Une Analyse de la Nouvelle Ecclésiologie (1/5)

Publié le par Études Antimodernistes

Aperçu de la Nouvelle Ecclésiologie


Par Mgr Donald J. Sanborn


Catholique Restauration, Sept-Oct 2004

EtudesAntimodernistes.fr, Avril 2016


L'Enseignement de Vatican II sur la Nature de l’Église,

sur Ceux qui y Appartiennent, et sur le Salut en Dehors de l’Église,

est explicitement hérétique.



I. Un sujet Négligé


Les traditionalistes ont fait beaucoup de bruit, dans leur lutte contre Vatican II, à propos de la Messe, de l'œcuménisme et de la liberté religieuse. Il est vrai que dans ces domaines, Vatican II et ses effets se sont éloignés de l'essence de la Foi Catholique. Il y a, cependant, un sujet qui reçoit peu d'attention, bien qu'il comporte des hérésies flagrantes et audacieuses. Il s'agit de la nouvelle ecclésiologie.

L'ecclésiologie est la doctrine concernant la nature de l’Église. L’Église Catholique est une institution divine, fondée par le Christ, qui lui a donné une constitution ou essence spécifique. S'éloigner de cette constitution ou essence, c'est former une fausse église. Une organisation qui prétend être une église chrétienne doit prouver que sa constitution ou essence est celle voulue par le Christ pour son Église. Elle doit avoir essentiellement la doctrine, le culte, et les disciplines que le Christ a voulus pour son Église, et doit également avoir ses caractéristiques essentielles, telle qu'une hiérarchie qui remonte aux Apôtres.

Ce que je viens de décrire est la méthode classique utilisée par l’Église pour prouver qu'elle est la véritable Église du Christ. Cela appartient à la science de l'Apologétique.

Vatican II n'a reçu de critique analytique que progressivement. Quand Vatican II est arrivé, presque tous les catholiques lui ont accordé le bénéfice du doute, mais en même temps ont senti, certainement, qu'il y avait quelque chose de très profond qui n'allait pas dans l’Église pendant et après Vatican II. Par analogie, on a tendance à croire notre médecin quand il nous dit que nous n'aurons pas d'effets secondaires néfastes avec un nouveau médicament. Mais lorsque de graves effets secondaires surviennent, la réalité à laquelle on est confronté surmonte la foi que nous avions dans la parole du médecin. Ainsi, lorsque la hiérarchie qui a engendré Vatican II nous a dit que rien d'essentiel n'avait changé, nous avions tendance à la croire. Mais lorsque les changements furent progressivement appliqués, et que les indices montraient de plus en plus que Vatican II était une pilule de poison mortel, nous avons pris progressivement du recul vis-à-vis de Vatican II et de ses causes. En fait, ce travail est loin d'être terminé. Il reste encore beaucoup à écrire à propos de Vatican II, en particulier à propos de ceux qui l'ont organisé et qui sont à l'origine de son contenu et de son développement.

La Messe étant l'expression sensible de la Foi Catholique, le contraste de la Messe traditionnelle avec la nouvelle a retenu davantage d'attention au fil des ans. En fait, beaucoup sont ceux qui pensent que le maintien de la Messe traditionnelle est une solution suffisante aux problèmes de l’Église. Ils ne voient aucun problème avec Vatican II, ou bien sont prêts à l'accepter avec une interprétation traditionnelle, afin de le sauver. La Messe, disent-ils, est le seul problème et donc la seule solution.

Mais ce qui nous a donné la Nouvelle Messe est Vatican II et la théologie hérétique sous-jacente du concile. L'esprit de Vatican II, c'est l'œcuménisme, qui est l'abandon de la notion même du dogme, la notion même de vérités révélées absolues et immuables. L'œcuménisme déteste les dogmes rigides de l’Église d'avant Vatican II. Selon l’œcuménisme, ces dogmes doivent avoir des lignes floues, et cohabiter, au moins dans leur sens et leur interprétation, avec les doctrines contradictoires des fausses religions.

L’œcuménisme est à la racine de tous les problèmes d'après Vatican II. L’œcuménisme ne pouvait tolérer une Église qui se dit la seule véritable Église du Christ, en dehors de laquelle il n'y a pas de salut. Il demandait une nouvelle ecclésiologie, selon laquelle l’Église serait considérée comme une « communion » à laquelle vous pouvez partiellement appartenir et partiellement ne pas appartenir. Le salut ne pouvait plus se limiter à l'Église catholique ; puisque vous ne pouvez pas faire d’œcuménisme avec ceux dont les religions conduisent en enfer. Au contraire, toutes les religions mènent à Dieu plus ou moins directement. Toutes les religions ont une valeur.

