. Et puisque Mgr Lefebvre était le plus important de ceux qui adhéraient à la tradition, sa parole est devenue la norme prochaine de croyance et d'obéissance pour des centaines de prêtres et des dizaines de milliers de catholiques. Ainsi l'autorité supposée de Jean-Paul II n'était pas suffisante pour toucher les esprits et les volontés des catholiques fidèles à la tradition, mais devait être ratifiée par l'approbation de Mgr Lefebvre. Ce rôle de tamiseur qu'avait acquis la Fraternité fut jalousement gardé, et tous ceux qui osèrent l'ignorer furent considérés comme subversifs et finalement expulsés.

 

A la question brûlante de savoir si le Novus Ordo est catholique, Mgr Lefebvre et ses partisans ont donné des réponses qui plaisent aux deux côtés. Il est très difficile de dire ce qu'ils en pensent. Au cours de « l'été chaud » de 1976, Mgr Lefebvre fit référence à la nouvelle messe comme à une « messe bâtarde » et à Vatican II comme à un concile schismatique, et à l'église conciliaire comme à une église schismatique. Mais d'autre part, ils ont fait très attention de dire que la nouvelle messe n'est pas intrinsèquement mauvaise, et que tous les nouveaux sacrements sont certainement valides. Cette ligne de raisonnement indique qu'ils voient une nécessité à ce que le Novus Ordo soit considéré comme intrinsèquement bon et valide, puisqu'ils comprennent qu'il est impossible que l'Église Catholique produise des rites mauvais ou invalides. Cette insistance à dire que les nouveaux rites sont bons et valides montre qu'ils regardent vraiment la religion Novus Ordo comme la Foi Catholique1. Malgré cela, ils font des déclarations qui excluent totalement la possibilité d'identifier la religion Novus Ordo avec la Foi Catholique. Par exemple, à l'occasion des consécrations de 1988, ils ont publié la déclaration suivante, signée par l'abbé Schmidberger et plusieurs supérieurs du groupe : « Nous n'avons jamais voulu appartenir à ce système qui s'appelle l'église conciliaire, et s'identifie avec le Novus Ordo Missae... Les fidèles ont en effet un droit strict de savoir que les prêtres qui les servent ne sont pas en communion avec une fausse église... » Mais Jean-Paul II n'est-il pas la tête de cette fausse « église » qui s'identifie avec le Novus Ordo Missae ? Devons-nous en conclure qu'ils ne sont pas en communion avec Jean-Paul II ? Dans ce cas, alors pourquoi insistent-ils à dire qu'il est le pape ? Comment pouvez-vous ne pas être en communion avec le pape ?

Ils pensent sauver l'indéfectibilité en reconnaissant la hiérarchie Novus Ordo comme hiérarchie catholique, et en reconnaissant Vatican II et ses réformes comme seulement extrinsèquement mauvais, à savoir, sujets à une mauvaise interprétation ou d'une certaine façon trompeuse. L'un d'eux a récemment déclaré dans une lettre aux bienfaiteurs: « Voilà pourquoi nous insistons sur la reconnaissance de la Papauté et de la hiérarchie en dépit du fait que nous ne nous sentons pas du tout unis à eux. » Cette phrase est la plus descriptive de leur position, qui combine deux choses qui sont intrinsèquement incompatibles, à savoir, reconnaître Jean-Paul II comme pape, mais ne pas être unis avec lui dans la même église. Le lecteur doit comprendre que les faits et gestes des lefebvristes au fil des ans n'ont pas, c'est le moins que l'on puisse dire, suivi une ligne cohérente, et qu'il est donc difficile de déterminer exactement ce qu'ils pensent. En appliquant une certaine herméneutique, cependant, je pense qu'il est juste de dire qu'ils considèrent Jean-Paul II comme la tête de deux églises, à savoir l’Église Catholique, et l'église conciliaire. En tant que chef de l’Église catholique, ils sont loyaux envers lui; en tant que chef de l’Église conciliaire, ils s'opposent à lui. Ça a finalement été le rôle de Mgr Lefebvre de décider ce qui était catholique dans les décrets de Jean-Paul II, et ce qui était conciliaire ; et donc ce qui devait être accepté, et ce qui devait être rejeté. Maintenant qu'il est décédé, il ne semble y avoir personne en mesure d'exploiter la fidélité de ses disciples à sa suite, une fidélité qui est essentielle à leur unité.

 

 

C. La Solution Sédévacantiste

 

Le principe fondamental de cette solution est qu'il est impossible d'identifier le Novus Ordo avec l'Église Catholique. Cela est impossible, disent-ils, à cause de l'indéfectibilité de l’Église en matière de foi, de morale, de culte et de discipline. Si l'on admet que les changements Novus Ordo sur ces questions procèdent de l’Église Catholique, alors il faut en conclure que l’Église Catholique a fait défection. Car ces changements contredisent substantiellement la foi, la morale, le culte et la discipline de l’Église catholique. Or il est impossible que l’Église Catholique fasse défection. Donc il est impossible que ces changements procèdent de l’Église Catholique. Il est par conséquent impossible que ceux qui ont mis en place ces changements (à savoir : Paul VI, Jean-Paul I, et Jean-Paul II) jouissent de la juridiction de l’Église Catholique, et de la mission du Christ de gouverner les fidèles. S'ils jouissaient de cette juridiction, ils jouiraient de l'infaillibilité dans ces domaines, car il est impossible à cette autorité d'enseigner quelque chose de faux ou de prescrire quelque chose de peccamineux à l’Église. Les sédévacantistes disent donc que l'on ne peut pas considérer la hiérarchie moderniste comme étant la hiérarchie catholique, puisque sinon on associerait l'hérésie, le sacrilège, les sacrements invalides, l'erreur, et les lois peccamineuses, à l’Épouse Immaculée du Christ, ce qui rendrait absurde les paroles du Christ, « qui vous écoute, M'écoute » (Lc. 10,16). En un mot, la position sédévacantiste est que la hiérarchie moderniste ne peut pas posséder l'autorité Catholique qu'ils prétendent posséder, parce que l'autorité Catholique, protégée par l'assistance du Saint-Esprit, ne peut pas faire ce que ces modernistes ont fait.

L'objection immédiate à cette position est que la défection massive de la hiérarchie crée un état de vacance universelle des sièges, et détruit ainsi la visibilité de l'Église. Les sédévacantistes répondent que la vacance du siège papal ou épiscopal n'est pas incompatible avec la visibilité de l’Église, et que l'Église est restée visible même pendant la vacance du siège survenue à la mort de chaque titulaire. Bien que la durée de la vacance mette certainement l’Église dans la tourmente, la vacance du siège n'a rien d'intrinsèquement contraire à la nature de l’Église. Ils répondraient en outre qu'identifier les modernistes avec la hiérarchie catholique ne sauve pas la visibilité de l’Église catholique, mais maintient simplement la visibilité d'une église hérétique. Une théorie qui identifie la hiérarchie moderniste avec l’Église Catholique ne sauve pas l'indéfectibilité, mais au contraire la détruit. Car la foi est beaucoup plus importante que la visibilité de la structure de l’Église. En d'autres termes, la visibilité de l'Église est dépendante de la foi, et donc il ne suffit pas à la visibilité de l’Église qu'une structure soit visible, mais il est nécessaire plutôt d'avoir une structure qui professe la foi catholique. Une certaine organisation visible qui ne professe pas la foi catholique peut être une organisation visible, mais ce n'est pas l’Église catholique.

Bon nombre de sédévacantistes tiennent à la théorie materialiter / formaliter - une théorie habituellement mal comprise - qui stipule simplement que bien que la hiérarchie moderniste ne jouisse pas de la juridiction, qui est l'aspect formel de l'autorité, elle continue cependant la succession matérielle des sièges épiscopaux (y compris celui de Rome). Ceux qui soutiennent cette théorie diraient donc que, bien que Jean-Paul II ne soit pas le pape, il est néanmoins en possession d'une élection valide qui lui donne la possibilité de devenir le pape, s'il supprimait les obstacles à sa réception de l'autorité. L'obstacle à la réception de l'autorité papale est son adhésion à Vatican II ; laquelle adhésion, si elle était associée avec l'autorité papale, mettrait un désordre essentiel dans l’Église catholique, dans la mesure où Vatican II contredit l'enseignement de l’Église. Jean Paul II est également dans un état, ajouteraient-ils, où l'élection peut lui être retirée par un acte d'autorité, par exemple, par un conclave de cardinaux catholiques, ou même, à la rigueur, par un concile, si petit soit-il, de quelques évêques ayant juridiction. Un tel acte est évidemment peu probable dans un avenir prochain, mais Vatican II semblait également improbable. Cette théorie, disent-ils, permet de sauver et l'indéfectibilité de l’Église en matière de foi, de morale, de culte et de discipline ; et la permanence de la hiérarchie de l’Église dans la mesure où elle préserve sa continuité matérielle à travers la crise.