Puisque la papauté est le plus grand obstacle à l’œcuménisme, comme l'a dit Montini (Paul VI) lui-même, il était clair qu'elle aussi devait disparaître. En conséquence, la collégialité fut enseignée par Vatican II, à savoir la doctrine selon laquelle l'autorité suprême de l'Église se trouve dans le collège ou corps épiscopal.

De même dans le domaine moral, l'œcuménisme ne pouvait pas tolérer une Église qui insistait à ce que la société civile la reconnaisse comme la seule véritable Église du Christ, à l'exclusion des autres. L’œcuménisme ne pouvait pas tolérer que l’État dise à ceux qui professent de fausses religions qu'ils n'ont pas le droit de professer ou de pratiquer ces fausses religions, puisque le faire serait une insulte à Dieu. Par conséquent, le concile a enseigné la doctrine de la liberté religieuse.

Nous disons donc qu'il y a quatre hérésies majeures dans Vatican II : (1) l’œcuménisme lui-même, qui est la racine des suivantes ; (2) la nouvelle ecclésiologie ; (3) la collégialité ; (4) la liberté religieuse.

La Nouvelle Messe n'est qu'une conséquence de l'œcuménisme dans le domaine de la liturgie. Il n'y aurait pas de Nouvelle Messe si l'œcuménisme n'avait pas été triomphant dans l'esprit du clergé de Vatican II.

Après l'hérésie même de l'œcuménisme - je pense qu'apostasie serait un terme plus approprié - la liberté religieuse est celle qui a retenu le plus d'attention, comme étant le point sur lequel Vatican II s'écarte de la tradition. Il est vrai que cela constitue une rupture, et ceci par une contradiction frappante avec les enseignements de papes récents sur cette question.

L'implication est, cependant, qu'il n'y aurait pas de problème avec Vatican II, en dehors de l'œcuménisme et de la liberté religieuse. Or il y a deux autres hérésies très importantes, hérésies qui ouvrent la porte aux abominations œcuméniques : la nouvelle ecclésiologie et la collégialité.

Ici , nous nous intéresserons seulement à la nouvelle ecclésiologie.


II. L'Ecclésiologie Traditionnelle


Il n'y a qu'une seule Église du Christ, et c'est l'Église Catholique Romaine. C'est la seule vraie Église en dehors de laquelle il n'y a pas de salut.

Sont membres de l’Église catholique romaine ceux qui sont validement baptisés, et qui ne l'ont pas quittée par (a) le péché d'hérésie, (2) le péché de schisme, (3) la censure d'excommunication. Ceux qui sont validement baptisés dans des sectes non-catholiques sont présumés par la loi de l’Église participer et consentir aux péchés d'hérésie et / ou de schisme de leurs sectes respectives. En privé, cependant, ils peuvent être non coupables de ces péchés, à cause de l'ignorance invincible de la vraie Foi, auquel cas ils peuvent appartenir à l’Église catholique par désir, à condition qu'ils remplissent d'autres conditions. Dans ce cas, leur adhésion à l'Église catholique romaine par désir est suffisante pour le salut.

L’Église catholique romaine est absolument et exclusivement identifiée avec le Corps Mystique du Christ. Ils sont une seule et même chose. Il n'y a pas de distinction à faire. Le Corps Mystique est l'Église catholique romaine considérée par comparaison avec le corps physique du Christ, dans lequel Il est la Tête et nous les membres.

Les choses suivantes sont absolument requises pour appartenir à l’Église catholique romaine et au Corps mystique du Christ : (1) professer toutes les vérités qui sont enseignées par l'Église comme appartenant à la foi, et (2) être soumis au Pape comme chef visible de l'Église. Si l' une de ces conditions est manquante, on ne peut pas être membre de l’Église catholique romaine.

L’Église catholique romaine étant l'unique Église du Christ, elle est le moyen unique du salut. Aucune autre église n'a les moyens de mener les gens vers le ciel. Bien qu'il soit vrai que les fausses églises puissent avoir certains éléments de vérité naturelle et surnaturelle, et dans certains cas des sacrements valides, ces éléments sont insuffisants pour mener les gens au ciel. Ils sont en effet mélangés avec de fausses doctrines empoisonnées qui, si elles sont crues avec orgueil et obstination, conduiront nécessairement en enfer. Tous les « éléments de vérité » du monde ne font pas une vraie religion, ni un moyen de salut. Par analogie, avoir de nombreux éléments d'une automobile ne fait pas un véhicule viable qui vous amènera à votre destination. Un avion qui a seulement certains « éléments » de ce qu'un avion doit avoir nécessairement va s'écraser et brûler à la fin de la piste, ainsi que toutes les personnes qui s'y trouvent. La seule façon dont les gens qui adhèrent à ces fausses religions peuvent éviter le résultat inévitable d'être sur un bateau qui coule, est si elles adhèrent à la vraie foi par désir, au moins implicite, et adhèrent à la fausse religion sans aucune faute de leur part. Mais ils doivent remplir de nombreuses autres conditions afin d'obtenir la justification de leurs âmes et persévérer dans la grâce.


III. La Nouvelle Ecclésiologie


En contraste à cette doctrine simple et logique concernant la nature de l’Église catholique, et l'obligation d'y appartenir, les Modernistes ont concocté une nouvelle doctrine, une nouveauté, une hérésie.

La nouvelle ecclésiologie est, comme je l'ai dit, un produit de l'œcuménisme. L'œcuménisme est incompatible avec l'ecclésiologie que je viens de décrire, selon laquelle toutes les religions non-catholiques sont perçues comme des épaves, des Titanics destinés à la vase sous-marine. La manie de l'œcuménisme a conduit les théologiens progressistes, dès les années 1930, vers une théologie selon laquelle toutes les religions ont une certaine valeur, dans la mesure où elles possèdent toutes quelques vérités religieuses.

Dom Beauduin, bénédictin, était un des pionniers de cette idée. Mais le plus important était Henri de Lubac, dont la théologie a été condamnée sous Pie XII, mais qui est devenue plus tard l'enseignement même du Concile sous Montini/Paul VI. De Lubac a ensuite été fait « cardinal » par Wojtyla/Jean-Paul II. Yves Congar, dominicain, était aussi influent. Ratzinger (plus tard « Benoît XVI ») est devenu le plus célèbre de tous les promoteurs de la nouvelle ecclésiologie, en écrivant deux documents majeurs qui la décrivent : Lettre aux Évêques de l'Église Catholique sur Certains Aspects de l'Église Comprise comme Communion, en 1992 ; et Dominus Jesus, en l'an 2000. Les deux documents ont été approuvés et signés par Wojtyla/Jean-Paul II. Ils contiennent tous les deux des hérésies explicites concernant l’Église.


Qu'est-ce que la nouvelle ecclésiologie? En voilà un résumé :

    • L’Église du Christ et l’Église Catholique Romaine ne sont pas une seule et même chose, puisque les églises non-catholiques appartiennent à l'Église du Christ, mais pas à l’Église Catholique.

    • L’Église du Christ « subsiste dans » l’Église Catholique Romaine, dans la mesure où l’Église Catholique Romaine a la « plénitude » de tous les éléments de l’Église du Christ.

    • L’Église du Christ, bien qu'elle ne subsiste pas dans les églises non-catholiques, parce que celles-ci n'ont pas la « plénitude », se trouve néanmoins dans ces églises non-catholiques d'une manière imparfaite.

    • Les églises non-catholiques sont donc vraiment des « églises particulières » qui forment, ensemble avec l'Église Catholique Romaine, l'unique Église du Christ.

    • L’Église Catholique Romaine est en « communion partielle » avec ces églises non-catholiques, dans la mesure où elles ont des éléments de l’Église du Christ, tels que des sacrements valides et quelques vraies doctrines.

    • Les églises non-catholiques sont des « moyens de salut » dans la mesure où elles préservent les éléments authentiques de l’Église du Christ.

    • Dans ces églises non-catholiques qui ont une Eucharistie valide (par exemple, chez les grecs orthodoxes), l’Église une, sainte, catholique et apostolique devient présente à chaque fois qu'ils offrent une Eucharistie valide.

    • Les églises non-catholiques qui ne sont pas soumises au Pontife Romain (c'est-à-dire toutes) sont « blessées » en raison de ce manque de soumission. Elles continuent, cependant, malgré leur répudiation de la primauté romaine, d'être des « églises particulières » c'est-à-dire des églises membres de la grande Église du Christ.