L'autre type de sédévacantisme est le sédévacantisme absolu, qui dit qu'en raison de la profession publique de l'hérésie, manifestée à la fois en paroles et en actes, Jean-Paul II et la hiérarchie Novus Ordo en général, ont publiquement abandonné la foi catholique, et ont donc tacitement démissionné de leurs offices, en conformité avec au moins l'esprit du Canon 188, no. 4. D'autres invoquent la bulle du pape Paul IV Cum ex Apostolatus, qui stipule que même si un hérétique était élu à la papauté par le consentement unanime des cardinaux, et même s'il avait en apparence accédé à la papauté, il ne serait malgré tout pas pape.

 

 

IV. Critique des Divers Systèmes

 

A. Principes Fondamentaux.

 

1. Le Novus Ordo est soit catholique, soit non-catholique, mais il ne peut pas être les deux à la fois.

 

La Foi Catholique ne se mesure pas. Elle est par nature intégrale, car elle procède de l'autorité de Dieu et est crue sur l'autorité de Dieu. Elle ne peut donc pas admettre d'exception. S'il y a la moindre souillure hérétique dans un enseignement doctrinal ou moral, dans le culte, ou dans la discipline, alors cela n'est pas catholique.

« La pratique de l’Église a toujours été la même, comme le prouve l'enseignement unanime des Pères, qui avaient coutume de regarder comme en dehors de la communion catholique, et étranger à l’Église, quiconque voulait s'éloigner au moindre degré de tout point de doctrine proposée par l'autorité de son Magistère. »

(Pape Léon XIII, Satis Cognitum).

 

Dire d'une certaine manière que le Novus Ordo est à la fois catholique et non catholique est une contradiction absurde, sans mentionner le blasphème. Et il faut comprendre ici que par le terme "Novus Ordo", je veux désigner le système - car c'est un ordo, un ordre - de doctrines, enseignements moraux, culte et discipline, qui est le produit de Vatican II et des réformes postérieures.

 

2. Si le Novus Ordo est Catholique, il doit être accepté ; mais s'il n'est pas Catholique, il doit être rejeté ; il n'y a pas de milieu.

Le Novus Ordo a été promulgué avec la pleine autorité de ce qui est apparemment l’Église catholique. Aucun catholique ne pourrait donc oser ignorer ces enseignements, culte et disciplines. Il n'y a, en outre, aucune raison de résister aux changements de Vatican II s'ils sont catholiques. Si ces enseignements, culte et discipline sont catholiques, alors la croyance et le respect de ces choses sont cause du salut de nos âmes. Mais si vous pouvez sauver votre âme dans le Novus Ordo, pourquoi s'embêter à conserver la tradition ? L'adhésion à la tradition dans ce cas serait motivée par la nostalgie ou la préférence, et ne pourrait en aucun cas être justifiée si elle était contre la volonté de la hiérarchie. Mais au contraire, si le Novus Ordo est un changement substantiel des doctrines, du culte et de la discipline de l’Église, il est évident que le catholique doit le combattre comme il aurait combattu l'arianisme ou le protestantisme, en préférant la mort à tout compromis.

 

3. Il est impossible de reconnaître l'autorité du pape, sans en même temps reconnaître les prérogatives de son autorité.

L'autorité papale est infaillible quand elle enseigne la foi et les mœurs, même dans l'exercice du magistère ordinaire universel, et est infaillible en matière de culte et de discipline, dans la mesure où elle ne peut rien prescrire de peccamineux, hérétique, ou nuisible aux âmes en ces domaines. La reconnaissance de l'autorité papale dans Paul VI ou Jean-Paul II implique automatiquement la reconnaissance du fait que Vatican II est exempt d'erreur doctrinale, et que la liturgie et les sacrements Novus Ordo, ainsi que le Code de droit canonique de 1983, ne contiennent aucune erreur doctrinale, ni quoi que ce soit de peccamineux ou nuisible aux âmes. Le pire que l'on puisse dire à leur sujet, si on suppose qu'ils proviennent de la véritable autorité papale, est qu'ils peuvent être imprudents, peut-être moins esthétiques, ou d'une manière ou d'une autre extrinsèquement répugnants. On doit les admettre comme intrinsèquement catholiques, parfaits, et menant au salut éternel. Le pape Pie VI déclara « fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensive des oreilles pies, injurieuse à l'Église et à l'Esprit de Dieu, par lequel elle est dirigée, au moins erronée, » l'idée que l'Église pourrait prescrire une discipline qui serait fausse ou dangereuse (Denz. 1578). Le pape Pie IX condamna ceux qui reconnaissaient son autorité tout en ignorant sa discipline :

« À quoi sert-il en effet de professer le dogme de la Primauté du Bienheureux Pierre et de ses successeurs, de publier tant de déclarations de foi catholique et d'obéissance au Siège Apostolique, quand en réalité ses œuvres contredisent ouvertement ses paroles ? Bien plus, la rébellion n'est-elle pas d'autant plus inexcusable que le devoir d'obéissance est reconnu ? L'autorité du Siège Apostolique ne s'étend-elle pas aussi aux mesures que nous avons du prendre, ou bien suffit-il d'être en communion de foi avec lui sans la soumission de l'obéissance – choses qui ne peuvent être dites sans danger pour la foi catholique ? […]

Il s'agit en effet, Vénérables Frères et fils bien-aimés, il s'agit de montrer ou de nier obéissance au Siège Apostolique, il s'agit de reconnaître Son pouvoir suprême même sur vos Églises non seulement en ce qui concerne la foi, mais encore en ce qui concerne la discipline. Celui qui nie cela est hérétique ; celui cependant qui le reconnaît et refuse obstinément d'obéir est digne d'anathème. »

(Pape Pie IX, Quae in Patriarchatu, 1er Septembre 1876, au clergé et aux fidèles de rite Chaldéen).

 

Ces principes étant maintenant établis, passons à la critique des différents systèmes.

 

 

B. Application des Principes aux Solutions

 

1. La solution Ecclesia Dei.

En suivant les principes précédents, le lecteur pourra facilement déterminer que ce n'est pas une solution du tout. Puisqu'ils ont accepté le Novus Ordo comme catholique, leur adhésion à la tradition est réduite à une « nostalgie ». Ils sont devenus une haute Église au sein d'une Église extrêmement large, qui admet même le culte des serpents, de Shiva, du Pouce Géant et de Bouddha, la louange d'hérésiarques tels que Martin Luther, sans mentionner les femmes « ministres de la Parole » aux seins nus. En fait, le nom qui devrait être donnée à cette idée est : solution Ecclesia Diaboli. Mais une chose doit être dite en faveur de ceux qui suivent cela, à savoir qu'ils sont au moins cohérents et logiques dans leur pensée, dans la mesure où ils voient que l'on ne peut pas accepter Jean-Paul II comme pape, et en même temps ignorer sa doctrine et son autorité disciplinaire. Mais il est tout à fait déplorable que ces gens puissent se permettre d'être si aveugles au point d'être en communion, c'est-à-dire, dans la même église, avec ces modernistes, dont Saint Pie X dit qu'ils « devraient être frappés à coups de poing ».

 

2. La solution Lefebvriste. Si nous acceptons comme à peu près valable la description donnée ci-dessus de cette position, à savoir : considérer Jean-Paul II comme la tête de deux églises, l'une catholique, l'autre conciliaire, alors il est immédiatement évident que cette position implique des contradictions labyrinthiques du point de vue de l'ecclésiologie catholique. En premier lieu, les lefebvristes considèrent le Novus Ordo comme à la fois catholique et non-catholique, et pour cette raison ils « trient » ses enseignements et disciplines afin de tirer de la masse pourrie tout ce qui s'y trouve de catholique. Ils associent donc le Novus Ordo et l'Église catholique. Ils considèrent la hiérarchie Novus Ordo comme la hiérarchie catholique, comme ayant l'autorité du Christ pour enseigner, gouverner, et sanctifier les fidèles. Cependant, dans le même temps, ils sont excommuniés par cette même autorité, car ils agissent comme si elle n'existait pas, allant jusqu'à consacrer des évêques au mépris de la défense directe du « pape. »