IV. Analyse et Critique


La nouvelle ecclésiologie réduit l’Église du Christ à un amalgame de nombreuses églises différentes ayant des doctrines, disciplines et hiérarchies différentes et opposées. L'appartenance à cette grande et vaste Église du Christ se fait par degrés. Plus vous avez d'éléments, mieux c'est, et plus vous êtes proche de la « plénitude » qui se trouve dans l’Église catholique romaine.

C'est comme le loto. Si votre carte a tous les numéros, vous avez la « plénitude » - vous avez carton plein. Mais même si vous manquez le carton plein, vous pouvez avoir deux lignes pleines, ou une ligne. Bien que vous n'ayez pas carton plein, votre carte a néanmoins quelque valeur, puisque vous avez une collection imparfaite de ce qui fait un carton plein.

Tout dans cette nouvelle ecclésiologie est une affaire de « partiel » et « complet ». Vous êtes partiellement Église du Christ si vous êtes non-catholique, mais pleinement si vous êtes catholique. Les catholiques sont en « communion partielle » avec les non-catholiques, mais seront sans doute un jour en « pleine communion, » à savoir, le jour où le modernisme aura suffisamment détruit la foi pour que les gens ne se soucient plus de savoir s'ils sont protestants, orthodoxes ou catholiques. De même ces églises non-catholiques sont des moyens de salut dans la mesure où elles possèdent des sacrements valides et de vraies doctrines. Ceci est aussi stupide que de dire qu'un avion a la capacité de vous emmener en Europe dans la mesure où il a un demi-réservoir de carburant. Le fait qu'il manque l'autre moitié du carburant signifie que vous et vos compagnons de voyage allez être la nourriture d'animaux aquatiques aveugles qui habitent les sombres profondeurs de l'Océan Atlantique.

En d'autres termes, la véritable Église du Christ n'est pas une collection d'éléments vrais, comme un tas de pierres, mais est une essence unie, une seule chose, tout comme le Christ, sa tête, est une Personne. Ce qui est en dehors du Christ ne peut pas être « partiellement le Christ. » Vous ne pouvez pas être un membre du Christ partiellement, et partiellement ne pas l'être, pas plus que vous ne pourriez être partiellement le fils de quelqu'un, et partiellement non. L'essence n'admet pas de degrés ou de parties séparables. Soit toute l'essence (nature) est là, soit rien du tout. Imaginez une boulangerie qui annoncerait qu'elle vend un produit « avec des éléments de vrai pain. » Imaginez une compagnie aérienne qui se vanterait d'une flotte d'avions qui possèdent des « éléments de vrais avions, » ou fanfaronnerait que ses pilotes aient « des éléments d'une véritable formation de pilotes. » Imaginez qu'un serveur mette un steak devant vous, et dise qu'il provient d'un animal qui avait des « éléments de vraie vache. » Je pense que c'est assez clair.

Des « éléments » de la véritable Église du Christ ne font pas d'une fausse secte un membre partiel de l’Église du Christ. Les « éléments » sont volés, comme un butin, à l'Église catholique. Ce sont de fausses églises, des sectes, et leur utilisation de la doctrine catholique et des sacrements catholiques est sous faux prétexte et est sacrilège. Elles mentent grossièrement quand elles se présentent comme le vrai Christianisme, et leur mensonge doit être exposé et condamné.

Mais laissons les Papes parler. J'ai préparé une comparaison en trois colonnes entre la nouvelle ecclésiologie et l'ecclésiologie traditionnelle. Dans la troisième colonne, je tire la conclusion de la comparaison.

J'ai réduit la comparaison des deux systèmes à quatre questions :

  • Les églises schismatiques et / ou hérétiques font-elles partie de l’Église du Christ ?

  • Est-il possible de faire partie de l’Église du Christ sans être soumis au Pape ?

  • Est-il vrai qu'à chaque célébration valide de l'Eucharistie, l’Église une, sainte, catholique et apostolique devient présente ?

  • Le Saint-Esprit utilise-t-il les sectes schismatiques et / ou hérétiques comme moyen de salut ?

Lisez-le document, et voyez si vous pouvez honnêtement dire que Vatican II n'est pas coupable d'hérésie.


[Note d'EtudesAntimodernistes.fr : Le document dont il est ici question est une étude comparative de l'enseignement de Vatican II avec le Magistère de l’Église. Elle est divisée en quatre questions. Nous publierons chacune de ces questions une par une dans les semaines qui suivent. Puis nous mettrons en ligne un document complet reprenant toutes ces questions, sous la forme d'un tableau semblable à l'original anglais.]