Pour illustrer cette confusion, permettez-moi de citer un numéro (Août 1991) de The Angelus, qui est leur organe officiel américain, dans lequel nous lisons ces mots alarmants :

« L’Église a abandonné la tradition protectrice du Christ. L’Église a abandonné la Messe, les Sacrements, l'enseignement de la saine doctrine dans les écoles, même la prière à saint Michel pour nous protéger de « la méchanceté et des embûches du démon ». » [Emphase ajoutée]

 

Bien que l'auteur puisse avoir simplement mal exprimé ses pensées, néanmoins, telle quelle, cette phrase déclare explicitement la défection de l’Église catholique.

Dans le même numéro, nous lisons à la page éditoriale ces mots tout aussi alarmants :

« Que le Saint-Père leur refuse [aux évêques consacrés par Mgr Lefebvre] la juridiction et par conséquent l'autorité de gouverner une partie du troupeau est certainement regrettable. Mais ce n'est guère plus qu'accidentel vis-à-vis de leur rôle plus fondamental de préservation de la Foi et des Sacrements dans l’Église, surtout lorsque la fausse notion de collégialité a effectivement paralysé ou détruit l'exercice de l'autorité et de la hiérarchie dans l’Église. »

 

Une telle déclaration réduit la mission apostolique de l’Église, confiée à Saint-Pierre, à quelque chose de « guère plus qu'accidentel ». Mais c'est cette autorité même, et la possession légitime et la transmission de celle-ci, qui rend catholique l'Église catholique. C'est la forme de l’Église catholique, à savoir, ce par quoi elle est ce qu'elle est. Rien ne pourrait être plus important à l’Église catholique que cette autorité. Il faut en outre souligner qu'exercer son pouvoir d'ordre sans l'approbation de la hiérarchie de l’Église catholique est un péché mortel très grave, et a des relents de schisme quand cela est fait de façon systématique et permanente. On ne peut recourir au principe Ecclesia supplet qu'uniquement lorsqu'un doute existe quant à la possession de la juridiction ; utiliser ce principe contre l'autorité même qui possède cette juridiction met en ruine toute l’Église catholique. C'est sombrer dans le protestantisme, où chaque ministre reçoit son pouvoir « directement de Dieu ». Pourquoi avoir une hiérarchie, pourquoi avoir une juridiction, si chacun peut décider qu'il a le droit d'exercer ses ordres sur la supposition personnelle que l'Église la lui supplée directement ? Dans un tel cas, la hiérarchie serait purement accidentelle, en fait ce que les ministres protestants sont à la croyance, au culte, et aux sacrements protestants.

La position lefebvriste est une position complètement incohérente, et détruit totalement l'indéfectibilité de l’Église catholique, car elle identifie l'Église catholique avec la défection doctrinale et disciplinaire de Vatican II et de ses réformes ultérieures. En effet, si celles-ci ne sont pas une défection, alors pourquoi leur résistent-ils ? Si celles-ci ne sont pas une défection, alors que pourrait justifier la consécration de quatre évêques au mépris de la défense expresse de celui qu'ils disent être le représentant du Christ sur la terre ? La seule chose qui justifie la position des « traditionalistes » dans leur refus systématique de Vatican II et de ses réformes est le fait que ces réformes ne sont pas catholiques, et conduisent à la perte des âmes. Mais si elles ne sont pas catholiques, alors ceux qui les ont promulguées ne jouissaient certainement pas de l'autorité catholique, puisque, en ce cas, ils auraient été incapables de promulguer de telles choses pour l’Église catholique. Ainsi le groupe Lefebvriste est dans la position impossible de résister à l'autorité de l'Église catholique en matière de doctrine, de discipline et de culte, qui sont les effets des trois fonctions essentielles de la hiérarchie catholique, à savoir, les fonctions d'enseignement, de gouvernement et de sanctification, et qui sont la base de la triple unité de l’Église catholique, l'unité de foi, l'unité de gouvernement, et l'unité de culte. Résister à l’Église catholique dans ces domaines est un suicide spirituel, puisque l'adhésion à l’Église catholique est nécessaire au salut. S'il était permis de résister à l’Église dans la doctrine, la discipline et le culte, alors en quel domaine devrait-on obéir à l’Église ? Quelle est l'autorité de saint Pierre, si elle peut être ignorée sur ces questions ?

Cette « solution » viole donc les trois principes que j'ai énoncés ci-dessus, car (1) les lefebvristes soutiennent que le Novus Ordo est une espèce de mélange à la fois catholique et non catholique ; (2) ils soutiennent que bien que le Novus Ordo soit intrinsèquement catholique, on peut quand même lui résister et le rejeter, et (3) ils reconnaissent l'autorité de Jean-Paul II, mais en même temps, rejettent les prérogatives de son autorité. Sur ce dernier point, ils sont malheureusement semblables aux gallicans, jansénistes, et autres sectes de rite oriental qui ont fait exactement la même chose, à savoir, qui ont « trié » les doctrines et les décrets des Pontifes Romains selon leur goût.

Ainsi, bien que je pense que ceux qui sont impliqués dans le groupe Lefebvriste sont de bonne volonté et désirent de tout cœur le bien de l'Église, ils souffrent néanmoins de graves erreurs spéculatives et pratiques. Ils sont également empêtrés dans une incohérence profonde, et il n'est pas étonnant qu'il y ait plusieurs sédévacantistes cachés parmi eux, ainsi que des sympathisants Ecclesia Dei.

 

3. La Solution Sédévacantiste. Le Père Hugon O.P. disait au sujet de la fameuse controverse du Thomisme contre le Molinisme, « Chaque système est soumis à des difficultés ; en fait l'exclusion du mystère dans cette affaire serait un signe d'erreur ». Il souligne ensuite que l'obscurité du thomisme ne provient pas de ses principes, mais plutôt de la faiblesse de l'esprit humain à comprendre comment ces principes certains se concilient en Dieu. Le molinisme, d'autre part, souffre d'une exception faite à des principes théologiques très universels et très certains concernant la causalité divine, et finit par placer une passivité en Dieu. Ainsi l'obscurité du molinisme découle de l'impossibilité de concilier Dieu et la passivité, qui sont deux notions absolument contradictoires, alors que l'obscurité du thomisme découle de la conciliation en Dieu de principes qui sont absolument certains. Le thomisme vous laisse donc avec le mystère ouvert, tandis que le molinisme vous laisse avec la contradiction.

De même la position sédévacantiste affirme tous les principes appropriés, mais reste obscure parce que nous ne pouvons pas voir leur conciliation finale. En d'autres termes, alors que le sédévacantisme maintient tous les éléments essentiels de l'indéfectibilité de l'Église, il est néanmoins en difficulté quant à la façon d'expliquer le mystère d'iniquité du Novus Ordo, à savoir, comment la vacance prolongée du siège apostolique va en fin de compte servir la gloire de Dieu, et comment l'Église surmontera un jour ce terrible problème. Mais, en affirmant la vacance du Siège Apostolique, le sédévacantisme ne tentera pas d'affirmer des choses contradictoires : soit (1) que la religion Novus Ordo et la foi catholique sont la même chose, (la contradiction des adhérents à la solution Ecclesia Dei), ou (2) que l’Église catholique a promulgué des enseignements, des rites et des disciplines qui sont contraires à la foi et nuisible aux âmes.

Le point de départ pour les sédévacantistes est le principe selon lequel il existe une différence substantielle entre le Novus Ordo et la Foi Catholique. Cette différence est très évidente dans la contradiction à peu près mot pour mot entre Dignitatis Humanae et Quanta Cura, et est également claire dans la nouvelle messe et les nouveaux sacrements, dans le Code de droit canonique de 1983, dans les nouvelles disciplines, dans les nouveaux catéchismes, dans le nouveau magistère ordinaire et universel. Ces deux religions sont incompatibles et ne peuvent pas coexister dans la même église. Or si le Novus Ordo est substantiellement différent de la Foi Catholique, raisonnent-ils, alors celui-ci ne peut pas être catholique. Mais s'il n'est pas catholique, raisonnent-ils encore, alors il est impossible qu'une telle chose soit promulguée par l'autorité de l’Église, puisque l'autorité de l’Église ne peut pas errer dans des questions telles que la doctrine, le culte et la discipline. Par conséquent, concluent-ils, il est impossible que ceux qui promulguent le Novus Ordo aient l'autorité de l’Église catholique. Il est donc impossible que Paul VI, Jean-Paul I, ou Jean-Paul II soient papes.

Ces principes qui ont conduit à cette conclusion sont absolument à toute épreuve. Ils sont soutenus et par la philosophie et par l'enseignement de l’Église. Ils sont inattaquables, et conduisent logiquement à leur conclusion. L'indéfectibilité de l'Église est ainsi sauvée dans ce système, car il refuse d'associer l’Épouse Immaculé du Christ avec cette abomination de modernisme qui est l'œuvre du diable.

Mais alors où est l'Église visible ? Cette visibilité est réalisée en ceux qui adhèrent publiquement à la Foi Catholique, et qui en même temps attendent l'élection future d'un Pontife Romain. Qu'en est-il des évêques ? Ce système ne dépouille pas nécessairement chaque évêque de son autorité, mais seulement ceux qui adhèrent publiquement à la nouvelle religion. Mais même si cela dépouillait tous les évêques de leur autorité, le sédévacantisme ne modifie pas la nature intrinsèque de l'Église catholique, mais laisse à la Providence de Dieu le rétablissement de l'ordre. Les autres systèmes, au contraire, qui ont peur de se couper de la hiérarchie moderniste à cause de leur incapacité à voir une solution sans celle-ci, combinent de fait l’Église catholique avec la défection du modernisme, qui sont deux choses absolument incompatibles, aussi incompatibles que Dieu et le diable. Ces systèmes qui reconnaissent la papauté des « papes » conciliaires ne peuvent finalement pas être corrects. Le sédévacantisme peut vous conduire au mystère, mais il ne vous mène pas à la contradiction.

Ceux qui adhèrent au sédévacantisme matériel / formel diront que la hiérarchie visible continue d'exister matériellement, ce qui veut dire que d'une part les élections des papes et les nominations d'évêques sont toujours valides, mais que d'autre part, en raison de leur promulgation d'une fausse doctrine, ces « papes » et « évêques » ne reçoivent pas le pouvoir de juridiction. Ainsi, ce sont de faux papes et de faux évêques, mais vraiment élus papes et vraiment nommés évêques.

 

 

Conclusion

 

Comme je l'ai dit plus tôt, la notion fondamentale de l’indéfectibilité de l’Église Catholique est qu'elle doit durer jusqu'à la fin des temps avec la nature et les qualités dont le Christ l'a dotée à sa fondation. La qualité essentielle la plus importante de l'Église est sa Foi, et la structure visible existe pour la Foi. Si le Novus Ordo est catholique, alors il n'y a pas de problème de défection, et le mouvement traditionnel n'a aucun sens. Si le Novus Ordo n'est pas catholique, alors cela implique une défection, et il serait blasphématoire de faire un amalgame entre l’Église Catholique et le Novus Ordo. Il n'y a pas de troisième voie possible, comme il n'y a pas de modification substantielle, d'augmentation ou de diminution possible du dépôt de la révélation. Le Novus Ordo est catholique ou il ne l'est pas. Je soutiens fermement qu'il n'est pas catholique, et donc soutiens que tout système qui prétend que le Novus Ordo nous a été donné par l'autorité du Christ est objectivement blasphématoire et détruit l'indéfectibilité de l'Église.

1Note de l'édition originale de cet article : J'ai cependant remarqué que cette insistance sur la bonté intrinsèque et la validité des nouveaux rites n'est apparue que lorsque Mgr Lefebvre commença à entrer en pourparlers avec Jean Paul II pour une reconnaissance éventuelle de la Fraternité Saint Pie X. Au début d'Ecône, Mgr Lefebvre parlait assez ouvertement de l'invalidité probable du nouveau rite d'ordination et de consécration épiscopale, même en latin. Ce n'est que plus tard (en 1979) que toute cette question devint une cause célèbre, avec la question du pape. Avant 1979, on était assez libre d'exprimer l'opinion à Ecône que Paul VI n'était pas pape. Mgr Lefebvre a même jeté le doute sur sa « papauté » dans une interview pour la télévision française en 1976. Quelques années plus tard, à Oyster Bay, il a dit : « Je ne dis pas que le pape n'est pas pape, mais je ne dis pas non plus qu'on ne peut pas dire que le pape n'est pas pape. » Mais son attitude a vite changé, probablement en réponse à une possible approbation présentée par les modernistes. Nous avons vu tout ce projet mener au désastre en 1988.

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